A l’heure du « regret d’être mère », 
quelle place politique donner à la maternité ?

Les médias font aujourd’hui la part belle à la face sombre de la maternité. Sous couvert de libérer la parole des femmes, ils donnent de la maternité une image extrêmement négative. Cette mode médiatique n’est pas sans conséquence non seulement sur l’imaginaire des jeunes filles, de moins en moins attirées par la maternité, mais également sur les femmes qui sont déjà mères, en leur renvoyant une bien pauvre image d’elles-mêmes, et évidemment sur les enfants des femmes concernées.

Les effets délétères évidents de ces gros titres accrocheurs ne doivent pourtant pas nous pousser à balayer les voix de ces femmes de plus en plus nombreuses à souffrir de leur situation et au contraire nous amener à nous poser la question de la place des mères dans notre société. Entre le mythe de la maternité choisie, la solitude des mères contemporaines et la destruction de la cellule familiale, les femmes sont aujourd’hui au cœur d’un combat politique de première envergure. 

Souffrir de sa maternité, pas la regretter

C’est l’idée popularisée par la sociologue israélienne Orna Donath du « regret d’être mère » qui fait le plus les choux gras des journalistes sur le sujet. L’idée principale des témoignages recueillis par la chercheuse tient en cette petite phrase lourde de sens, « si c’était à refaire… ». Prenons le temps de nous arrêter sur ces quelques mots, qui en disent long de notre conception moderne de la maternité.

Nous vivons aujourd’hui une rupture profonde dans notre conception de la maternité. L’invention de la contraception chimique et la légalisation de l’avortement, et donc la généralisation et la banalisation de ces pratiques, ont donné lieu à l’illusion selon laquelle la maternité serait le fruit d’un choix mûrement réfléchi de la mère. C’est ainsi d’ailleurs que recule dangereusement l’âge de la première maternité : les couples attendent la situation économique et amoureuse idéale pour tenter la grande aventure. C’est se leurrer d’abord sur notre capacité à prendre des décisions strictement rationnelles, et ensuite sur la nature ce qu’est la maternité. 

La maternité est d’abord une des potentialités physiques de notre nature féminine. Comme toute réalité humaine, elle se prolonge dans des réalités culturelles : institutions, lois, symboles… Elle est une des conséquences possibles de l’acte sexuel, c’est-à-dire de la fécondité biologique de la rencontre d’un homme et d’une femme. Par ailleurs, une femme ne donne pas naissance et n’éduque pas un enfant seule. Père, ascendants, proches, amis, mais aussi désormais professeurs, médecins, assistantes sociales, experts en ceci ou en cela, l’entourent et contribuent chacun selon sa place à l’éducation de l’enfant. Cette responsabilité de la famille, et plus particulièrement du père et de la mère, concerne le politique dans la mesure où son exercice assure la survie du corps social. 

Considérer la maternité comme un choix, même avec cette facilité nouvelle dont nous disposons de différer jusqu’aux calendes grecques une naissance ou de nous débarrasser sans risque apparent d’un bébé gênant, c’est se méprendre sur sa nature même. Personne n’est jamais réellement prêt à mourir à soi-même, à sacrifier son autonomie, sa sacro-sainte liberté de faire ce qu’on veut quand on veut, à prendre la responsabilité d’un autre être jusqu’à sa mort ou la nôtre. C’est pourtant bien cet effacement de soi qu’exigera nécessairement le soin d’un enfant (et pas seulement d’un tout petit). 

Une maternité même désirée, est un aller sans retour, une expérience dont on ne peut mesurer à l’avance de quelles joies, de quelles peines et de quelles épreuves elle sera faite. La maternité se vit, elle ne se choisit pas – et c’est parce que la maternité n’est ni un choix ni un sentiment qu’elle ne peut pas se « regretter » comme on regretterait un choix de carrière ou un achat. Il est par contre possible, parfois à très juste titre, de mal vivre sa maternité sur une courte, une moyenne ou une longue durée. Et c’est ce malaise qu’il convient d’explorer, et surtout auquel il convient d’apporter des réponses politiques concrètes.

