L'Étudiant Libre

La retraite est-elle vouée à disparaître : qu’en pensent nos candidats ?

Le 9 mars 2022, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a confirmé la mise en place d’un allongement progressif de l’âge de la retraite à 65 ans, par le candidat Emmanuel Macron, s’il était réélu. Heureusement il n’est pas le seul ! Comment s’organise le système de retraite en France ? Quel est son avenir et comment une telle réforme est-elle envisagée pour les autres candidats ?
Crédits : Pixabay

Comment la retraite fonctionne-t-elle en France aujourd’hui ?

Depuis 1945, en France, nous sommes habitués à un système dit de répartition, qui permet aux Français, grâce aux cotisations sociales des actifs (travailleurs et employeurs), de bénéficier d’une retraite à taux plein après avoir cotisé entre 161 et 172 semestres.

Aujourd’hui, plus de 80% des retraités font partie du régime général des salariés privés. En outre, il existe des régimes spéciaux comme la fonction publique ou bien les entreprises publiques telles que la SNCF, la RATP, ainsi que les professions libérales. Par ailleurs, il existe des caisses complémentaires, parfois obligatoires, pour certaines catégories de salariés, comme l’Agirc-Arrco. Ainsi, 42 caisses de retraites existent aujourd’hui incluant ces trois grandes catégories : la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) représente aujourd’hui le régime de retraite le plus important. La MSA (Mutualité Sociale Agricole) pour les agriculteurs. Et enfin le service des pensions de l’État, la CNRACL et le FSPOEIE, profitant aux travailleurs de la fonction publique.

Concernant l’âge moyen de départ à la retraite, il se situe aujourd’hui autour de 62 ans en fonction du régime. Quelques exceptions : les moins de 60 ans partants à la retraite, appartiennent aujourd’hui principalement aux régimes dits spéciaux tels que les travailleurs des mines, ou bien les militaires par exemple. Concernant la moyenne du montant de retraite, elle est de 1123€ pour les femmes et 1933€ pour les hommes d’après l’INSEE, cela s’expliquant par des différences de temps de travail ou bien des secteurs d’activité plus ou moins rémunérateurs.

Inquiétude autour du déficit colossal actuel !

En 2018, le système de retraite dans lequel nous évoluons est déficitaire de 2,9 milliards d’euros. Un rapport du COR explique que nous pourrions voir ce déficit se creuser jusqu’à 17,2 milliards d’euros d’ici 2025. Ces perspectives économiques sont au cœur de notre débat politique actuel. Certains comme Éric Zemmour, Emmanuel Macron ou Valérie Pécresse, expliquent cela par une hausse du nombre des retraités et prônent une réforme rapide fixant par exemple l’âge de la retraite autour de 65 ans, permettant ainsi de pallier cette hausse des dépenses sociales. D’autres comme Jean-Luc Mélenchon, pensent qu’il s’agit là seulement de dépenses sociales croissantes, dont nous devons nous acquitter sans augmenter l’âge de départ à la retraite, voire même le diminuer.

Natalité en déclin : ça n’aide pas !

D’après une étude de l’INED, nous constatons que les projections démographiques pour les années à venir sont plutôt critiques. En effet, le vieillissement de la population est plus que remarquable, avec une hausse de la proportion des plus de 75 ans (de 9,3% en 2020 avec une projection de 17,9% en 2070). À cela s’ajoute une baisse de près de 3% des 0 à 19 ans. De même, la proportion de 20-59 ans a elle aussi une projection à la baisse, de près de 4% sur cette période (2020-2070) – INSEE. Cela est visiblement dû à un taux de croissance démographique aujourd’hui très faible (0,4%), ne permettant pas la compensation de cette hausse des retraités issus du baby-boom, sur cette période. Il y a donc aujourd’hui 18,3 millions de cotisants pour 13 millions de retraités, soit 1,4 cotisants pour un 1 retraité. Sachant que la croissance démographique est faible et que l’espérance de vie est de plus en plus longue, la tendance démographique est amenée à diminuer. Le rééquilibrage de la population ne sera, de toute évidence, pas assez rapide, entrainant un problème de hausse du nombre des retraités pour un nombre d’actifs cotisants en baisse. Le constat est donc rapide : une réforme des retraites est certainement nécessaire étant donnée la conjoncture actuelle critique, si nous ne voulons pas voir ce système s’écrouler.

