L'Étudiant Libre

« Sortir du bocal »

Édito du numéro 14 "EN VIE".

Étouffer dans sa ville, étouffer dans son monde, au milieu du bocal coincé entre les plantes. Toujours les mêmes couleurs, toujours le même mouvement, un cercle transparent qui n’a pas de fin. À tourner sans but on meurt.

La vie trop ordonnée ne rend pas heureux. Passions vives, besoin de donner, force constante, la jeunesse n’est qu’explosion. Le bocal noie la vie entre ses parois confortables et ses faces connues. Lester ses mots, retenir son souffle, brider ses gestes, le bocal étouffe à mort les âmes hardies.

Hors de l’eau stagnante de notre aquarium, découvrir les torrents clairs des montagnes, les flots purs des mers, les rivières fraîches des plaines. Les nuits étoilées racontent des histoires, le vent en chante d’autres, et le silence appelle la vie. Trouver le grand sur la cime des montagnes, écouter l’harmonie des bruissements forestiers, respirer les embruns salés des océans fourmillants. Se pencher sur la nature, percevoir son profond murmure. Boussole affolée, trouver le réel, s’orienter. Où est Dieu ? Partout.

Rencontrer les femmes et les hommes, comprendre leurs danses, expression des peuples libres, entendre leurs chants, être reçu sous leur toit au milieu de la joie curieuse. Un étranger est venu, puis il est reparti, un coup de vent, un souffle d’air, une brise légère dans le quotidien familial. Et surtout une tempête de bonheur.

Partir vers d’autres mondes, rencontrer des visages inconnus, percevoir des sentiments vifs. Enhardir sa braise dans la chaleur des foyers. Indépendance totale, apprendre à se donner pour enflammer les âmes de son service. Feu nomade ou feu domestique, sur la tombe de l’homme libre qui s’offre est inscrit à jamais « même mort, il brûle ».

« Je n’ai pas misé ma vie à demi, j’ai tout jeté dans la balance » a crié Gérard Chaliand dans tous les pays du monde. Pas d’aquarium pour ces hommes-là, trop passionnés, trop libres pour aimer le confort des plantes. La vie appelle l’aventure pour combattre l’acédie. La routine fait l’eau stagnante et les âmes vertes. Sortir du bocal, écouter le grand concert des hommes, contempler l’harmonie du monde. La liberté ou la noyade. Le don ou l’esclavage. La Beauté ou la mort.

En vie. 

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