L'Étudiant Libre

« Sous le Soleil des bien-pensants »

Politiquement correct, bien-pensance, boussole républicaine… Pour de jeunes gens tels que nous, ces trous noirs desquels rien ne réchappe ne semblent jamais avoir relâché leur empreinte totalisante. Nous, nationalistes du nouveau siècle, avons vécu intimement avec deux échelles de morale, avec deux déterminations frontalement opposées du bien et du mal. Celle de l’absolu, et celle de l’époque. Comme si, raillant l’œuvre de Saint Augustin, la cité terrestre, celle de l’amour de soi, à force d’indifférence et d’oubli, avait fini par retourner ses armes contre la cité de Dieu. Voilà le crime contemporain, qui doit nous rappeler à notre devoir de sentinelle, et nous aider à penser par-delà le présent.

Pour mieux saisir les contours de vos chaînes, il faut se plonger dans les entrailles de la Bête, en arracher toute l’hypocrisie. Car ce temps, qui vocifère son amour de la liberté et des droits, n’a jamais aussi mal aimé la liberté. Au contraire, il a eu sa tête et la tend au peuple, comme le visage de Méduse, dans l’espoir de le pétrifier. Tout est inversé. Les guerres les plus meurtrières et lucratives de l’Histoire ont toutes été menées au nom des Droits de l’Homme. La traite d’êtres humains à travers la Méditerranée, le commerce de bébés pour parents synthétiques, ne se font pas sous un étendard différent. 

Cette immense chape de plomb ne se résume pas à une dynamique intellectuelle, pas plus qu’à une pratique médiatique. Elle est aussi une vase assez liquide pour se répandre dans toutes les pores de la peau sociale. Elle est une lame de fond orwellienne qui recouvre les amitiés, les bureaux, les dîners de famille et les rames du métro. Plus encore, bercée par la valse des immédiats, elle s’éprend de sujets chaque jour différents, la rendant toujours plus difficile à discerner. L’on ne parle aujourd’hui plus facilement de Grand Remplacement que parce que les non-vaccinés et les anti-atlantistes sont devenus des boucs-émissaires plus menaçants. C’est René Girard pris dans l’éternel recommencement. Dans ce système infiniment binaire, si vous êtes admis au bal, c’est simplement que vous n’êtes plus leurs ennemis. 

C’est enfin, et plus simplement, une fatigue de penser, une convergence collective vers des systèmes préfabriqués, dans laquelle gauche comme droite, progressistes comme conservateurs, ont leur responsabilité. Mais nous, chrétiens, savons bien que si nous pouvons distinguer les ténèbres, c’est parce qu’il demeure une lumière. L’espérance s’inscrit alors dans l’imaginaire, dans les prodigieuses possibilités de la création, dans l’exhibition des absolus qui transfigurent les partitions et font renaître le commun. Encore pour cela faut-il être capable de trouver, au creux des vagues de cet océan sans cesse agité, la vérité de son être profond.

 

« On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ».

Georges Bernanos

Valentin Schirmer

Valentin Schirmer

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