L'Étudiant Libre

La rentrée d’Éric Zemmour, entre continuité et recherche de second souffle

Pour les collégiens comme pour les hommes politiques, cette fin d’été coïncide avec la traditionnelle rentrée des classes.
c : BFMTV

« Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école ? » chantait navrée France Gall, âgée fort à propos de 17 ravissants printemps, en 1964. Pour les collégiens comme pour les hommes politiques, cette fin d’été coïncide avec la traditionnelle rentrée des classes. Et ce n’est pas Éric Zemmour, grand défenseur de ces traditions séculaires, qui se déroberait à cet habituel exercice. L’ex-candidat à la Présidence répondait aux questions d’Apolline de Malherbe dans l’émission « Face-à-face » sur BFM TV ce lundi 5 septembre dans un entretien de 20 minutes. Si vous l’avez loupée, voici les grands axes marquants de la rentrée du chef de Reconquête!

Retour sur le double échec des élections présidentielles et législatives.

Éric Zemmour a, de son propre aveu, pris beaucoup de temps pendant l’été pour réfléchir aux raisons des déceptions électorales qui ont été son lot cette année. Globalement, si le patron de Reconquête!, concède volontiers avoir commis des « quelques erreurs par-ci, par-là » dans sa stratégie électorale, il a néanmoins expliqué ses résultats décevants par le changement de contexte politique qui s’est opéré suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, évoquant un « basculement ». La campagne aurait alors « basculé dans un autre univers, où les thèmes de la campagne n’étaient plus porteurs, n’intéressaient plus les médias, ni les gens ». Plus loin dans l’interview, l’ex-journaliste du Figaro précise que c’est bien le contexte de crise diplomatique, (notamment l’ « effet-drapeau », qui a bénéficié notamment au président sortant) et non ses convictions géopolitiques qui ont empêché le succès initialement prévu dans son camp. « Vous dites que j’ai perdu à cause de mes positions sur la Russie, je ne suis pas d’accord ! Parce que dans ce cas-là, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon auraient dû, eux aussi, dégringoler dans les sondages, et ce n’est pas le cas. Valérie Pécresse, qui a joué la bonne élève de la doxa médiatique, elle s’est écroulée quand même ! ».

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Deuxième raison de l’échec de Reconquête!, suggéré par Apolline de Malherbe : un décalage entre les thèmes prioritaires d’Éric Zemmour (immigration, souverainisme) et les principales préoccupations des Français au sortir de cet été, à savoir l’inflation et le dérèglement climatique : Zemmour serait « passé à côté » de ces problématiques selon la journaliste. L’intéressé, s’il se défend d’avoir omis de parler du pouvoir d’achat, concède néanmoins qu’il ne s’agissait pas du problème prioritaire. Le décalage est pleinement assumé : « Les gens s’intéressent à leur vie de tous les jours ; moi, j’étais candidat à la présidence de la République. Donc ce n’est pas la même chose : quand on est candidat à la présidence de la République, on doit évaluer le destin de la France et donc des Français ; mais pas la vie au jour le jour ! »

À la question de son éventuelle lassitude face aux échecs auxquels il a été confronté, et à l’évocation d’un possible retrait de la vie politique, l’ex-candidat a réaffirmé sa détermination à mener un combat qui, selon lui, n’était conduit par personne dans le paysage politique français. Il déclare notamment : « J’ai douté, j’ai pensé m’arrêter. […] Je me suis jeté à l’eau pour tenter d’arrêter la disparition programmée de la France. Je pense que ce sujet-là va devenir de plus en plus important. Je pense que si j’ai eu tort électoralement […], pour l’Histoire, j’ai eu raison. Je me suis dit : est-ce que tu arrêtes ? Est-ce que tu continues ? Est-ce que quelqu’un porte ton combat ? Non. [Éric Ciotti, Bruno Retailleau, Marine Le Pen] sont des gens qui ne parlent pas de la disparition programmée de la France, qui ne parle pas du Grand Remplacement, qui considèrent que l’Islam est différent de l’islamisme. »