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La maternité est une aventure difficile

Ce mythe de la maternité choisie nourrit par conséquent un discours fallacieux sur le quotidien des mères. Les joies de la maternité ne peuvent plus reposer dans ces reliquats du passé que seraient le sacrifice et le don gratuit de soi-même. Ce sont ces réalités qui sont devenues aujourd’hui des tabous. Une mère qui se lève la nuit pour bercer son enfant ne se fait-elle pas son esclave ? Une mère qui refuse une sortie entre amis pour ne pas laisser ses enfants trop souvent ne s’oublierait-elle pas ? Une femme qui assume plus de 50% des tâches ménagères ou qui emmène seule ses enfants chez le médecin n’est-elle pas la victime d’un machiste ou d’un mari pervers narcissique ? Il est devenu suspect d’avouer trouver des joies dans ces difficultés mêmes de la maternité, ces exigences de sacrifice de soi qui sont à l’opposé des valeurs de la société moderne. 

Ce ne sont plus que des petites joies immédiates – réciprocité de l’amour, moments partagés, fierté devant la réussite d’un enfant – qui sont devenues le moteur même du désir d’enfant, chez les hommes comme les femmes d’ailleurs. C’est-à-dire que nous ne faisons plus désormais entrer dans les plaisirs associés à la maternité que des mécanismes égoïstes et narcissiques, en omettant ceux qui peuvent au contraire naître du dévouement et du sacrifice. Cette confusion crée des attentes très lourdes pour les uns et les autres : obligation de « jouir » de sa maternité pour les femmes, et pour les enfants de devenir des pourvoyeurs d’amour et de reconnaissance. 

Ces souffrances, ces difficultés, ces sacrifices aujourd’hui tabou font pourtant partie intégrante de la maternité, non pas parce que c’est la vocation des femmes d’être douces, dociles, de se donner ou pire encore de souffrir, mais tout simplement parce que c’est la vie elle-même. Le politique ne saurait apporter aucune réponse à ces souffrances-là, et ce n’est d’ailleurs pas sa mission. Si la foi et la pratique religieuses ont toujours su leur donner un sens, c’est sur le plan naturel dans le lien familial et communautaire, et notamment le lien entre femmes, que les mères ont traditionnellement pu trouver des ressources pour faire face à ces difficultés. Les grands-mères, les tantes, les voisines, les aînées, les cousines, les commères, et les autres ne fournissaient pas aux nouvelles mères une assistance seulement pratique, mais d’abord et avant tout un soutien émotionnel et affectif qui leur manque cruellement aujourd’hui. 

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Un isolement des mères nouveau 

C’est sans doute cela, la nouveauté dans l’expérience de la maternité aujourd’hui ; l’isolement des mères. La maternité étant devenue un choix libéré de toute forme de devoir qu’il soit conjugal, familial ou politique, elle est reléguée à la sphère privée, isolant les mères du reste de la société d’une part, les unes des autres d’autre part. Cette idée fausse d’une maternité choisie muselle par conséquent les mères quant à leurs difficultés sans doute tout aussi violemment que les époques qui n’envisageaient que des maternités idéales et heureuses. Pour les mères modernes, il est possible de dire sa souffrance, ses difficultés, qu’elles soient passagères ou de longs termes certes, mais les dire, c’est quelque part admettre qu’on « s’est trompé ». Ce cercle devient d’autant plus vicieux lorsqu’une femme a le malheur d’avoir des enfants rapprochés, un enfant malade ou handicapé, ou encore tout simplement plus d’enfants que la moyenne. Mais ma bonne dame, vous saviez bien ce que vous faisiez pourtant ! Faut pas venir se plaindre ensuite. La multiplication des sites, des comptes sur les réseaux sociaux, etc. dédiés à la face sombre de la maternité est symptomatique d’une difficulté à dire plus que d’une réelle libération de la parole. Si les femmes glosent tant sur internet sur leurs difficultés quotidiennes, c’est d’abord et avant tout parce qu’elles n’ont pas grand monde à qui en parler « en vrai » sans risquer de se voir rendre responsable de leur propre malheur. 

