L'Étudiant Libre

La Chine et la Russie : la menace des empires fantômes

Ce jeudi 14 février 2022, la Russie a débuté son invasion de l’Ukraine. Vladimir Poutine, par cet acte, montre son mépris pour les menaces de sanctions des occidentaux mais aussi il démontre sa confiance dans l’axe Sino-russe. Pékin, ne condamnant pas l’invasion, se place au côté du Kremlin.
Crédits ; Wikipédia

La renaissance d’un Bloc de l’Est

Depuis 2014 et la levée des premières sanctions économiques suite à l’annexion de la Crimée, la Russie s’est fortement rapprochée de la Chine. Aujourd’hui, les deux superpuissances sont aussi les meilleurs alliés. Il faut dire que les deux pays-continents ont les mêmes ambitions : rebâtir leur empire d’antan. D’ailleurs, l’entente entre Xi Jinping et Vladimir Poutine s’est montrée lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin, lorsque les deux hommes ont exprimé un soutien mutuel fort. La Chine et son « ami » avaient communément fustigé la menace qu’était l’OTAN, affirmant qu’ils se soutenaient mutuellement face à l’adversité américaine. Le mercredi 23 février de cette année, le chef d’État chinois avait reconnu, comme son homologue russe, l’indépendance des républiques pro-russes de Donetsk et de Lougansk. Or, c’est sur le fondement de cette indépendance que les Russes ont pris d’assaut le territoire ukrainien. La Chine s’affirme donc comme un allié diplomatique voire militaire de la Russie.

Cet axe est aussi économique. En effet, suite aux sanctions de 2014 puis de 2016 et de 2017, et en prévention des sanctions massives annoncées qui feront, pour Joe Biden, de la Russie « un paria » sur la scène internationale, la Chine devient le dernier partenaire d’échanges de Moscou. Les Chinois font donc main-basse sur un des plus grands pays producteurs de matières premières (notamment de pétrole et de gaz mais aussi de minerais et de céréales). La Russie devient ainsi un satellite de Pékin en cela qu’elle dépendra entièrement du marché chinois et des échanges bilatéraux avec le géant voisin. Une certaine ironie de l’histoire quand on se rappelle qu’à l’origine la Chine communiste dépendait de l’URSS.

L’ambition des vieux empires

Il ne faudrait pas oublier qu’il existe des tensions semblables en mer de Chine à celles qui font actuellement trembler l’Europe. En effet, dans la même veine que celle de Poutine, Xi Jinping veut « reformer l’empire du Milieu ». Pour cela, la Chine essaie depuis des années d’annexer Taïwan, dernière résurgence de la Chine Impériale de Tchang Kaï-chek. Profitant de l’obsession de l’Occident pour l’Ukraine, l’ambassadeur de Chine en France a d’ailleurs tweeté qu’il y allait avoir une « réunification » de la Chine reformant l’empire du Milieu. Suite à ce communiqué, neuf avions militaires chinois ont survolé sans autorisation Taïpei, la capitale de l’île.

L’ambition de Poutine de refonder l’empire Russe – celui des Tsars – va dans le sens de la politique internationale chinoise. Leurs objectifs deviennent communs lorsqu’il s’agit d’affronter les États-Unis. Aussi, il ne faut pas oublier que la guerre actuelle n’est pas seulement celle de la Russie face à l’Ukraine, c’est également celle de la deuxième armée du monde qui provoque son rival américain. Réveillant les souvenirs de la Guerre Froide, Poutine et Xi Jinping reforment un bloc de l’Est faisant face à l’OTAN qui retrouve, dans cette crise, des couleurs et une raison d’exister.

Ce recul de la diplomatie américaine a ouvert la boîte de Pandore pour la nouvelle alliance des empires fantômes. Cette boîte, qui peut mener à l’embrasement mondial et au conflit nucléaire, gît béante face à l’inaction militaire de l’Occident.

Thomas Custer

La faille ouverte par Biden

Il faut voir dans l’aveu de faiblesse de Biden une faille exploitable pour l’axe sino-russe. À l’instar de l’Allemagne d’Hitler avec les Sudètes, les deux régimes autoritaires testent les limites de l’OTAN et annexent jusqu’au déclenchement de la guerre entre Washington et Moscou. Appliquant la même logique que l’AXE Berlin-Rome de 1938, le Kremlin provoque et cherche la limite diplomatique. La différence pour la Chine est que Biden s’est d’ores et déjà engagé à défendre par les armes Taïwan face à une éventuelle agression de Pékin : Taïwan sera peut-être le nouveau Dantzig. C’est pourquoi le recul, l’aveu de faiblesse de Biden qui avait déjà, trois jours auparavant, annoncé qu’il n’opposerait pas de riposte militaire en Ukraine, constitue un acte de permission terrible pour le nouveau bloc de l’Est. Ce recul de la diplomatie américaine a ouvert la boîte de Pandore pour la nouvelle alliance des empires fantômes. Cette boîte, qui peut mener à l’embrasement mondial et au conflit nucléaire, gît béante face à l’inaction militaire de l’Occident.

La Chine et la Russie se soutiennent mutuellement. Toutes deux ont des ambitions de grandeurs, des volontés de puissance. En face, les vieux maîtres de l’ancien monde courbent l’échine et prêtent le flanc comme s’ils avaient oublié la grandeur martiale de leur histoire, de leur pays. La porte de la guerre est maintenant grande ouverte. Reste à savoir qui s’y engouffrera.

Thomas Custer

Thomas Custer

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