L'Étudiant Libre

De mai 1968 à 2022 : entre socialisme, progressisme et wokisme

De mai 1968 à 2022, en passant par socialisme, progressisme, wokisme : voilà comment la France de Napoléon est devenue celle qu'elle est aujourd'hui. Une France dictée par les médias et le politiquement correct, une France qui oublie toute histoire et toute morale. Une France qui en oublie même ce qu'est la France. Quelles en sont les causes? Comment en est-on arrivé là et comment s'en sortir?

Après les résultats du premier tour des élections présidentielles, la plupart des français semblent encore surpris, voire même stupéfaits. L’épilogue d’une campagne agitée et intense tant par le nombre de candidats que par l’investissement croissant des jeunes partisans depuis janvier 2021, les résultats semblent en avoir interrogé plus d’un. Dans un pays issu de la monarchie, de l’empire, et du gaullisme, la “droite” ou plutôt le “souverainisme” a très longtemps régné.  Pour autant, ces résultats de 2022 ont démontré que cette ancienne France n’est presque plus. 

En effet, le bloc de gauche et ses 7 candidats, s’ils avaient été rassemblés, serait passé au second tour. Le candidat d’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, a de plus, à lui seul, frôlé le second tour, à 421 420 voix d’écart avec Marine Le Pen. Un score jamais encore atteint par le candidat ( 21,95%) en trois participations depuis 2012.

Mais comment l’explique t-on?  Comment se fait-il qu’une telle vision soit aussi répandue au XXIème siècle en France ? La France de Louis XIV, celle de Napoléon et de Victor Hugo, celle des croisades et celle des découvertes : cette France qui, ce dimanche 10 avril, a voté au total pour 35,1% à gauche, soit 12 329 774 français. 

Comment en est-elle arrivée là et quelle en a été son évolution politique? Ou plutôt : comment mai 68 a posé les bases d’une gauche décomplexée ? 

De mai 68 à 2022, en passant par 14 ans de socialisme, les réformes du travail en 2000, la crise économique mondiale de 2008 et le passage d’un parti politique flou, ni de droite ni de gauche en 2017, voici en quelques lignes un résumé chronologique de l’évolution de la gauche française, ainsi qu’une appréciation de ce qu’est devenu la droite depuis 50 ans.

Avant l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir, la France était de droite, attachée à ses valeurs traditionnelles et à l’amour pour son pays après l’épreuve qu’a été le XXème siècle traversé par les guerres. Ces épreuves qu’a enduré le pays n’ont pour autant pas été un frein à la gauche, et en ont été même un catalyseur. Car ces conflits ont ouvert la voie à de nombreux autres : revendications, révoltes, soulèvements populaires. Revenons sur un des premiers ; précurseur à la fin du XXème siècle : “mai 68”. 

Fin mars 1968, un mouvement d’étudiants s’est soulevé contre la guerre du Viet Nam. Ensemble et nombreux, un souffle libertaire les a poussés ensuite à revendiquer davantage : réformes sociales, droit des femmes, droits des homosexuels, liberté sexuelle. En bref : l’abolition totale des mœurs et de la morale traditionnelle. A sa tête : Daniel Cohn Bendit, connu pour avoir mené cette révolte, mais aussi pour ses révélations dans ses différents livres/plateaux télévisions sur la pédophilie (qui d’ailleurs ne lui ont jamais été reprochées par ses supporters.) Une coïncidence assez ironique que l’on retrouve d’ailleurs de nombreuses fois dans l’histoire de la gauche.

Un mouvement d’étudiants révoltés à la base par l’interdiction de la présence féminine dans les dortoirs, a engrangé par effet domino le siège de la Sorbonne et le blocage du pays qui causera 4 pertes humaines. Cette période révolutionnaire se soldera par les accords de Grenelle entre syndicats et gouvernement en place puis par la dissolution de l’Assemblée Nationale par de Gaulle. 

