L'Étudiant Libre

Ecowatt, ou le symbole d’une perte de souveraineté énergétique française

Emmanuel Macron nous avait prévenus : l’abondance, c’est terminé. Il semblerait que l’énergie, en particulier l’électricité, n’échappe pas à cette funeste prédiction. Alors, comment pallier ce manque d’énergie auquel la France devra faire face cet hiver ? Le gouvernement est clair sur la question : seule la « sobriété énergétique » nous tirera d’affaire. Ce plan, annoncé en octobre dernier par la Première Ministre Élisabeth Borne et la Ministre de la Transition Énergétique Agnès Pannier-Runacher, a pour but de « transformer durablement nos habitudes et nos comportements ». Une arme a été développée pour aider les Français dans ce combat : elle porte le nom d’Ecowatt.

Les sanctions contre la Russie : fausse bonne idée ?

Depuis que la guerre russo-ukrainienne fait (officiellement) rage, la France, et plus largement l’Union européenne, ne cessent d’imposer des sanctions à la Russie, dans l’espoir de frapper le portefeuille de l’Etat dirigé par Vladimir Poutine. Seulement, celles-ci semblent davantage toucher les Français et Européens : tandis que ces sanctions n’ont pas eu l’effet escompté sur l’économie russe (les médias français parlant de « résistance russe » face aux sanctions), l’inflation ne cesse de s’accroître en Occident, la dette publique française avec. Mais selon le gouvernement, il n’y a pas de problème : il faut simplement faire (encore) des compromis, car nous nous battons pour une « juste cause ». Et ces compromis passent par la sobriété énergétique. C’est là où Ecowatt intervient.

Ecowatt : la solution contre le gaspillage énergétique

Cette application, développée par le Réseau de Transport d’Électricité (RTE) en collaboration avec l’Agence de la transition écologique, permet à chacun de suivre la consommation d’électricité dans sa région comme dans toute la France, afin d’indiquer lorsque nous devons couper notre chauffage, ou bien si nous pouvons toujours le garder allumé (toujours dans la limite des 19°C demandés par nos dirigeants). L’application, entre quelques conseils nommés « écogestes » pour nous aider à réduire notre consommation d’énergie, nous propose une carte de l’Hexagone, ainsi qu’une légende : une couleur verte, une autre orange, et une dernière rouge. Si la carte est verte : la consommation est normale. Si elle est orange, la consommation est tendue, nous sommes alors invités à appliquer les « écogestes » susnommés. Enfin, si les signaux sont au rouge, nous nous retrouvons alors menacés de coupures d’énergie si nous ne réduisons pas notre consommation. 

La Charte Ecowatt : plus d’une centaine d’entreprises signataires

C’est ainsi que le 11 octobre dernier, plus de 90 grandes entreprises françaises telles que la FNAC, Allianz, ou encore le géant de la distribution Carrefour ont signé la charte Ecowatt dès le premier jour, les incitant à faire des efforts sur leur consommation d’énergie. Concrètement, les entreprises signataires se sont engagées à travers cette charte à prévenir leurs clients lorsque la consommation d’électricité atteindra un pic en France, données évidemment fournies par l’application, ainsi qu’à modérer leur consommation d’énergie, notamment lorsque les signaux indiqueront une potentielle pénurie. À travers cette charte, Xavier Piechaczyk, président de RTE, espère que le risque de coupures d’électricité sera considérablement réduit cet hiver.

Pénuries d’énergie : à qui la faute ?

Poussons la réflexion un peu plus loin : il y a certes des risques de pénuries d’énergie en France cet hiver. Seulement, celles-ci auraient certainement pu être évitées, du moins atténuées, si nos gouvernants n’avaient pas commis autant d’entorses à notre souveraineté énergétique. Rappelons la vente d’Alstom à General Electric : le 4 novembre 2014, l’ancien ministre de l’Économie désormais Président de la République Emmanuel Macron autorisa la vente de la filiale énergie d’Alstom à la multinationale américaine, ce qui marqua la première atteinte à notre souveraineté énergétique. Depuis, cette dernière n’a cessé de diminuer, pour le plus grand bonheur du président réélu, qui souhaitait en 2018 la fermeture de 14 réacteurs nucléaires d’ici 2035, projet entamé par la fermeture de ceux de Fessenheim. Or, comme souvent, la politique française ne va pas à contre-sens de la politique allemande, ceci au nom du fameux couple franco-allemand, et le sujet du nucléaire le prouve : le pays dirigé par Olaf Scholz se positionne absolument contre l’énergie nucléaire, au point de déclarer de ne pas être fier de prolonger l’utilisation de ses trois dernières centrales nucléaires. 

Ecowatt : l’allégorie d’un diagnostic énergétique inquiétant 

Ecowatt apparaît alors comme le symbole d’une France dépourvue de toute souveraineté énergétique, au profit des pays qui se font un plaisir de nous vendre leurs ressources tels que les Etats-Unis et son gaz de schiste, ou la Russie et son importation de gaz, désormais suspendue, qui représentait pourtant environ 17% des réserves totales de gaz en France. L’Hexagone, auparavant puissant, se trouve désormais fort dépourvu depuis que la bise fut venue. Telle la cigale décrite par la Fontaine, la France vient quémander à ses alliés de l’énergie pour subsister jusqu’à la saison nouvelle. Il ne reste plus qu’à espérer que ces derniers ne se comportent pas en fourmi, et que malgré les prix de l’énergie qui ne font qu’augmenter à cause de l’inflation, ceux-ci acceptent de continuer à nous fournir à des prix raisonnables, et que la carte d’Ecowatt ne soit jamais constamment teinte de rouge.

A lire également : La France, une puissance moyenne ? Déni et indifférence à l’égard du déclin international français

Kylian Quay

Kylian Quay

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