L'Étudiant Libre

Mensonges sur le Moyen-Âge

Une période sombre, pauvre en avancées, où les hommes sont sales et barbares, voilà ce à quoi nous fait penser le Moyen Âge. Ainsi dépeinte dans les films grands publics et peu autrement évoquée à l’école, la caricature que nous nous faisons de la période médiévale est pourtant bien loin de la réalité…

La plupart de nos idées reçues sur le Moyen Âge sont le fruit d’une construction idéologique : celle des penseurs de la Renaissance et des Lumières. Selon eux, l’Antiquité et la Renaissance incarnent deux périodes de prospérité et de prestige où ne subsiste qu’un « âge moyen » (Massimo Miglio, « Curial Humanism seen through the Prism of the Papal Library », dans Interpretations of Renaissance Humanism, Leiden Brill) entre les deux, jugé sombre et pauvre en avancées. Or, cette période dite « obscurantiste » du fait de ses famines, épidémies et invasions, représente pourtant plus de  mille ans d’Histoire occidentale dont la réalité rompt avec nos a priori.

La propreté porte son importance 

Même si le film Les Visiteurs nous caricature parfaitement l’hygiène de l’époque en nous montrant des gens malpropres, aux dents moisies et à l’odeur pestilentielle, il n’en est pas ainsi au Moyen Âge. Roi de France ou paysan, tous se lavent fréquemment que ce soit dans les bains publics en ville (27 étuves à Paris au Moyen Âge comme le rapporte Didier Boisseul dans Espaces et pratiques du bain au Moyen Âge, in Le propre et le sale,  Georges Vigarello) ou bien dans les cours d’eau en campagne. Ce n’est qu’en 1573 qu’un traité (Traité sur la peste de Nicolas Houël) rend les bains publics responsables de la prolifération de la peste et qu’ainsi, du fait de la psychose, la population se lave moins.

Nous avons également cette image faussée du Moyen Âge où les courtisans se nourrissent à table de façon non raffinée, avec les mains et de manière bestiale. Néanmoins, les règles de conduite à table sont au contraire assez strictes : pour se nourrir on n’utilise que les trois premiers doigts de la main, lavés dans de l’eau parfumée avant et après le repas, on s’essuie la bouche avec une serviette et la discrétion est requise à table (Banquets et manières de table au Moyen Âge, CUER MA Université d’Aix en Provence, Seneficance n°38  Andreas Winkler, Selbständige deutsche Tischzuchten des Mittelalters. Texte und Studien 1982)

De ce fait, en période médiévale, les personnes n’étaient en aucun cas moins hygiéniques qu’aujourd’hui.

Une période pleine d’avancées 

La période médiévale ne constitue en aucun cas un « âge moyen » : riche d’inventions et d’innovations dans tous les domaines, il s’agit d’une époque fructueuse où les savoirs n’ont pas cessé de progresser (sciences, agriculture, artillerie, etc.). Par exemple, les premières lunettes ont été inventées au cours du XIIIe siècle, notamment avec le moine franciscain Roger Bacon qui s’appuie sur les travaux d’Alhazen pour expérimenter des « pierres de lectures » en verre.

D’autre part, les premières universités apparaissent et se développent massivement aux XIIes et XIIIes siècles : dès 1200, le roi Philippe Auguste accorde aux maîtres et aux étudiants parisiens des privilèges judiciaires. En 1215, c’est la papauté qui reconnaît officiellement les universités et les encourage en leur accordant protection, privilèges et autonomie. Contrairement aux préjugés, la chirurgie savante se développe de façon considérable au Moyen Âge. Au XIXe siècle, le chirurgien Emile Kocher « invente » une technique de réduction des luxations de l’épaule portant son nom. Mais cette technique a en réalité été inventée et pratiquée 900 ans plus tôt par Abulcasis, un chirurgien arabe du XIe.

Le Moyen-Âge : conditions féminines difficiles ou l’âge d’or de la femme ?

Nous avons tendance à penser qu’à cette époque, les femmes ont un rôle de « pot de fleurs », étant mises à l’écart, exploitées et soumises aux hommes. Le féminisme actuel soutient cette idée, considérant cette période de l’histoire comme étant l’apogée du « patriarcat ». Cependant, le dicton « homme au boulot, femme au fourneau » caractériserait mal le Moyen Âge car la réalité de la condition féminine est toute autre.  

En effet, les femmes – pauvres ou aisées – étant majeures dès leur douzième année (soit deux ans plus tôt que les garçons), sont tout à fait libres de gérer leurs biens, de se marier, et même de voter (Opus Majus de 1268 Vincent Ilardi, Renaissance Vision from Spectacles to Telescopes, American Philosophical Society,p.378 – Frédéric C. Lane, Venise, Une République maritime, Flammarion,  « Champs », , 660 ,  223).Un très grand nombre de métiers leur était accessible tel que le travail dans les champs, mais aussi en ville en tant que maîtresse, médecin, apothicaire, boulangère, teinturière, copiste, etc. (La vie des femmes au Moyen Âge, Sophie Cassagnes-Brouquet 2009)

Les valeurs chevaleresques font également un éloge fort de la femme à travers l’image du chevalier qui doit être son fidèle serviteur, devant gagner des épopées et des duels à son nom. Les troubadours, qui ont pour sujet premier la femme et les poésies, dressent l’image de la femme déesse. Le respect considérable voué à la femme à travers ces règles de courtoisie nous montre bien une différence de la condition féminine de cette époque à celle actuelle où les hommes sifflent dans la rue et composent des chansons aux paroles peu élogieuses.

Ainsi, le peu que nous savons sur le Moyen Âge semble être biaisé par nos préjugés hérités de la vision idéologique des humanistes et des lumières, entretenus par les films et séries et également issus de notre imaginaire collectif. Cette époque aux couleurs vives et pleine de grande joyeuseté est cependant parfois valorisée par des fêtes médiévales dans certains villages.

 

L. Delayance

L. Delayance

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