L'Étudiant Libre

Jean-Luc Mélenchon : retour sur 50 ans de politique

50 ans, cela fait plus de 50 ans que Jean-Luc Mélenchon, né le 19 août 1951 à Tanger, fait de la politique. Il est passé partout, dans tous les partis de gauche et à toutes les fonctions politiques. Il n'a seulement jamais atteint un objectif, sûrement un rêve, qu'il visait lors des trois dernières élections : le palais de l'Élysée.

Aujourd’hui c’est une nouvelle défaite pour lui, à 400 000 suffrages du second tour, et il est très probable que ce soit sa dernière candidature. Lors de son discours de fin du premier tour il déclare : « Les plus jeunes vont me dire :  « et bah, on y est encore pas arrivé ? » C’est pas loin hein. Faites mieux ! Merci. » Personnellement je ne pense pas que sans Mélenchon cela va bien se passer, et je pense qu’en perdant Mélenchon on perd l’homme de gauche le plus influent d’aujourd’hui. Mais ce message est un message d’espoir pour ceux qui croyaient en lui, et aussi un peu d’excuse, car derrière ce message il accepte sa défaite, ses défaites. Je ne suis pas d’accord avec lui politiquement, mais on est obligés de reconnaître que c’est un monument de la politique, d’ailleurs très tôt les gens l’ont repéré et placent leurs espoirs en lui.

À partir de 16 ans il fait partie de mouvements étudiants locaux, et puis il rejoint le syndicat étudiant UNEF en 1969, mais avant ça il était l’un des chefs de file de mai 68 de sa ville (Lons-le-Saunier). Il rejoint l’Organisation Communiste Internationale (OCI) qui est un parti politique trotskiste français fondé par Pierre Boussel dit Lambert. En 1974, il intègre le bureau national de l’UNEF qui en 1975 obtient 60% des suffrages aux élections du CROUS. À partir de 1976 il rejoint et évolue au sein du PS, il occupe des responsabilités locales et départementales alors qu’il n’a que 25 ans, et en 1986 il devient même sénateur, faisant de lui le plus jeune sénateur de cette époque. En 2000 il devient ministre délégué de l’enseignement professionnel sous le gouvernement Jospin et garde ce poste jusqu’en 2002. En 2009, il fonde le Parti de Gauche (PG) et il est élu président du bureau national puis coprésident du parti avec Martine Billard. Aux élections européennes de 2009, il devient député européen, et là-bas il devient quatrième vice-président de la commission des Affaires étrangères de l’Union. Le 21 janvier 2011 il devient pour la première fois candidat à l’élection présidentielle pour celle de 2012, et devient le candidat du Front de Gauche soutenu par le Parti Communiste Français. Il finit 4ème avec 11.10% des voix, derrière Marine le Pen mais devant François Bayrou, et appelle à voter pour François Hollande au second tour. Ensuite, en 2014, il est réélu député européen, et le 10 février 2016 il annonce sa candidature à l’élection présidentielle de 2017. À cette occasion il crée La France Insoumise (LFI) et il est soutenu par la Parti de Gauche et le PCF. Mais il échoue encore en finissant de nouveau 4ème mais avec cette fois un score honorable de 19.58 % des voix. S’il ne donne pas d’indication de vote pour le second tour, il déclare toutefois qu’il ne votera pas pour Marine Le Pen. En 2017 il devient député dans la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône et devient membre de la Commission des Affaires étrangères. Il présente sa candidature pour l’élection présidentielle de 2022 le 8 novembre 2020, mais il veut remplir une condition de 150 000 parrainages de citoyens, ce qu’il obtient 4 jours après. Il refuse de participer à la primaire populaire de la gauche, organisation qui lui offrira malgré tout son soutien après l’échec de Christiane Taubira à se présenter, et ce bien que Yannick Jadot fut arrivé en meilleure position dans le vote de cette primaire populaire. Finalement, il finit 3ème avec 21.95 % des voix, à environ 400 000 votes de Marine Le Pen.