Parmi les candidats, une partie souhaite l’abaissement de l’âge de départ à la retraite pour des considérations liées à la fatigue ou à la pénibilité [...]. Certains sont même prêts à recourir à l’immigration pour pallier à cela : notez le cynisme.

Grégoire d'Aubigny

Travailler plus longtemps ou accepter l’immigration pour sauver la retraite ?

Repousser l’âge de la retraite, en permettant ainsi l’augmentation du rapport entre les retraités et les cotisants, semble être la meilleure solution pour stabiliser le système. D’autant plus dans une situation où l’augmentation des cotisations serait inenvisageable. Le taux d’activité et d’emploi est aujourd’hui faible en France, du moins en-dessous des moyennes européennes. Faute de pouvoir aisément influer sur cette variable notamment due au fait d’un sous-développement évident du secteur de l’industrie en France, travailler plus longtemps semble être ainsi la solution. Nos gouvernements successifs ont de toute évidence déjà fait l’erreur de croire en l’immigration comme remède à nos problèmes, une erreur que certains candidats ne sont pas décidés à commettre à nouveau.

Qu’en pensent nos candidats ?

Les candidats sont divisés : si certains prônent l’augmentation de l’âge de départ à la retraite, un projet qu’ils justifient par la nécessité de rééquilibrer le système, d’autres militent quant à eux pour l’abaissement de l’âge de départ à la retraite au risque d’envoyer le système de retraite aux oubliettes.

  •  Jean-Luc Mélenchon fait lui partie des candidats qui souhaitent un abaissement de l’âge de départ. Sa proposition principale consisterait à baisser l’âge à 60 ans après quarante années de cotisations avec une retraite minimale de 1400€ par personne, une mesure qui peine à convaincre les économistes.
  • Fabien Roussel a lui aussi émis l’idée d’une diminution de l’âge du départ à 60 ans comme le candidat Mélenchon, à la différence que cela serait possible après 37,5 années de cotisations pour une indemnisation minimale de 1200€.
  • Marine Le Pen, elle aussi, fait partie des candidats souhaitant un glissement progressif de l’âge de départ à la retraite, elle fixerait celui-ci à 60 ans après 40 années de cotisations, à la différence que cela s’appliquerait seulement aux personnes étant entrées dans la vie active avant l’âge de 20 ans. Pour les autres, l’âge serait fixé entre 60,5 et 62 ans.
  • Emmanuel Macron quant à lui souhaite prolonger l’âge de départ progressivement à 65 ans d’ici 2032, avec une retraite minimum à 1100€ pour ceux qui ont une carrière complète. S’ajoutant à cela, il souhaite supprimer les régimes spéciaux, ou du moins une partie comme avec la RATP ou EDF.
  • Valérie Pécresse souhaite également l’allongement de l’âge du départ à 65 ans d’ici 2030. Elle précise tout de même qu’elle souhaite continuer à prendre en compte les pénalités de carrière.
  • Enfin, Éric Zemmour propose une prolongation du départ à 64 ans. Il estime une économie de 20 milliards d’euros grâce à cela. Il souhaite de plus mettre fin à tous les régimes spéciaux en alignant le fonctionnement du système privé et du système public. Éric Zemmour qui selon ses estimations, serait le candidat pouvant économiser le plus d’argent (20 milliards d’euros) du fait de la suppression totale des régimes spéciaux, à quoi s’ajoute l’augmentation de l’âge du départ à la retraite.

Nous constatons donc que parmi les candidats, une partie souhaite l’abaissement de l’âge de départ à la retraite pour des considérations liées à la fatigue ou à la pénibilité, entrainant nécessairement une augmentation du déficit du régime des retraites et de notre dette, mettant de fait en péril la pérennité de ce dernier. Certains se disent prêts à recourir à l’immigration pour pallier à cela : notez le cynisme. Les autres ont quant à eux une vision politique plus gestionnaire et financière pour tenter de sauver le système actuel. La réforme des retraites est la plus difficile à faire, elle empoisonne les gouvernements successifs depuis 20 ans qui sont confrontés au refus de la remise en cause des acquis sociaux (régimes spéciaux notamment) et de l’augmentation de la durée de cotisations.

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Grégoire d'Aubigny

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