Cette solitude émotionnelle des mères se double d’une précarité économique nouvelle, tant des mères célibataires de plus en plus nombreuses, que des familles, de plus en plus instables et précaires elles aussi. Comment ici ne pas mettre en cause la longue opération de sape de l’institution du mariage qui s’opère depuis maintenant plusieurs siècles ? Autrefois fondement de la société, le mariage est devenu un contrat temporaire, que les contractants peuvent rompre à l’envi et qui n’engage plus que ceux qui y croient. Une autre entité, aux contours flous, lui succède : le couple, qui n’implique aucune forme d’obligation ni morale, ni légale, ni administrative des deux parties l’une envers l’autre. Le résultat, c’est que les femmes vivent dans une précarité économique et amoureuse de plus en plus grande. 

Il ne s’agit pas ici de jeter l’opprobre sur les choix personnels des uns et des autres mais de dénoncer une individualisation généralisée de la société qui, si elle est néfaste pour tous, touche plus violemment les mères dans la mesure où elles ont par leur maternité une vulnérabilité supplémentaire. La preuve de cet état de fait, c’est que cette dissolution de la cellule familiale concerne également les couples qui durent, et également ceux qui sont mariés. Les attaques administratives et fiscales à l’encontre de la famille tendent en effet à basculer même les couples mariés dans une individualisation toujours plus grande. Le mariage, qui hier signifiait pour le couple une communauté économique, incarnée par la notion de foyer fiscal, une communauté juridique, incarnée par le nom de famille, et une communauté de destin, n’est plus lui-même qu’un contrat parmi d’autres. La volonté récurrente de faire disparaître la notion de foyer fiscal vise à l’élimination de la communauté de biens, tandis que l’individualisation de l’impôt met en concurrence les membres du couple. 

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La mère à l’heure des experts 

Cet isolement des mères jusque dans les foyers les plus stables a priori, jusque dans le couple, les pousse à accepter de se laisser dépouiller de l’essence même de leur maternité, en déléguant leur responsabilité parentale à des consortiums d’experts et des représentants de l’Etat.  La dissolution de la cellule familiale a en effet pour corollaire une immixtion de plus en plus grande des experts et de l’Etat dans la vie des familles. Dans un contexte de délitement des communautés naturelles – baisse de la pratique religieuse, éloignement géographique, etc. – c’est vers l’Etat que se tournent des parents de plus en plus isolés pour obtenir une aide traditionnellement assurée par l’entourage proche. Cette aide à une contrepartie : l’abandon progressif de la responsabilité des parents en faveur d’un Etat devenu juge de leurs choix éducatifs. 

Ces dernières années ont ainsi vu apparaître des lois sur les pratiques éducatives, comme la fameuse « loi fessée », qui confisque au profit de l’Etat un débat de société, ou encore l’obligation vaccinale pour les enfants. Quelques années auparavant, c’était les arbitrages des couples que l’Etat s’arrogeait le droit de prendre à son compte en modifiant les conditions du congé parental. La liste est longue des mesurettes qui ne résolvent en rien les problèmes des familles et la solitude des mères tout en rognant morceau par morceau leurs prérogatives politiques.

Une des plus graves de ces mesures est sans doute l’interdiction de pratiquer l’instruction en famille (possibilité désormais restreinte à des cas spécifiques listés par la loi et soumise à autorisation). La rhétorique médiatique et politicienne avait été dans cette affaire exemplaire. L’opinion fut rapidement acquise à l’idée qu’il s’agissait d’une pratique dangereuse puisque marginale, il aura suffi d’agiter le drapeau rouge de l’islamisme et de la « radicalisation » pour que ce soit elle qui réclame d’elle-même à l’Etat d’amputer ses libertés. C’est ainsi que sous couvert de « protéger les enfants » (soit dit en passant déjà largement protégés dans les textes par les lois existantes sur la maltraitance qu’il suffirait dans l’écrasante majorité des cas d’appliquer), il a été possible pour l’Etat d’interdire de fait l’instruction en famille. C’est ainsi qu’il sera possible demain sous couvert de protéger les femmes de pratiques « moyenâgeuses » de leur ôter le choix du lieu et des conditions de leur accouchement. 

