L'Étudiant Libre

Tribune – Zemmour/Le Pen : la victoire avant tout

Il apparaît clairement et objectivement suite à l’analyse comparative des programmes d’Eric Zemmour et de Marine Le Pen que leur présentation à l’élection présidentielle de 2022 ne constitue pas autre-chose qu’une seule et même candidature, séparée en deux personnes, scindant un programme en deux scrutins différents. Chaque électeur ayant à cœur l’intérêt national et le bien commun du peuple est, bien sûr, légitime dans son hésitation à se rallier à l’un des deux étendards qui composent aujourd’hui la Droite nationale.
Crédit : équipe de campagne Le Pen / Twitter : Eric Zemmour

Il apparaît clairement et objectivement suite à l’analyse comparative des programmes d’Eric Zemmour et de Marine Le Pen que leur présentation à l’élection présidentielle de 2022 ne constitue pas autre-chose qu’une seule et même candidature, séparée en deux personnes, scindant un programme en deux scrutins différents. Chaque électeur ayant à cœur l’intérêt national et le bien commun du peuple est, bien sûr, légitime dans son hésitation à se rallier à l’un des deux étendards qui composent aujourd’hui la Droite nationale. Et peu importe si cette notion démodée de Droite apparaît de plus en plus floue ; elle n’est, sous la plume de votre serviteur, qu’une commodité désignant le camp patriote, cohérent dans son double refus du libre-échange incontrôlé des capitaux comme des êtres humains entre pays et continents.

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A l’heure où l’Histoire s’écrit, cette Histoire dont F. Fukuyama n’a que trop précipitamment professé la fin, où la guerre est portée sur le sol de notre vieille Europe pour la première fois depuis la guerre du Kosovo, où le pays se trouve pris en otage entre intérêts américains et élites mondialisées, où notre peuple continue de faire face à son remplacement ethnique et culturel, où ses enfants sont tués toujours plus tardivement dans le ventre de leurs mères, où ses églises sont profanées, les Français cherchent et se cherchent. Cherchent une voie de sortie, un nouveau départ, une bouffée d’oxygène dans ce malaise ambiant, où le moindre souffle d’air est immédiatement vicié par la puanteur du siècle. Mais voilà. Les Français et l’union, ça fait trois…

« Divide ut Imperes », ou le meilleur service rendu à Macron

Les fins renards et barons noirs ont reconnu la formule latine attribuée à Philippe de Macédoine et popularisée par Louis XI, Catherine de Médicis et surtout Machiavel. Elle constitue un lieu commun de la politique politicienne, et pourtant, la situation politique démontre chaque jour sa terrible actualité. En 1984, deux ans après le succès de listes RPR/FN aux élections cantonales, François Mitterrand avait eu le trait de génie d’affaiblir durablement la droite en accordant à Jean-Marie Le Pen un passage télévisé à l’Heure de Vérité, passage qui a véritablement marqué le début du succès électoral du mouvement, encore à ses balbutiements et quasi-inconnu de la majorité des Français. Ce coup de maître était parachevé par l’introduction de la proportionnelle aux élections législatives de 1986, qui voyait le Front National rafler 35 sièges et surtout de limiter le succès de la droite parlementaire, obligeant cette dernière à se positionner en opposition au parti nationaliste. 30 ans plus tard, « Tonton » ne peut que constater de sa tombe le succès remarquable de sa tactique de division.

