L'Étudiant Libre

Eh bien là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va le faire jusqu’au bout.
Crédits : Wikipédia
Replantons rapidement le décor. Le 4 janvier, E. Macron déclare dans les colonnes du Parisien : « Moi, je ne suis pas là pour emmerder les Français. Je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va le faire jusqu’au bout. Je ne vais pas les mettre en prison, je ne vais pas les vacciner de force. Et donc, il faut leur dire : à partir du 15 janvier, vous ne pourrez plus aller au restau, vous ne pourrez plus prendre un canon, vous ne pourrez plus aller boire un café ». Arnaud Benedetti, rédacteur en chef de la revue politique et parlementaire, et Guillaume Bigot, politologue, analysaient cette déclaration sur Cnews hier soir.

Ils y déclarent que d’un point de vue moral, un Président de la République ne peut avoir de tels propos car le chef de l’État, oint par le suffrage universel et le prestige de sa fonction, est censé symboliser l’unité de la nation et garantir celle-ci. Ici, cette dérive sémantique, loin de rassembler les citoyens, divise le pays. « Un homme s’empêche » écrivait Camus. Alors un Président, pour préserver l’unité de son pays devrait s’empêcher d’autant plus.

Mais d’un point de vue stratégique, cette dérive sémantique est calculée et cautionnée par l’Élysée. L’interview a bien été corrigée avant d’être publiée. Alors pourquoi faire polémique d’une manière si vulgaire ?

D’une part, ici, Macron s’adresse à son camp. Il désigne, à sa base électorale, un adversaire commun qui leur permettrait de garantir leur unité. Les six millions de Français non-vaccinés permettent à Emmanuel Macron de rassembler son camp, et « d’agiter le chiffon rouge pour que le taureau populiste devienne fou » explique Guillaume Bigot. Machiavel n’est donc pas loin, et le Président applique à la lettre le principe du « diviser pour mieux régner ».

D’autre part, Macron fait polémique pour dévier le débat et ne pas avoir à s’expliquer sur son bilan calamiteux. Ici, notre amnésie le sert bien. Dans ce genre de déclarations où le Président revendique le droit monarchique « d’emmerder » les Français selon son bon plaisir, chacun est tellement scandalisé que plus personne ne questionne l’absence de réarmement des hôpitaux et la fermeture de plus de 5 000 lits sur ces 18 derniers mois.

Enfin, en fin stratège, Emmanuel Macron s’emploie à dégoûter certains de la politique tandis qu’il cherche à en « radicaliser » d’autres. Il sait bien qu’il a été élu par une minorité, devenue majoritaire du fait d’une abstention massive. C’est pourquoi, susciter le dégoût de la démocratie chez ses opposants afin de les conduire à l’abstention serait la meilleure manière de faire taire leurs voix pour remporter de nouveau l’élection présidentielle. Guillaume Bigot explique, par ailleurs, dans son ouvrage La populophobie que le populisme découle du mépris d’une partie de la classe politique envers ceux qui n’entrent pas parfaitement dans le système de mondialisation. Or, Emmanuel Macron sait que ce genre de déclarations méprisantes renforce les mouvements « extrêmes ». Et comme il est convaincu de pouvoir les battre si jamais ceux-ci arrivent au deuxième tour, pourquoi ne pas s’en donner à cœur joie ? Mais l’assurance du Président ressemble un peu trop à celle de Zidane. Même s’il est un as du dribble, il risque de finir par mettre le coup de boule qui l’éjectera du terrain.

Ainsi, Emmanuel Macron semble préparer la démobilisation électorale sur laquelle il compte pour se faire réélire. Il sait que l’abstention le sert structurellement, et met donc en place les conditions pour qu’elle soit à nouveau massive et qu’elle le remette au pouvoir. Pour autant, Arnaud Benedetti assure que si les classes moyennes et populaires vont voter, « Emmanuel Macron sera, selon toute vraisemblance, battu ». Et c’est sans compter sur la force de ses adversaires qu’il a une fâcheuse tendance à sous-estimer. Peut-être devrait-il se souvenir que le lièvre a été battu par la tortue.

Eléonore de Gentile
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Macron, ou le Machiavel des présidentielles
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