Ce dernier exemple est en effet le nouveau chantier de nos dirigeants pour achever de soustraire leur responsabilité politique aux parents. Certaines voix s’élèvent aujourd’hui pour protester contre le choix de certaines mères et de certains pères de donner naissance à leurs enfants en dehors d’une structure médicale. La pratique est pourtant légale en France et peut prendre deux formes : l’accouchement à domicile assisté par une sage-femme agrée, et l’accouchement non assisté par un personnel médical agréé. Les deux pratiques sont légales, et la première largement documentée par le corps médical et pratiquée par nos voisins européens. Pourtant, les femmes qui souhaitent faire ces choix se voient aujourd’hui de plus en plus empêchées de les poser dans les faits, et s’exposent à un contrôle d’Etat officieux clairement liberticide. En pratique, les sages-femmes qui accompagnent les accouchements à domicile en France sont dans l’incapacité de souscrire à une assurance – les prix de celles-ci sont rédhibitoires du fait du refus de la Sécurité Sociale de recenser et donc reconnaître la pratique. Quant aux couples qui accueillent leur enfant sans assistance médicale, ils se voient quasiment systématiquement refuser l’enregistrement de la naissance en mairie par les officiers d’état civil qui pensent devoir exiger un certificat médical qui n’a pourtant aucune base légale dans les textes.  

La question paraît quelque peu éloignée du sujet de la place des mères dans la société actuelle ; elle en est pourtant le symbole. Les mères, privées de leur responsabilité éducative,  ne sont plus que des ventres priés d’offrir leur progéniture à la société sans autre contrepartie pour leur sacrifice quotidien que les petites miettes de bonheur que leur offriront peut-être leurs enfants. Qu’elles en « profitent » de ces petites joies de la maternité – par contre, ce sera l’Etat qui décidera pour elles de tout le reste.

La dissolution de la famille, des communautés naturelles, et plus généralement du corps social, aboutit ainsi à vider les rôles de père et de mère de leur substance. Il ne reste plus aux mères qu’un quotidien partagé, avec une pression sociale de vivre bien ce quotidien, dans la mesure où elles l’ont choisi. De la responsabilité éducative de la mère, il ne reste plus que les résultats scolaires. De son rôle de transmission, plus qu’une vague place de coach en bien-être. Elle ne vivra les spécificités de son sexe et de son rôle de mère qu’à travers neuf mois de grossesse et deux mois d’allaitement, c’est-à-dire à travers le prisme de la contrainte biologique seulement, que celle-ci soit bien ou mal vécue. Elle ne vivra cette relation spécifique qu’une mère peut avoir avec son fils qu’à travers l’éducation au consentement sexuel préalablement prémâché par des conférences organisées par l’école. Quant à sa relation avec sa fille, elle trouvera son point d’acmé lorsqu’elle l’accompagnera pour la première fois chez le gynécologue, abandonnant ce qu’il lui restait de sa responsabilité de mère, éducative, affective, morale et spirituelle, à un énième expert, médical cette fois. 

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Redonner leur pouvoir aux mères 

Le constat est alarmant, il n’est pas désespérant pour autant. La famille reste par nature la base de la société et la première cellule prépolitique qui en est le fondement. A ce titre, les mères ont un rôle politique et symbolique de premier plan qu’aucune loi ne saurait leur enlever. Quelles que soient les tentatives d’immixtion de l’Etat, elles seront toujours les premières éducatrices de leurs enfants dans la mesure où ce sont elles qui partagent leur quotidien, leurs joies et leurs peines. C’est cette réalité qu’il s’agit de retranscrire politiquement, pour permettre aux mères de vivre sereinement leur état d’une part, et d’autre part de redonner symboliquement une place spécifique à chaque sexe. Redonner une place aux mères sans faire de la maternité un destin pour autant, c’est saluer dans chaque femme le mystère d’une fécondité qui lui est propre, qu’elle choisisse de l’actualiser ou non. 

