L'Étudiant Libre

Nous ne savons pas, à l’heure où ses lignes prennent forme, à quel point la guerre livrée en Ukraine impactera le déroulement de l’élection présidentielle. Ce dont nous sommes certains en revanche, c’est qu’Emmanuel Macron n’a pas hésité à pervertir la bannière bleue et jaune pour laquelle se sacrifient les Ukrainiens, et à la confondre avec celle, à la fois si ressemblante et si étrangère, de l’Union Européenne, pour laquelle personne ne veut mourir.

Vendredi 25 février, le regard grave et le visage dur, il a prononcé des mots qui ont le mérite de se refuser à toute ambiguïté : « Nous avons, je crois, pleinement démontré la nécessité pour notre Europe d’accélérer son agenda de souveraineté ».

 

Emmanuel Macron se sent trop à l’étroit dans le cadre français. Il a puisé sa haine du peuple dans la crise des Gilets jaunes. Au fil des samedis de mobilisation, son gouvernement a sculpté dans les mains arrachées et les yeux crevés un appareil de répression insubmersible. Dans la crise sanitaire, il a affermi, par une politique démentielle de la peur et de l’absurde, la société de surveillance généralisée et l’accoutumance à l’obéissance déraisonnée. Il ne manquait plus au président que la résurrection de la menace russe pour justifier l’étouffement de la campagne électorale. Une fois remportées des élections dépouillées de toute légitimité, adviendra un règne sans partage, en face d’une opposition irréconciliable.

 

Toutes ces crises lui ont permis l’avènement parfait de l’oligarchie mondialiste qui jusque-là maquillait non sans peine son hégémonie sous les fards bleus et roses du PS et de l’UMP. Il suffit pour s’en rendre compte de constater les discours tenus à l’Assemblée nationale le 1er mars dernier à l’occasion d’un débat sur la situation en Ukraine. Des socialistes aux Républicains, tous griment Poutine en Hitler en même temps qu’ils appellent à faire la Grande Europe ! Les clivages économiques, sociétaux, diplomatiques, qui autrefois distinguaient LR de l’UDI, le MoDem du PS, ont volé en éclat au rythme des crises du quinquennat macronien. Car au fond, le mépris du gueux au motif de l’élitisme, le mépris de la liberté au motif du confort, et le mépris de la Nation au motif du mondialisme sont un seul et même mépris, qui est un mépris pour la civilisation humaine.

 

Alors enfin, le monde d’après pourra accoucher de l’anéantissement des derniers vestiges d’une civilisation chrétienne deux fois millénaire. En trop peu de temps les cathédrales et les églises, définitivement vidées de fidèles, laisseront place nette à des zones commerciales qui troqueront la pierre pour le verre, la communauté pour la clientèle. Il sera fait à Bruxelles une administration à laquelle n’échappera, de Brest à Varsovie, de Lisbonne à Oslo, aucun parent ayant osé fesser un enfant, ou refuser de changer de voiture. Les vieilles démocraties nationales, les cultures particulières seront fondues dans un bronze uni qui courra des chaleurs de Faro aux neiges de Laponie. On traitera dans une indifférence effroyable l’indocilité sicilienne, le fatalisme germain, la tendresse irlandaise. Au nom du dogme qui veut que la richesse naisse des différences, on diluera les différences et on consacrera l’indigence du monde. Des hommes qu’on aura décrétés entièrement libres ne se seront jamais fait une idée moins précise de la liberté. Ils déambuleront sur des trottoirs anonymes traversant des villes qui n’auront jamais été moins humaines. Ils auront tout le loisir de déterminer leur sexe, leur modèle familial, leur nom, leur couleur de peau, mais non les puces qui peupleront leurs corps. Qu’en une semaine ils passent par Rome, Zagreb et Stockholm aussi facilement qu’ils le désirent, tant qu’ils veillent à ne prononcer aucune parole qui n’offense une minorité quelconque, aussi longtemps qu’ils s’assurent que leur moindre inclinaison ou la plus secrète de leurs affections soient traduites en une donnée numérique et confessées aux pères de la consommation. La sérénité d’une campagne, le plaisir d’une viande simple, la vertu du don, l’impertinence d’une phrase, parce que les apôtres du capitalisme n’auront pas su y associer une valeur marchande ou une contribution matérielle, ne se logeront plus qu’au creux des souvenirs des derniers fugitifs du totalitarisme déraciné. Du reste de ce peuple déshumanisé qui foulera des terres muettes, il se divisera en deux parties inégales. D’un côté, une minorité toute puissante, maîtresse d’une technologie toute acquise à l’eugénisme et à la transformation jamais achevée de l’homme en Dieu. De l’autre une majorité au mieux aveugle à sa misérable condition, au pire vouéee à se faire l’esclave de maîtres, à un degré où les pires races de propriétaires de plantation cotonnières du XVIIIe siècle n’avaient pas osé hisser leurs fantasmes.

 

Emmanuel Macron ne reculera devant aucune ignominie dans son projet d’atomisation du corps social. L’exemple de la Corse ne nous le rappelle que trop cruellement. Seulement, le macronisme intégral est un projet taillé pour un trop petit nombre d’individus pour que ne naisse pas en réaction un camp simplement attaché à donner à la société un visage humain. S’il vient effectivement à conserver le pouvoir, il n’y aura plus qu’une seule espérance. Celle de voir un peuple, par-delà les clivages de toutes sortes, refuser tout net l’anti-civilisation qui se préparera à l’Élysée. Mais alors, plus de gauche ni de droite, plus de Russes ni d’Ukrainiens, plus de pro-passe et d’anti-vax, plus même de libéraux ni de socialistes. Voilà le prix à payer pour vaincre Emmanuel Macron. Si cette alliance ne se fait pas dans le politique, elle devra se faire dans les cœurs. Si les cœurs la refusent, alors sombreront ensemble toutes les pauvres existences portées par un autre idéal que celui abominable de l’aliénation et du transhumanisme. Il en sera fini des dignes âmes qui espèrent que subsistent en l’Homme de 2030, autant le silence des forêts que l’humilité face à la montagne. Un goût pour la liberté comme pour la communion des destins.

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