Ukraine et Islamisme : dans la continuité

Appelé à s’exprimer sur les propos de Ségolène Royal, qui avait qualifié le traitement médiatique du conflit russo-ukrainien de « propagande de guerre par la peur » en prenant pour exemple le bombardement de la maternité de Marioupol du 1er septembre dernier, Éric Zemmour a salué le courage politique de l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle et a dénoncé la « doxa imposée par les médias » : « Je trouve ça courageux, oui ! Au moins, elle pose des problèmes, elle pose des questions ! Souvenez-vous, en Irak, on a eu la même chose, les Irakiens avaient, soi-disant, tué des dizaines d’enfants dans une maternité, et on a découvert que c’était faux. Je ne dis pas que c’est le cas ici ! […] Oui, c’est courageux de ne pas accepter le discours imposé par les médias, oui ! » avant de tempérer : « La Russie a agressé un État souverain qu’est l’Ukraine, et donc en cela, elle doit être condamnée. En revanche, ce n’est pas normal qu’on ait laissé cette situation pendante depuis 2014 ! »

Rebondissant sur l’ordre d’expulsion de l’imam Hassan Iquioussen, réputé proche des Frères Musulmans, pour « incitation à la haine et à la discrimination » selon le Conseil d’État, Éric Zemmour s’en est pris au ministre de l’Intérieur : « [Gérald Darmanin] est ridicule sur cette histoire ; il a laissé partir quelqu’un que ses services surveillaient, donc c’est assez grotesque. Mais le problème n’est pas là. Monsieur Iquioussen, c’est lui qui a gagné dans cette histoire, il peut partir aujourd’hui en Belgique, car il a rempli sa mission. Depuis deux décennies, avec son ami Tariq Ramadan, il a endoctriné, il a réislamisé toute une jeunesse musulmane, ce qui fait qu’aujourd’hui, quand vous demandez aux jeunes Musulmans qu’est-ce qui est le plus important : la Charia, ou la République, plus de la moitié vous disent : la Charia. C’est le cœur du message islamique : la loi religieuse est plus importante que la loi civile. »

Enfin, à l’heure où s’ouvre à Nice le procès du terroriste islamiste tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, responsable de l’attentat du 14 juillet 2016 ayant coûté la vie à 86 personnes et blessé 458 autres, Éric Zemmour a réaffirmé sa thèse d’identité entre l’Islam et l’islamisme, et souligné le problème intrinsèque que l’Islam pose à la société française. « Ce Tunisien, comme tous les autres, il tue au nom de qui ? Il dit « Bouddha est grand, donc je vais vous tuer » ? Il dit « Moïse est grand, donc je vais vous tuer » ? Non ! Il dit « Allah est grand, donc je vais vous tuer ! » […] Évidemment, il y a des Musulmans pacifistes, heureusement ! Mais le problème, c’est l’Islam. Je l’ai dit pendant toute la campagne : il faut que les Musulmans prennent leur distance avec le texte coranique. Parce que le texte coranique pousse à la guerre avec les Juifs et les chrétiens, pousse à l’enfermement des femmes, pousse à la répression féroce des homosexuels. Tout ça, la classe politique l’appelle islamisme : non ! C’est l’Islam ! »

À quoi s’attendre pour cette rentrée politique ?

Plusieurs axes de réflexions émanent de cette interview. Le premier, le plus facile à faire, c’est que le candidat de Reconquête! reste fidèle à ses thèmes de prédilection et à son positionnement traditionnel. Sa vision nuancée du conflit ukrainien est d’autant plus honorable qu’il n’a jamais été avare de déclarations de soutien à des adversaires qui le rejoignaient partiellement. Une espèce de fair-play politique qui se fait rare et que l’on ne peut que saluer. Sa fermeté à l’égard de l’islamisme confirme son intention de s’inscrire en continuité de ses travaux précédents. Mais.