Ne tombons pas dans le piège d’une reconnaissance politique et sociale qui passerait par l’argent, sur le modèle de la conception moderne du travail. La maternité ne se monnaie pas. A ce titre, le « salaire maternel » que proposent certains est un piège. Le principe du « salaire maternel », ou même « parental », attribue en quelque sorte l’enfant au parent qui s’en occupe au quotidien, au détriment de l’autre et donc de l’unité du couple parental. C’est aussi mettre en concurrence les mères entre elles, entre celles qui restent au foyer et mériteraient alors une contrepartie particulière, et celles qui travaillent, et dont tous les bons soins n’auraient pas le même prix. C’est enfin positionner plus encore qu’aujourd’hui l’Etat en juge de nos choix éducatifs puisqu’une telle proposition revient à le positionner en employeur, comme si nos enfants étaient sa propriété et nous parents seulement ses baby-sitters.

Les responsabilités liées à la maternité ne peuvent avoir un prix. C’est au contraire la reconnaissance de la gratuité du don d’eux-mêmes que font les parents, et donc les mères, en mettant au monde et en élevant des enfants qu’il s’agit de reconnaître, mais aussi le service rendu à la société que représente ce sacrifice. A ce titre, il est urgent de supprimer les conditions de ressources attachées aux allocations familiales par François Hollande : elles ne sont pas une aide économique aux familles dans le besoin, mais le signe de la reconnaissance de la société envers ceux qui participent par leurs sacrifices quotidiens au renouvellement des générations et donc à la pérennité de la société tout entière. 

Il est évidemment nécessaire d’apporter des réponses aux difficultés économiques bien réelles des familles et des mères, en mettant en place des aides économiques différenciées des allocations familiales pour les familles les plus démunies. De la même façon, l’Etat est en mesure de compenser les difficultés économiques des familles et des mères en proposant des aides matérielles concrètes aux familles dans des situations particulières comme l’entrée à l’école, l’achat d’un véhicule familial ou d’un logement. Ce type d’aide permettrait de redonner aux femmes cette liberté de travailler ou non, temporairement ou dans la durée, et dans les modalités qui leur conviennent, car c’est trop souvent l’enjeu du prêt bancaire qui force les familles à maintenir à tout prix deux salaires pour un foyer.    

Il est essentiel de mettre en place des mesures spécifiques pour les femmes à cause de leur potentielle maternité, et ce notamment dans le monde du travail. Les femmes, parce qu’elles seront potentiellement mères en jour, doivent être protégées de dangers tels que l’exposition aux toxiques, les risques physiques liés à certains métiers, etc. Ce n’est pas une discrimination par rapport aux hommes que d’instaurer pour ce faire des inégalités protectrices, mais c’est au contraire prendre en compte la spécificité de chaque sexe. A situation objectivement différente, réponse politique différente. De même, ce n’est pas instaurer de discriminations que de mettre en place des mesures spécifiques en faveur des mères mais une réponse nécessaire à la spécificité de la situation de ces femmes

Ceci étant dit, le combat politique le plus urgent à mener pour redonner aux mères la place qui leur est due dans la société est celui des libertés. Les parents sont par nature les premiers éducateurs de leurs enfants. C’est un ordre dans lequel le politique ne devrait en principe pas s’immiscer car il est une réalité naturelle qui le précède. La famille est la cellule prépolitique de base de la société, et au sein de celle-ci, les parents portent la primauté de la responsabilité du soin et de l’éducation des générations futures. C’est sur ce principe que fonctionnaient jusqu’à récemment les sociétés européennes, qui fondaient le pouvoir étatique sur le principe de la subsidiarité. C’est des familles, en la personne du pater familias, que l’Etat recevait son autorité et non l’inverse. 

