L'Étudiant Libre

L’ambassadeur français expulsé du Mali par la junte militaire

« L’ambassadeur de France à Bamako, son excellence Joël Meyer, a été convoqué par le ministre des Affaires Étrangères et de la coopération internationale il lui a été notifié la décision du gouvernement qui l’invite à quitter le territoire national dans un délai de soixante-douze heures ». C’est par ces paroles lues à la télévision d’État malienne que la junte militaire en place depuis mai 2021 a annoncé l’expulsion de l’ambassadeur français au Mali. Jean-Yves Le Drian a déclaré « prendre note » de l’insulte diplomatique malienne.
Crédits : Pixabay

Pourquoi une telle décision ? Quel impact sur la politique française, notamment au Sahel où plus de 5 000 de nos hommes sont déployés ?

Retour rapide sur l’histoire récente du Mali

Colonie française de 1892 à 1959, le Mali fonde avec le Sénégal la fédération du Mali. Celle-ci éclate deux mois après sa création, et le 22 septembre 1960 Modibo Keïta proclame l’indépendance, faisant du Mali une République.

En 1968, Keïta est renversé par le colonel Moussa Traoré qui impose une dictature militaire au pays pendant près de 23 ans, interdisant les activités politiques, faisant surveiller les milieux universitaires, imposant un parti unique, faisant des référendums qui récoltent étrangement 99% d’approbation, comme lors de l’adoption de la constitution de la Seconde République du Mali le 2 juin 1974, incarcérant des membres du gouvernement et autres joyeusetés classiques liées aux dictatures militaires.

En 1991, après une manifestation réprimée par les armes faisant 200 morts, le Mali s’embrase, et le 26 mars Traoré est renversé par le colonel Amadou Toumani Touré qui prend la tête du pays remettant en place une démocratie, le problème de cette démocratie étant qu’elle ne dépasse pas les 15% de participation et voit ses candidats se faire élire régulièrement avec plus de 90% des voix…

Le 22 mars 2012, une nouvelle junte militaire menée par Amadou Haya Sanogo prend le pouvoir, imposant un nouvel État renversé par un putsch militaire le 18 août 2020, lui-même renversé par une junte militaire le 24 mai 2021 qui voit le colonel Assimi Goïta devenir le meneur du pays.

En plus de cette grande instabilité politique, le Mali est le théâtre de luttes importantes, notamment avec la minorité touarègue qui constitue près de 8% de la population malienne et qui est aussi implantée au Niger, en Libye et en Algérie. Mais aussi avec les groupes djihadistes et salafistes d’Afrique du Nord, ceux-ci alliés depuis 2012 sont partis à l’offensive, le recul de l’armée Malienne obligeant en 2013 la France à intervenir militairement, à la demande de Bamako, pour la soutenir et tenter de maintenir une certaine stabilité dans la région.

Pourquoi une telle décision ?

Selon le communiqué télévisé de la dernière junte en date, l’expulsion de notre ambassadeur ferait « suite aux propos hostiles et outragés du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères tenus récemment, à la récurrence de tels propos par les autorités françaises à l’égard des autorités maliennes en dépit des protestations maintes fois élevées ». Le gouvernement malien n’ayant manifestement pas apprécié que la légitimité d’un gouvernement militaire soit remise en cause par la communauté internationale, dont la France. On peut noter que déjà la semaine dernière les forces spéciales danoises présentes sur le territoire malien avaient été expulsées par Assimi Goïta, qui tente de montrer qu’il ne plie pas face aux exigences de la communauté internationale.

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Quel impact sur la politique française ?

Le comportement du gouvernement malien vient renforcer les questionnements du gouvernement français quant à l’utilité de sa présence sur le territoire. L’importance des moyens engagés et les pertes françaises dans un territoire totalement incontrôlé par Bamako n’étant manifestement pas un motif de reconnaissance de la part de la junte malienne. La situation se tend toujours plus entre la France et le Mali qui accumule les insultes à l’égard de l’Hexagone et l’accuse régulièrement de garder certains réflexes coloniaux. Ainsi, le pays se tourne de plus en plus vers des puissances alternatives comme la Russie via le groupe paramilitaire Wagner qui lorgne dangereusement vers les ressources stratégiques maliennes. De son côté, le ministre des Affaires étrangères a déclaré dimanche que le « combat contre le terrorisme doit se poursuivre, mais sans doute dans d’autres conditions », préfigurant ainsi un départ français du Mali. Le général Schill a déclaré que « Nos unités continuent leur partenariat avec les bataillons maliens », on le comprend, la base de Gao dans le Sahara malien est encore le centre névralgique des opérations anti-terroristes au Sahel, il nous faudra un peu de temps afin de tout réorganiser. Rappelons que malgré la réduction des effectifs français dans le cadre de Barkhane et la détérioration des relations franco-maliennes, la mission est maintenue. Reste à savoir où est-ce que la France va envoyer ses unités stationnées au Mali, le Niger ou le Tchad restant des options viables.

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par Bastian Siguret

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