Mai 68 reste aujourd’hui la contestation sociale la plus importante de notre histoire. Ce phénomène trouvera d’ailleurs écho dans d’autres pays, tels que les Etats-Unis où hippies et mouvements post “Black lives matter” prirent de l’importance. Cette génération issue du baby boom et des Trentes Glorieuses sera suivie par un siècle de changements, continuant sur 14 ans de socialisme entre 1981 et 1995. François Mitterand en sera le précurseur, avec la création de l’ISF (l’Impôt Sur la Fortune), l’abolition de la peine de mort, la dépénalisation des pratiques homosexuelles ou encore la régularisation des étrangers. Des décisions ancrées dans une gauche croissante, qui auront des répercussions, croissantes elles aussi, dans les années qui suivent.

Cet assistanat social trouvera sa continuité au fil du XXème siècle et du XXIème siècle. Ce sont les mêmes politiques d’il y a 50 ans qui sont opérées aujourd’hui, avec l’exemple des décisions de la maire de Lille, célèbre notamment pour la réduction des semaines à 35 h : Martine Aubry. Ces 14 années ont ainsi laissé une marque sur des générations, infantilisant les français programmes par programmes, passant de 35h à 32 chez certains candidats, ou encore augmentant les aides diverses, tout en supprimant celles que pourraient toucher les riches : n’y aura t’il plus que 10h de travail par semaines et un smic de 4000 euros en 2050? 

Dans un contexte déjà compliqué, voilà qu’un parti ne se réclamant ni de droite ni de gauche est apparu en 2017, et a même remporté la présidentielle avec son représentant Emmanuel Macron. Les partis conventionnels, présents depuis près d’un siècle, se sont vus écrasés par ce petit parti, étonnement populaire. Comme de tout temps, les crises diverses qu’a traversé la France (attentats, violences, etc…) ont tristement su être un avantage pour La République En Marche. Car les français étaient déçus, notamment par les partis conventionnels (le parti socialiste par exemple, présidé par François Hollande). Il leur fallait du changement, et un gouvernement salvateur face à cette situation d’urgence. 

Ce même président qui paraît salvateur passe pourtant pour    le « président des riches » qui méprise les classes. Pourquoi alors a-t-il obtenu 24% des suffrages au premier tour en 2017, et 27,8% en 2022  ? Une partie de son électorat est la génération de boomers qui a causé cette révolte en 1968, cette même génération qui a tant plaidé pour l’égalité, et la répartition des richesses. Son programme est disponible sur les plateformes, et ses exploits durant 5 ans déjà, ont eu pour témoin chaque français peuplant le pays : est-ce de l’aveuglement ou seulement un manque de jugement ? Car 27,8%, c’est 9 millions de français  en 2022 qui ont oublié, le temps de choisir leur bulletin de vote, ce qu’ont été nos restrictions de libertés, les révoltes, et les violences. Ou alors ont-ils intériorisé en 5 ans de restrictions ce qu’est la vraie liberté dont chaque homme a droit? Se sont-ils dits : “3 doses de vaccin, ça va, autant en prendre une 4ème, 5ème ou même 14ème ».  Ce président est le même qui leur supprime leurs retraites d’ailleurs. 

Voilà le résultat d’une gauche de plus en plus décomplexée depuis 50 ans : elle ne sait même plus discerner quel parti choisir pour sauver l’avenir de la France.

Cette foi en la gauche et en ce pseudo nouveau parti des riches semble en fait, être en opposition avec la vision traditionnelle de droite, bafouée et souvent réduite à un parti archaïque, raciste, homophobe, xénophobe, un parti de “fachos”. Cette image peu valorisante semble trouver ses racines dans les valeurs qu’elle défend, une France traditionnelle, attachée à sa morale, des valeurs familiales et chrétiennes. En somme on reproche à la droite française son manque d’envie d’évolution, ou autrement dit sa peur de la déconstruction. Cette vision des choses n’est pas innée, la pensée collective est travaillée quotidiennement et depuis notre tendre enfance pour diaboliser la droite. L’histoire enseignée dans l’école de la République est orientée et la France fière de ses victoires sous Napoléon est mise de côté pour faire place à la France tortionnaire de la Guerre d’Algérie. Ce jugement de valeur est aussi présent dans les médias, l’idée d’un journalisme sans parti-pris n’est qu’une vaste utopie. La bien-pensance gouverne nos informations, la justice et sa merveilleuse présomption d’innocence est rangée au placard : aujourd’hui on dénonce en place publique sans possibilité d’opposition. 

