L'Étudiant Libre

Meurtre à Bellevue : L’inquiétante émergence des milices de quartiers

Un meurtre récent à Bellevue (Nantes) vient dévoiler un phénomène de plus en plus récurrent dans les métropoles françaises : l'apparition des milices de quartier. Après le meurtre de Lola, et l'affaire de la petite Roanne, l'Etudiant libre revient sur une tendance qui à plus d'un titre peut paraître inquiétante.

Dimanche 16 octobre, une femme de 47 ans résidente du quartier de Bellevue à Nantes a été tuée après avoir été poignardée, alors qu’elle attendait le bus pour se rendre à son travail. Ce drame a suscité une vive émotion chez les habitants du quartier. Certains d’entre eux ont voulu mener leur propre enquête avec la création d’une milice communautaire. 

En effet, dès le dimanche matin, suite à l’arrivée de la police sur place, certains habitants du quartier ont tenté de s’introduire sur la scène de crimes. D’importants moyens ont dû être mobilisés de la part de la police afin d’éviter tout risque de compromettre les preuves. Certains habitants du quartier ont décidé de résoudre le problème à leur façon. En réaction à ce meurtre, des jeunes du quartier Bellevue ont lancé des rondes de nuit. Un compte sur le réseau social Snapchat intitulé “ BLV Secours” a été créé pour que les femmes qui se sentent en danger puissent lancer l’alerte. “ Si jamais une femme se fait suivre, harceler ou agresser qu’elle nous contacte on va essayer d’être réactif, de venir au plus vite pour la secourir” explique Mohammed Dramé, président de l’association Jeunes de Bellevue à l’initiative de ce compte. Le jeune homme de 28 ans voudrait voir étendre ce dispositif sur l’ensemble de la métropole nantaise. Le compte Snapchat propose une fiche explicative qui met avant leurs actions : “ Le but n’est pas de faire justice soi-même mais de dissuader les malfaiteurs.” précise ce compte se défendant de vouloir se substituer au rôle de la police. “ Nous ne sommes pas les forces de l’ordre mais nous pouvons nous protéger.” 

Les faits du drame se sont déroulés tôt le dimanche 16 octobre au matin. Le principal suspect, un homme de 21 ans, résidant du quartier avait poignardé Nadia Hassade après avoir “ ressenti monter en lui un besoin de violence incontrôlable” rapporte le procureur de Nantes. La veille du meurtre, l’homme avait passé une nuit alcoolisée dans un des établissements festifs de l’Île de Nantes. Le lendemain vers 6h30, il aurait asséné 23 coups de couteaux à la victime, avant de jeter son arme depuis le pont de Cheviré. Le suspect ne présente pas d’antécédents judiciaires ou psychiatriques connus. L’homme a été mis en examen mercredi pour homicide volontaire en état d’ivresse.

La colère des autorités locales

Ces prises d’initiatives n’ont pas manqué d’être dénoncé par le procureur de la République de Nantes Renaud Gaudeul lors d’une conférence de presse. Ce dernier déplore : “ des méthodes employées” par certains habitants” en dehors de tout cadre légal”.” On peut comprendre l’émotion de sa famille [de la victime] et des jeunes de ce quartier. Mais on ne peut pas, pour autant, cautionner les actes qui ont été commis, qui non seulement ne respectent absolument pas le cadre légal que nous devons nous imposer dans un État de droit, et qui plus est, ont considérablement entravé les investigations ». En plus d’avoir mis en place des patrouilles dans le quartier, les membres de cette milice ont pris l’initiative d’interpeller eux-mêmes le suspect présumé : récupération d’images de vidéosurveillances, interrogatoires musclés, exploitations des données téléphoniques etc… Face aux manques des moyens qui affaiblissent la police en France, ces initiatives “citoyennes” posent la question de la capacité de l’Etat français à assurer l’ordre et la sécurité au sein de ces zones des grandes villes. “ Ce que nous dénonçons c’est le fait qu’il y ait une partie de la population qui ne fasses plus confiance à l’Etat.” constate Jean Christophe Couvy, secrétaire national du syndicat SGP Police FO. L’État c’est le régalien et il se doit de protéger tous ses citoyens et c’est à l’État de mener cette enquête et d’interpeller l’individu ». Ce policier craint les conséquences des actes de ces justiciers “ la dérive possible est que ces jeunes mettent un couvercle sur le quartier.” Il s’interroge aussi sur : “ Pourquoi ces jeunes ne livrent pas les trafiquants de drogues ?”  D’après un rapport de la Fondation Identité et Démocratie, sur les zones hors-contrôle en France, les départements où l’on recense le plus de quartiers concernent : les Alpes Maritimes, Les Bouches du Rhône, ou encore le Gard.  Le député Rassemblement National de la 2ème circonscription du Gard Nicolas Meizonnet avait d’ailleurs interpellé Gérald Darmanin sur les réseaux sociaux de l’existence de cette milice communautaire à Nantes.

 Une insécurité toujours plus grandissante

Cet homicide se rajoute aux nombreuses autres agressions et actes de violences qui dégrade la ville ces dernières années. D’après les chiffres de la préfecture de la Loire-Atlantique les agressions physiques ont augmenté de près de 12 % entre 2021 et 2022 avec 3194 faits constatés. La Cité des Ducs se place en 2022 à la huitième position des villes les plus dangereuses en France en matière d’insécurité derrière des villes tel que Aubervilliers, Marseille ou Bobigny notamment. Sur le territoire français, le nombre de victimes d’homicides avaient enregistré une forte hausse (+55 par rapport à l’année 2020). Pour tenter de mettre fin à ces agressions, le ministère de l’Intérieur avec la municipalité nantaise avait annoncé le renfort de 70 agents de polices supplémentaires présents dans le centre-ville et dans les quartiers de Nantes. Ces prises de mesures faisaient suite au viol d’une jeune femme par trois Soudanais et des incidents intervenus dans le quartier des Dervallières fin septembre …

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Baudouin de Wolbock

Baudouin de Wolbock

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