Le deuxième axe, c’est que manifestement, Éric Zemmour ne semble pas considérer que ses échecs aux élections présidentielles, puis législatives, soient dues à un problème intrinsèque de discours ou de ligne directrice de son parti. Rejetant la responsabilité des deux défaites sur le climat d’inquiétude géopolitique vis-à-vis de Kiev et sur le traitement médiatique dont il fait l’objet, il considère que, finalement, il est le seul homme politique à représenter, pour reprendre les mots de Nicolas Bay (vice-président de Reconquête! et député européen élu sous mandant RN), la droite civilisationnelle et conservatrice. En résumé, qu’il est le seul à évoquer les sujets importants, ou en tous cas à les prioriser correctement. À Apolline de Malherbes qui lui demandait la finalité de ce que certains médias ont pu qualifier d’entêtement, Eric Zemmour répond en évoquant le succès de la candidate du parti nationaliste Fratelli d’Italia : « Vous savez, la politique est imprévisible. Regardez l’exemple italien. [Georgia Meloni, candidate nationaliste, avait fait de 4,35% aux élections générales de 2018. Elle est favorite aux élections de 2022, avec 25% d’intentions de vote.]. Tout peut arriver ! ». Dans la continuité du parallèle, il apparaît assez clairement que le RN est comparé ici à la Ligue du Nord de Salvini qui, bien qu’au départ bien plus puissante électoralement que Fratelli d’Italia tout en partageant des valeurs similaires, avait enregistré une baisse phénoménale suite à des révélations concernant des relations avec des officiels russes.

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Le problème, c’est qu’à la différence de la Ligue du Nord, le RN ne s’est jamais retrouvé dans un gouvernement. On imagine donc mal ce qui pourrait provoquer une déception de ses électeurs, le parti restant globalement fidèle à la ligne directrice imposée par Marine Le Pen depuis 2012. Les précédentes élections ont d’ailleurs montré que le vote Zemmour était très loin de constituer une évidence pour les électeurs traditionnels du RN, et vice-versa. On se dirige donc vers des élections européennes où, encore une fois, le camp national se retrouvera scindé en deux, si ce n’est en trois puisque le Front Populaire de Michel Onfray pourrait présenter une liste souverainiste… Alors, elle est où l’union des droites ? Du reste, attendre une « faute » du RN pour s’engouffrer dans la brèche est une stratégie dont on peut légitimement, au moins douter, au pire souligner une approche opportuniste peu en adéquation avec l’esprit « mousquetaire » …

Zemmour, c’est évident, paie les pots cassés de ses marottes d’élément de langage, qu’il s’agisse du thème des prénoms ou de la dualité islam/islamisme. Comme l’avait fort justement déclaré Neïla Latrous en avril dernier, il « a besoin [de l’alliance avec le RN] pour montrer qu’il s’inscrit dans un temps long, que sa candidature n’était pas qu’un caprice. Pour y parvenir, il lui faut structurer son parti, donc avoir des élus. Il ne peut pas en avoir à l’Assemblée nationale, pas en nombre conséquent en tout cas, sans une alliance avec Marine Le Pen. Elle n’y a politiquement aucun intérêt. Pourquoi faire un cadeau à un parti qui veut la « grand remplacer » ? »[1] Mais il paie aussi sa rhétorique agressive envers un RN qui, rompu aux luttes intestines, a la dent dure. Il est largement compréhensible que traiter la chef du parti de « “nulle”, de femme avec des réflexes de gauche, après avoir répété qu’elle n’avait aucune chance de gagner, après que ses proches ont expliqué vouloir “tuer” le Rassemblement national… »1, puis de choisir Marion Maréchal et Nicolas Bay pour dialoguer avec le parti frontiste où ils sont considérés comme des traîtres, ne laisse pas beaucoup de chances à la réconciliation…

Pour l’heure, Éric Zemmour prépare son meeting de rentrée qui aura lieu le 11 septembre, à Cogolin, dans le Var. À la recherche d’un second souffle, le candidat et son parti devront logiquement regarder vers 2024, date des prochaines élections, qui seront les européennes. Qu’en sortira-t-il ? Du constructif, on ne peut que l’espérer, mais après tout, les bonnes résolutions de rentrée ne sont pas réservées qu’à nos collégiens…

 

[1] Éric Zemmour est entré en politique en espérant unir les droites françaises. Son pari semble aujourd’hui bel et bien perdu, édito de Neïla Latrous, franceinfo.fr, publié le 28 avril 2022.

Wladimir Chikovani

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