Les faits sont là. Quoi que l’on pense de la personne de Marine Le Pen, du recul indiscutable du Front National sur le terrain fondamental du sociétal, de son échec cuisant au débat d’entre-deux-tours, elle était, dans tous les cas de figure, au second tour de l’élection présidentielle avant la candidature de Zemmour. Même l’étape sine qua non des parrainages, récemment franchie par les deux candidats, s’est avérée infiniment complexe à passer. Quant à la critique que partagent les membres de LR et de Reconquête de la « machine à perdre », il faut rappeler que là, aussi, dans tous les sondages, Zemmour ferait un score plus mauvais que la candidate RN au second tour : 30,5% contre 39% selon le dernier sondage Elabe (qui a révélé une fragilisation durable de la Droite Nationale suite au dossier ukrainien, avec notamment le passage de  Zemmour à la 4e place et la descente en-deçà de la barre des 40% au second tour pour la première fois pour le RN). La supériorité électorale de la candidate frontiste bénéficie d’une relative stabilité, explicable notamment par le fait que l’intellectuel cristallise plus de tensions chez les électeurs de gauche et l’électorat populaire de droite, sans parler des minorités ethniques, aliénées durablement par la polémique sur les prénoms. Le risque de la candidature Zemmour, c’est donc bien le risque d’un second tour Macron-Pécresse voire Macron-Mélenchon, largement envisageable selon la marge d’erreur, et dans le meilleur des cas, d’un candidat de la Droite nationale à 30% au second tour…

Maintenant, jeunes Nationalistes, vous voici face à un choix. Il est tout à fait audible que la candidature d’Eric Zemmour soit séduisante, tant par la culture générale formidable du journaliste que pour ses saillies assassines sur un certain nombre de sujets, notamment l’immigration et la féminisation de la société. Il est évident que notre génération de conservateurs, fille de la promotion Jean-Marie Le Pen, se reconnaît légitimement dans cet intellectuel courageux qui a porté durant si longtemps nos idées seul contre tous dans l’espace médiatique. Néanmoins, êtes-vous prêts à risquer un deuxième tour à la bonne vieille mode UM/PS (LR/EM pour les djeun’s), voire LFI/LREM, pour une perception d’ethos inégale, sans différence de fond fondamentale ? Devant l’urgence de bouter la clique libéralo-cosmopolite de l’Elysée avant que l’on ne nous impose, dans la suite logique des événements, l’avortement à 16 semaines, le lever de couleurs du drapeau LGBT à Matignon, la vaccination obligatoire sous peine d’amende ou de prison, la guerre à l’Est pour la défense de l’UE et de l’OTAN, la discrimination positive en entreprise et, bien sûr, la poursuite inexorable du tsunami allogène de l’intérieur comme de l’extérieur, sommes-nous en mesure de nous offrir le luxe d’une double candidature pour un programme similaire ?

« Pas si vite », répondront les plus fervents Zemmouristes, probablement les plus catholiques aussi. S’il est vrai que, dans le fond, les programmes des deux candidats sont quasi-similaires, mis à part la gestion des autoroutes, de la retraite et de l’ISF, la position du candidat de Reconquête sur la PMA constitue une différence majeure qui mérite, devant l’aspect civilisationnel de la question, de s’y attarder quelque peu.

Oui, définitivement, c’est un point capital. Oui, sans détours, la position de Zemmour est éminemment plus proche de la morale chrétienne que celle du RN sur ce sujet. Mais ce n’est pas la seule urgence. Car demain, la France pourra être une république islamique ; que tout le monde soit assuré que non seulement la GPA, mais également le mariage homosexuel et même la pornographie seront interdits. Par là, il faut entendre que le contre-la-montre de la guerre civile est déjà lancé, et que l’enjeu du sujet est la survie de ce pays, sa défense contre l’anéantissement. Zemmour lui-même ne s’en cache pas : le problème n°1 en France et en Occident est et reste l’immigration. Le cœur du combat national aujourd’hui n’est pas la conversion complète du peuple français à nos idées ; si, après 272 morts des conséquences du jihad depuis 2012, nos candidats n’additionnent que 30%, il est inutile de se faire de grandes illusions sur la masse. En revanche, il convient de se préparer aux grands événements qui surviendront dans le siècle, au moins dans le cadre familial et communautaire, et de freiner le désastre. L’un des moyens, c’est de bien voter.

