L'Étudiant Libre

Lille – Six militants, six partis politiques : un débat mouvementé le mardi 24 mars

Qui ne rêve pas d’avoir ses convictions et ses idées ancrées en lui, et de savoir pour quel candidat voter en avril 2022 ? L’association de débat d’HEI (Dheibattons) a choisi d’aider les étudiants à parvenir à ce but par l’organisation d’un débat entre six militants représentants des six plus gros partis politiques actuels, à savoir la France Insoumise, La République en Marche, Les Républicains, Reconquête !, Europe Écologie Les Verts et le Rassemblement National.
Crédits : Pixabay

À l’heure où l’IFOP prévoit 30% d’abstention au premier tour des élections, c’est une initiative qui semblerait être un moyen pour les jeunes de connaître davantage les idées de chaque parti. De nombreux sujets ont été abordés, tels que la question de l’agriculture, du chômage ou encore des étudiants. Cette dernière question étant une des plus importantes pour nous, étudiants ou en devenir, en voici un résumé.

Tomas Kebbati, référent de la France Insoumise du Nord, s’est exprimé en premier sur ce sujet. Il a commencé en parlant du fait qu’un étudiant sur cinq serait en situation de précarité, et un étudiant sur deux serait obligé de travailler en parallèle de ses études. Il part ainsi du constat que tous les étudiants n’ont pas les mêmes capacités et les mêmes privilèges. Pour pallier à ces inégalités, il propose une allocation d’autonomie de 1063 euros. Égalité pour tous : la prime sera-t-elle valable pour tous les étudiants ? À l’heure où la dette publique s’élève à 180%, la réponse est bien évidemment non. Elle est prévue pour les étudiants à partir de 16 ans au lycée professionnel, et ceux de 18 ans séparés du foyer fiscal de leurs parents. Pour financer cette mesure, la taxe d’héritage sera augmentée pour les héritages de plus de 12 millions d’euros. Faire fuir les riches, voire les prohiber totalement, cela semble être le but premier de Jean-Luc Mélenchon. En effet, la méritocratie n’existe pas, et il est injuste pour un homme de réussir sa vie professionnellement au point où il amasserait plus de 12 millions d’euros de biens.

Maelle Mabecque, représentante des jeunes avec Macron du Nord, a choisi, elle, d’évoquer plusieurs solutions que le parti du président actuel envisage. La revalorisation de la bourse sur critères sociaux par exemple. Aujourd’hui, les jeunes dont les parents ont un salaire bas peuvent bénéficier d’une bourse. Le parti prévoit d’augmenter cette bourse. Maelle Mabecque n’a donné aucun chiffre lors de sa prise de parole, présentant un projet flou, qui ne donne qu’un seul aperçu de ce que serait cette mesure. Un moyen peut-être d’éviter de faire des promesses qu’ils ne tiendraient pas comme ils auraient pu le faire auparavant.

Mais avec très peu de surprise, elle a évoqué un projet encore plus flou : une grande réforme de l’université pour mener les étudiants aux métiers de demain. Mais que sont les métiers de demain ? Et de quoi demain sera-t-il fait ? À l’heure où la moindre crise, ne serait-ce qu’une pandémie qui a moins de 0,1% de létalité, provoque une crise économique et sociale nationale. Cette réforme semblerait être une manière d’attirer un électorat plus étudiant, car qui sait combien certains d’entre eux peuvent être préoccupés par la tournure que prennent leurs études, ou encore leur avenir.

Enfin, la représente des JAM s’est targuée du plus bas taux de chômage des jeunes depuis 40 ans. Ce à quoi s’est permis de répondre Pierre Antoine Watremez, responsable adjoint des jeunes avec Marine Le Pen du Nord, que c’était à cause de l’ubérisation de la société : « uber drive uber machin ».

Face à ces promesses, Melissa Camara, référente EELV du Nord, a choisi de rétorquer. Elle a tout d’abord beaucoup critiqué, notamment les réformes que Macron a pu faire ou tenté de faire sur le chômage et sur les retraites. Après sa crise de reproche, elle a enfin décidé de présenter les mesures, ou plutôt une seule mesure prévue par Yannick Jadot. Il prévoit 918 euros pour tous les étudiants précaires depuis 18 ans. Une mesure inégalitaire donc, car les étudiants de parents plus aisés n’y auront pas droit. Ils partent ainsi de l’idée reçue que tous les enfants de parents riches perçoivent de ces derniers plus d’argent que ceux de parents précaires. Les EELV auraient peut-être le privilège d’avoir accès aux comptes bancaires et virements effectués par les parents « plus aisés » ?