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Cette vision de la société, lorsqu’elle a volé en éclat, s’est accompagnée d’un changement radical dans notre conception de la liberté, qui d’un acte concret et légitime de la volonté et devenu une sorte d’essence, d’idéal intangible. Ce n’est pas cette liberté de papier que nous voulons défendre pour les mères mais leurs libertés publiques bien réelles, c’est-à-dire les seules à pouvoir rendre possible en acte l’exercice de leur responsabilité parentale. Les parents, pour remplir le devoir dans lequel ils sont d’élever leurs enfants dans la sécurité et la salubrité, et de les instruire doivent pour ce faire disposer de toutes latitudes et de toutes libertés.  

Il est ainsi urgent de revenir sur les lois liberticides que nous avons évoquées plus haut, et de garantir aux parents une pleine et entière liberté éducative dans la loi, et dans les faits. 

La défense des mères passe enfin nécessairement par des mesures visant à la stabilité du couple et du foyer. Le développement des unions libres ou encore du Pacs, la facilitation du divorce, ont eu pour effet pervers de précariser la situation des femmes, et surtout des mères. Ce sont ces dernières qui sont les moins à même de quitter un conjoint brutal ou qui sombrent dans la précarité économique en cas de séparation, justement parce qu’elles sont mères. La revalorisation du mariage est protectrice des femmes et des enfants même dans les cas limites de violences intrafamiliales justement parce qu’accorder un statut spécifique au conjoint et au père permet, non pas un contrôle abusif de l’intimité des familles mais une responsabilisation a priori des hommes comme des femmes, et une justice implacable, et donc plus dissuasive en cas de manquement. L’objectif d’une telle mesure étant une meilleure stabilité des familles, elle va de pair avec la revalorisation de l’unité politique de la cellule familiale. Le foyer fiscal, la communauté de biens, la présomption de paternité… sont les signes tangibles de l’unité économique, politique et de destin qu’est censée être la cellule familiale. Ils sont la garantie d’une meilleure stabilité économique pour le foyer et de la durabilité des couples parce qu’ils matérialisent la confiance et le soutien mutuel et réciproque attendus par la société des deux membres d’un couple. 

* * * * *

Enfin, redonner leur place aux mères aujourd’hui ne peut se faire sans la réciproque évidente d’un tel chantier politique : redonner leur place aux pères. La complémentarité homme – femme est un équilibre et une harmonie, tant sur le plan naturel que politique. S’attaquer à un sexe a ainsi nécessairement des conséquences sur la société tout entière. L’exemple de l’accouchement à domicile est ici parlant, puisque c’est au couple parental dans son intégralité dont on restreint la liberté de choisir le lieu et les modalités de la venue au monde de ses enfants. Les détracteurs de l’accouchement à domicile nient la capacité des femmes à faire un choix éclairé pour elles-mêmes et leur enfant, et exercent dans le même temps un contrôle illégitime sur le corps des femmes. Ils nient par ailleurs la légitimité du père de famille en refusant qu’il déclare son enfant. La reconnaissance de l’enfant a pourtant toujours été l’acte fondateur de la paternité, point de départ d’une prise de responsabilité aujourd’hui déniée aux hommes.

Si ce ne sont pas aux lois de façonner ni les mœurs ni les mentalités, elles façonnent toutefois la société dans laquelle nous vivons en créant un cadre qui favorise la Justice ou l’injustice, l’ordre ou le chaos. A ce titre, tous les combats politiques que nous venons d’évoquer pour rendre une juste place aux mères sont des priorités pour toute personne qui souhaite un changement de paradigme en profondeur pour nos sociétés contemporaines. Elles sont la condition sine qua non d’une société d’hommes et de femmes réellement libres. Elles sont le préalable à toute forme de responsabilisation des citoyens. Elles sont la base d’un ordre politique juste et pérenne pour demain. 

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Anne Trewby

Anne Trewby a co-fondé le mouvement des Antigones en 2012. Elle publie avec Iseul Turan, autre fondatrice du mouvement "Femmes, réveillez-vous", aux Éditions de la Nouvelle Librairie
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