L'Étudiant Libre

La grande désillusion – Retour sur la campagne de M. Éric Zemmour

Que c’était beau ! Enfin un candidat sans langue de bois qui avait l’immense avantage de connaitre la politique sans pourtant avoir trempé dans ce qu’elle a de salissant et de bas. L’homme de la situation à vrai dire. Brillant orateur dont la réputation n’était plus à faire grâce aux plateaux de Face à l’info, le Z comme on le nomme dès à présent se lance en novembre avec une vidéo où la réalité d’une délinquance toujours grandissante est opposée au fantasme de la France des années 70. Lui, c’est le nouveau général, celui qu’on vient chercher pour mener la reconquête. Habile ! Décidemment, cet homme incarne l’homme d’État idéal qui en plus d’être intelligent veut servir la France de manière totalement désintéressée. Pour preuve, les braves jeunes de Génération Z menés par l’intriguant Stanislas Rigault sont venus le chercher. Et, ne voulant partager les regrets de Bainville, lui, a répondu présent. L’action doit avoir lieu, l’action va avoir lieu. Cela dépasse toute attente et même toute espérance !

Alors, tel l’aigle des cent jours, il vole ! Ses conquêtes : l’espace médiatique et internet. C’est purement brillant. Une équipe de communication menée par M. Lafont mitraille les lignes ennemies et les éclats des grenades atteignent n’importe quel internaute qui aura eu la bonne idée de cliquer sur un article ou une vidéo traitant de près ou de loin des thèmes majeurs abordés par le tout puissant Z. La magie des algorithmes opérant, l’opinion publique s’empare largement du sujet et les médias flairant les belles audiences tiennent eux aussi à avoir leur part du gâteau. Finalement, on veut du spectacle et cela Cyril Hanouna l’a bien compris. « Panem et circenses », une formule qui n’a jamais aussi bien fonctionné. Le Z face à Baba évolue brillamment dans des débats qui n’en sont pas vraiment car les arguments commencent à devenir un poil redondants et rien de nouveau ne sort. Mais peu importe, quiconque a une télévision chez lui, de l’ouvrier au bourgeois de centre-ville en passant par l’Élysée où l’on scrute tout cela d’un œil attentif, tout le monde suit le phénomène Zemmour et son lot de punchlines. La campagne comme toute bonne campagne et ce depuis les temps immémoriaux de la Rome Antique, est accompagnée d’auspices qui convoquent l’assentiment des dieux de l’Olympe. Et là encore, la fortune sourit aux audacieux. Le vol des trois aigles est aperçu par les sibyllins instituts de sondage jusqu’à 17 pourcents d’intention de vote. C’est exquis.

À droite, les mots font mouche et la mayonnaise prend. On voit tous les vieux de la vieille, les Poisson et Peltier rallier le mouvement qui pourrait décidemment bien aboutir. Ne pouvant pas espérer de place de ministre ailleurs, le rassemblement de la droite est finalement une belle idée. Puis viennent Mégret et les patriarches du Front National Collard, Ravier et consorts… qui commencent à en avoir assez des humeurs de la mère à chat qui les emmène toujours un peu plus loin de leurs convictions. La série de ralliements, véritable adoubement de la droite « qui fait de la politique politicienne », est sublimée par le ralliement de Marion Maréchal. La droite des valeurs est sur pieds ! L’immigration n’a qu’à bien se tenir, ses jours sont comptés.

En parallèle, le parti Reconquête bat tous les records et dépasse en nombre d’adhérents chacun des partis concurrents. Le modèle, c’est le hold up à la Macron. Le mouvement Génération Z devient ultra dynamique et nombre de petits bourgeois principalement en études supérieures viennent prendre une dose d’adrénaline en se risquant le soir dans les rues de leur villes en ayant auparavant récité l’homélie du père Attali sur le bout des doigts au café branché du coin. La base militante est présente. On voit fleurir partout le slogan « Impossible n’est pas français » associé à une tête pas bien jeune mais presque sympathique. La haine, elle s’est exprimée plusieurs fois accompagnée de violence et d’essence, mais elle ne fait pas de bruit dans les médias mainstream. L’entendre, c’est être complice de l’extrême droite. Comme pressenti à Villepinte c’était beau, c’était grand !

Hugo Décrypte, dans son émission qu’il accorde à chaque candidat à la présidentielle, pense sa question banale et ne s’attend pas à une telle Bérézina. À la question de savoir comment lutter contre la précarité étudiante, Zemmour est perdu. Il bafouille en découvrant le problème. Lui, le maître des plateaux de télévision, rodé à la rhétorique et habitué à répondre aux plus virulents détracteurs, s’en tirera en proposant un ticket restaurant non chiffré surabondant au repas du CROUS à 1€… Manqué et de loin. Étonnant par ailleurs de n’avoir aucune mesure concernant les étudiants, hormis le numerus clausus pour les licences de sociologie. Mais voici que Poutine attaque et malheur, le Z a prédit l’inverse. Ironie du sort, les soldats russes peignent un grand Z sur leur blindés en déferlant sur les plaines d’Ukraine. Un malaise s’installerait ? Si les idées sont bonnes, les étoiles brillantes dans les yeux et la remigration chiffrée et calculée, y’a-t-il à Reconquête une compétence sur l’ensemble des sujets nécessaires à la bonne administration de la France ? N’y aurait-il pas un écran de fumée pour faire de Reconquête un parti de gouvernement à tout prix ? Sur les énergies et la réindustrialisation par exemple, il est surtout question de la dimension économique qui a été pour le coup intensément travaillée car très attendue, mais quid des questions scientifiques qui sont a priori primordiales. Quid également de la transition énergétique ? Les propositions en matière de défense font grincer car elles démontrent une méconnaissance du sujet comme l’idée utopique de construire un deuxième porte-avions. L’aigle prend du plomb dans l’aile. La dynamique s’essouffle.

Le Trocadéro, quelle ferveur ! On se rassure, la place est bleue blanc rouge de monde. Mission convaincre et montrer les crocs. On est persuadé que les sondages ne sont pas la juste image de l’opinion. « Victory » de Bergensen fait écho à « Demain dès l’aube » d’Hugo dans la ballet des porte-paroles qui se succèdent à la tribune sous le regard placide de la Dame de fer. Les argumentaires sont déballés et assénés. L’immigration est mère de maux dont la liste est vertigineuse. Pauvre France ! L’ambiance familiale et quasi festive traduit encore l’élan et le dynamisme de l’engagement dans lequel s’est engouffrée une jeunesse entière. Seulement, ces jeunes font bande à part de la majorité de leur camarades de classe ou de promotion. Les discours tonitruants à la France de toujours avaient pour objectif de parler à tous ceux qui se sentaient encore un peu Français. Ils ne seront parvenus qu’à atteindre les « catholiques Manif pour Tous ».

Jeu, set et match : 2 millions d’électeurs, 7%.

Épilogue : on dit souvent que l’atterrissage est plus douloureux que la chute. C’était la chute. L’atterrissage va être la prise de conscience des « catholiques Manif pour Tous » qui ont soif d’engagement que c’était le dernier épisode pour eux en politique avant de nombreuses années. LR les a virés après Fillon, le RN avant la dédiabolisation. Le peuple français leur a dit non au premier tour de 2022. La question demeure, comment renouer avec lui avant de vouloir parler en son nom ?

Chilpéric d'Albret

Chilpéric d'Albret

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