Grégoire Houdan, du haut de ses 20 ans, t-shirt blanc froissé et baskets de sport, a directement posé les bases de ce que seraient les mesures du parti des Républicains sur le sujet des étudiants. Il est le seul à parler de la création d’une « grande banque des jeunes », qui financerait les études et les projets professionnels. Les banques actuelles ne le font-elles pas déjà ? Il semblerait qu’il y ait une nuance car le remboursement serait échelonné à partir du moment où les jeunes toucheront un revenu, et non à partir d’un délai fixe. (10 ans par exemple). Mais ne serait-ce pas une énième proposition qui endetterait l’État ? Sachant que la plupart de ce que propose la candidate, qui d’ailleurs est celle qui possède le plus grand patrimoine, menacerait de le faire ? Cette vision de l’économie n’est d’ailleurs pas étonnante, à l’heure où elle emploie l’expression « la banque du droit à l’échec ».

Grégoire Houdan a également évoqué le fait de prévoir un revenu jeune actif de 670 euros pour les jeunes souhaitant se former aux métiers qui recrutent. Une proposition qui aura donc pour but de réduire le chômage, d’un taux de 7,4% en 2022, et, comme tous les programmes des candidats, d’aider les jeunes à avoir une position professionnelle stable.

Des mesures, donc, qui sembleraient arranger la situation de beaucoup d’étudiants. On se rend compte qu’elles sont assez proches de celles de Reconquête, le nouveau parti de droite. Mathilde Leconte Duchange, responsable de Génération Zemmour du Nord, a choisi d’évoquer quelques mesures, malgré un retrait silencieux durant tout le reste du débat. Mais sa prise de parole, bien que très courte, a tout de même révélé la position du candidat sur les étudiants. Elle est la seule à parler du budget étudiant : le parti d’Éric Zemmour mettrait à disposition pour tous les étudiants des tickets restaurants financés par l’État et l’université, avec en plus une valorisation des circuits courts pour « mieux nourrir les étudiants ». Une réforme qui pourrait plaire à Yannick Jadot.

De plus, elle a exprimé le désir du candidat de réserver les logements sociaux aux jeunes français modestes, et notamment aux étudiants en situation de précarité. De la notion de « grand remplacement », le candidat semble ainsi ne donner accès aux logements qu’aux Français. Une préférence nationale qui exclurait donc tous les autres, quelque soit leur but : d’étudier et de réussir professionnellement dans notre pays.

Enfin, Pierre-Antoine Watremez, co-référent des jeunes avec Marine du Nord, a décidé ce soir là de montrer ce qu’est le véritable parti de Marine Le Pen : non pas le vieux parti d’extrême-droite, mais un parti qui se renouvelle et qui donne de vraies mesures. Pour autant, nous avons attendu ce renouveau tant vanté tout au long du débat. Il est cependant le seul militant à s’être permis de couper plusieurs fois les autres, rendant le débat plus attractif et plus intéressant à écouter.

Premièrement, la candidate promet une prime de 20% sur la totalité des salaires annuels des étudiants qui travaillent à côté de leurs études. Cela permettra à certains de se nourrir, à d’autres de boire. Elle propose au-delà de ça une mesure attendue par les jeunes, commune au programme de Jean-Luc Mélenchon, à savoir la gratuité des transports publics et notamment des trains durant les heures creuses pour les 18-25 ans. Nous espérons que la candidate trouvera assez de fonds pour une telle mesure, à l’heure où les transports constituaient 18,1% du PIB français en 2019.

Un débat riche en idées, riche en émotions et riche en contradictions, qui nous a tout de même permis d’avoir un aperçu de ce que sont ces six partis politiques. Nous remercions l’association Dheibattons pour leur invitation à cette joute verbale bien orchestrée.

Pierre Valentin Dulac et Capucine Gidoin

Pierre Valentin Dulac et Capucine Gidoin

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