« Nous ne changerons pas le monde, il ne faut pas se faire d’illusions, ce n’est pas nous qui allons changer le monde, mais le monde ne nous changera pas. »

JEAN MABIRE

Il convient de se mettre d’accord sur la raison pour laquelle un Nationaliste persiste à se rendre aux urnes de nos jours, contrevenant à la règle révolutionnaire de base : « si tu désapprouves le jeu, ne le légitime pas en appliquant ses règles ». Brisons ici l’omerta : on ne vote pas, en 2022 et en France, pour ses idées. Aucun candidat ne propose un programme simplement chrétien ou nationaliste ; aucun candidat ne remet en cause l’avortement, ni le mariage homosexuel, ni la République, ni la pornographie légale, ni la laïcité ; surtout, aucun candidat ne prévoit de déroger au cadre légal et constitutionnel pour régler le problème de la subversion ethnique et religieuse. Si un Nationaliste veut ou prétend véritablement voter pour ses idées, qu’il vote pour Yvan Benedetti, assumant ainsi un programme véritablement catholique, au détriment de l’efficacité politique. Mais que l’on arrête avec cette prétention pompeuse et hautaine de la « moralité » d’un certain vote catholique qui n’a pas empêché les fidèles de voter majoritairement pour Fillon (soutien de l’entrée de la Turquie dans l’UE, de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, du CETA, du maintien du droit du sol, du financement du culte musulman, et du vote Macron contre le FN au second tour) ou Macron (no comment) en 2017).

Mais alors, pour quelle raison une grande partie des nationalistes de France s’entête à nourrir le monstre électoral en le nourrissant gentiment à chaque élection de délicieux bulletins ? Parce qu’il vote pour sauver ce qui peut encore être sauvé, ou du moins pour dérégler le processus de destruction de ce pays dans quelques domaines stratégiques. Voter a un sens quand on a non seulement le choix, mais également une chance raisonnable de succès d’un candidat national contre un immigrationniste, d’un protectionniste contre un libre-échangiste, d’un conservateur contre un libéral, d’un éthique contre un avorteur, d’un Français contre un islamo-gauchiste. La finalité est d’être en mesure d’avoir la cohérence morale de critiquer un président en exercice si l’on a tout fait pour qu’il ne soit pas élu. Un nationaliste ou un catholique ayant voté Macron ou s’étant abstenu au second tour n’a pas le droit de se plaindre de la GPA ou de l’avortement à 14 semaines : il était prévenu, et il a contribué à l’application de l’agenda macroniste. Le concept de vote utile est un sophisme fallacieux quand il veut vous faire choisir un candidat qui ne défend pas la France, typiquement le vote républicain. Il revêt tout son intérêt quand deux programmes se ressemblent à 90% et que l’un a plus de chances significatives de créer la surprise au second tour. Voter, c’est l’acte le plus facile, le plus accessible, le plus humble pour apporter sa modeste et minuscule pierre à l’évolution de notre civilisation. Il y en a d’autres, plus concrets, plus efficaces, plus humbles ou plus dangereux aussi, axés sur sa propre famille, son propre village, sa propre communauté. Mais ce n’est pas de cela dont il sera question en avril.

La Révolution Nationale ne passera pas par les urnes ni par le cadre légal, c’est évident, pas plus que la diplomatie, la démocratie et le pouvoir des mots ne règleront les problèmes des Afrikaners du Transvaal, des Serbes du Kosovo, des Arméniens du Karabagh ou des Chrétiens d’Orient. Ni Zemmour ni Le Pen ne restaureront la France chrétienne, souveraine, celte par le sang et romaine par la culture. Mais tout coup porté à ce système impitoyable et inhumain est bon à prendre, d’autant que ce sont nos enfants qui pâtiront du maintien de la ploutocratie au pouvoir, tant par les films qu’ils regarderont, l’éducation nationale qu’ils subiront, les crimes et les viols dont ils seront victimes. Nous votons pour laisser à nos enfants une France en meilleur état que celle que nos parents nous ont léguée, et pour que le combat qu’ils auront à mener, si ce dernier ne tombe pas sur notre génération, soit plus facile que s’il était à entreprendre aujourd’hui.