Les meilleurs exemples de ce changement de morale peuvent être les différentes affaires qu’a subies l’ancien président de droite Nicolas Sarkozy, ou plus dramatique encore la mise au pilori de François Fillon pour 3 costumes qui le priva d’un second tour à l’élection présidentielle. La gauche et les partisans du centrisme macroniste ont d’ailleurs pris plaisir, lors de ses affaires, à évincer le reste d’une droite de plus en plus absente. En revanche, un candidat qui traite Eric Zemmour de “juif de service” (Yannick Jadot) sur un plateau télévisé n’est pas reproché. Ni d’ailleurs les nombreuses affaires du président actuel dont personne n’ose parler  : un redressement qu’il a subi suite à un non paiement de l’impôt sur la fortune lorsqu’il était ministre, une non déclaration d’une créance de 35 000 euros sur son épouse Brigitte, ou même  des dépenses publiques dilapidées dans des cabinets de conseils américains qui ne payent pas leurs impôts. Rien ne l’a empêché d’arriver au second tour, sans même avoir fait campagne d’ailleurs. En 5 ans, le président a su à la fois mentir à 68 millions de français et causer la plus grande révolte sociale que la france n’ai jamais connue depuis mai 68. Et il accède encore au second tour en 2022, et tend vers un nouveau quinquennat.

La question est : les médias seraient-ils plus cléments avec les personnalités politiques qui ne sont pas de droite ? Pourquoi le sont-ils? Dans quel intérêt, et à quelles fins? 

Emmanuel Macron n’est pas de gauche, certes. Mais cette bataille n’est plus une bataille politique : elle en devient une bataille d’idées, une lutte culturelle grandissante et de plus en plus imposante. C’est ce politiquement correct que beaucoup critiquent mais qui est omniprésent qui prend de l’ampleur : seuls les candidats de droite se risquent à s’y opposer, et encore. Les idées semblent étouffées par cette tendance : on ne peut plus dire, écrire, penser ce que l’on veut. Lire du Zemmour dans le métro,  porter du Fred Perry ou bien faire des blagues sur la diversité et l’histoire est mal vu, voire dangereux. Un exemple concret de ces 5 dernières années : la trilogie des films “Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu” : le premier a fait rire, le deuxième a fait polémique, le dernier était calqué sur cette pensée du correct et de la limite. Ainsi, acteurs de couleur, couples homosexuels et scènes de sexe ne peuvent plus être évitées, quelque soit le scénario, adapté ou non. Il faut, aujourd’hui, à tout prix intégrer tout le monde pour éviter des polémiques d’une minorité qui se soulèverait. Jusqu’à même oublier l’humour, l’art et les traditions.  

Ce triste constat n’est pas nouveau, et en inquiète plus d’un. A l’heure où la France est peuplée de presque un tiers d’immigrés, que ses traditions se perdent de plus en plus, et que sa politique n’est plus qu’une querelle puérile d’idées et de programmes incomplets, l’espoir d’un retour n’est plus. Depuis près d’un siècle, le clivage partisan règne : la droite, la gauche, à la limite le centre, mettant les français dans des cases, et paradoxalement pour une grande partie d’entre eux, combattant ces cases et ces classes. Les insultes “droitard” ou “gaucho” semblent être les seuls vestiges de cette guerre idéologique. Cette société paradoxale n’est plus qu’un miroir des sociétés imaginées dès le XXème siècle par les écrivains de science fiction. Ces mêmes écrivains que les professeurs des écoles se targuent d’enseigner, tentant de contraster notre société à la leur. Mais est ce finalement un contraste ?  N’y a-t-il plus que de la comparaison entre ces différents systèmes, tous plus désorganisés et menaçants les uns que les autres ? Tous plus dystopiques? 

Finalement l’issue du second tour ne semble pas marquer le début d’une nouvelle ère politique remplie de changement, mais n’être, seulement, que la continuité de la déchéance de notre société centenaire.

Antoine Guillemant et Capucine Gidoin

Antoine Guillemant et Capucine Gidoin

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