« L’orgueil nous divise encore davantage que l’intérêt. » Auguste Comte

Il y a urgence. Nous n’avons pas, nous n’avons plus le temps pour les guerres fratricides, grande spécialité traditionnaliste. Le Pen contre Zemmour n’est jamais qu’un match retour de Denikine contre Wrangel[1], de Bonchamps contre Charrette[2], de Michael Collins contre Eamon de Valera[3], des Légitimistes contre les Orléanistes, c’est-à-dire du sacrifice de la victoire et du bien commun sur l’autel des querelles intestines et de l’ego. Les deux candidats, l’un comme l’autre, sont coupables à différents degrés de la fracture de la Droite nationale, ce que J.M. Le Pen était parvenu à endiguer du temps de B. Mégret. Marine Le Pen est coupable d’avoir perdu la confiance et des classes supérieures suite à son débat de 2017, et des conservateurs sociétaux en assouplissant l’activisme et la ligne politique du Front National sur la famille, le sujet identitaire et la bioéthique. Eric Zemmour est coupable de segmenter (puisque chronologiquement il arrive bien après) le camp national, de récolter ce qu’il n’a pas semé en profitant de 40 années de travail frontiste acharné, de militantisme, de conquête de villes et de places au Parlement, pour se lancer dans une aventure personnelle sans se soucier le moins du monde de sa légitimité, ni de ses faibles chances de succès. Soyons clairs. Si ces deux candidats avaient véritablement l’intérêt de la France en tête, nous aurions une candidature commune. Après tout, il y a bien moins de différences entre les deux qu’entre communistes et socialistes en 1981. Oui mais voilà. La droite « non seulement la plus bête, mais la plus lâche du monde », chère à Bastien-Thiry, a visiblement encore de longs jours heureux à couler… L’une ne peut se résoudre à sacrifier les efforts de toute une vie gâchée par la vie politique et s’agrippe égoïstement, l’autre se rêve en Homme Providentiel aveuglé par ses succès commerciaux et médiatiques.

Aussi, jeunes Nationalistes, lorsque le 10 avril vous glisserez votre bulletin dans l’urne, je vous en conjure : pensez victoire, et pensez stratégie basique. Nous perdons depuis trop longtemps, partout dans le monde. Les Vendéens ont été exterminés, les armées blanches ont été décimées, les partisans des Stuarts ont été éradiqués, les Tchetniks[4] ont été massacrés, les partisans tyroliens d’Hofer[5] ont été dispersés, tout ce sang versé pour rien, avec pour résultat le monde d’aujourd’hui. Alors certes, on ne se bat pas que quand on est sûr de la victoire. Mais lorsqu’une option présente des chances de réussite, en l’absence d’une meilleure solution, on la prend. Quitte à frapper, autant que le crochet soit efficace, car les défaites encourageantes ou panachées, c’est joli dans du Raspail ou en coupe du monde de rugby, mais les conséquences en politique sont autrement plus inquiétantes…

[1] Généraux des armées blanches contre-révolutionnaires pendant la guerre civile russe (1917-1921)

[2] Généraux vendéens

[3] Leaders républicains irlandais, artisans de l’indépendance de la République d’Irlande (1921), opposants pendant la guerre civile.

[4] Combattants serbes orthodoxes et royalistes pendant la 2e Guerre Mondiale, opposés aux communistes et aux nazis.

[5] Commandant de la rébellion contre-révolutionnaire et catholique à l’occupation franco-bavaroise du Tyrol autrichien (1809)

« Notre monde ne sera pas sauvé par des savants aveugles ou des érudits blasés. Il sera sauvé par des poètes et des combattants, par ceux qui auront forgé l'« épée magique » dont parlait Ernst Jünger, l'épée spirituelle qui fait pâlir les monstres et les tyrans. Notre monde sera sauvé par les veilleurs postés aux frontières du royaume et du temps. »

DOMINIQUE VENNER

Wladimir Chikovani

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