Il a eu une carrière bien remplie, mais il aura marqué aussi pour d’autres raisons. Dans ses campagnes les plus récentes il utilise beaucoup la stratégie numérique, il est l’un des premiers à faire ça, et un des meilleurs. Il a une chaîne Youtube avec 750 000 abonnés, il est suivi par 290 000 personnes sur Instagram et a quasiment 2 millions d’abonnés sur Tik Tok. Il est le premier à utiliser des hologrammes pour ses meetings et est considéré comme l’un des meilleurs orateurs actuellement. Son mouvement La France Insoumise compte 500 000 membres déclarés en février 2022 et est le plus gros parti de France (gratuit), le serveur Discord insoumis, plateforme militante indépendante, compte plus de 20 000 membres.

Il a toujours été très proche des gens, proche de la base. Au-delà de ses talents d'orateur et de son aura d'homme du peuple, Jean-Luc Mélenchon est une source d'inspiration pour toute une génération, il est aussi une référence philosophique et politique qui restera dans l'Histoire.

Je suis allé sur le Discord insoumis et j’ai demandé à deux membres du serveur ce que représente pour eux Jean-Luc Mélenchon, et ce que va devenir le mouvement s’il ne se représente pas.

La première personne est un sympathisant qui nous dit que Mélenchon est pour lui le seul candidat qui représente une gauche qui n’oubliera jamais ses fondamentaux et ses ennemis, et qu’il a été comme un appel aux jeunes de gauche qui ne savaient pas vers qui s’orienter. Il nous dit pour cette élection : « Il n’y a plus maintenant que deux candidats de droite qui ont tous les deux un programme qui me parait bourgeois et qui permettent que les riches profitent et que les prolos galèrent. Conclusion : on n’a pas fini mais on galèrera moins car il y a un gros bloc à gauche. » Il nous dit finalement qu’il pense que c’est soit Alexis Corbière, soit Adrien Quatennens qui prendra la place de Mélenchon en 2027 s’il ne se représente pas.

La deuxième personne qui me donne son avis est un membre de l’équipe qui a coordonné la rédaction de l’Avenir en commun (le programme de Jean-Luc Mélenchon) et jeune militant, il donne un avis très détaillé et construit : « Jean-Luc Mélenchon a toujours été un militant politique avant d’être un homme politique. Il a toujours été très proche des gens, proche de la base. Au-delà de ses talents d’orateur et de son aura d’homme du peuple, Jean-Luc Mélenchon est une source d’inspiration pour toute une génération, il est aussi une référence philosophique et politique qui restera dans l’Histoire. Homme du peuple, assurément il l’est mais il n’a jamais cru à l’homme providentiel. Il a toujours refusé quelque culte de la personnalité qui soit. Ce combat il l’a mené au sein de son camp politique mais aussi contre les grands médias qui l’ont pris pour cible, cherchant la moindre polémique avec le moindre prétexte. C’est une des raisons de sa conflictualité avec les médias dominants. Le portrait d’un homme colérique qu’on a tenté de lui attribuer pendant des années tombe enfin à l’eau. Aujourd’hui, peu à peu, les choses changent. Avec le recul, les gens ont pu se rendre compte de cela. Tant et si bien qu’il est apprécié par la droite républicaine malgré les différences idéologiques. Jean-Luc Mélenchon a la stature d’un homme d’État. Et ce, en dépit des critiques qu’il a pu essuyer venant d’une Macronie qui a gouverné avec amateurisme ou d’un Parti Socialiste en déclin qui a trahi ses idées. Il a su prouver sa valeur maintes fois, salué par des économistes, des universitaires, des associations ou par des personnalités politiques de tous bords, même à l’international. Homme d’État, il l’a déjà été en tant que ministre. Il aurait pu devenir le chef de l’État. Il aurait dû. Le rapport du GIEC qui laisse trois ans pour changer radicalement notre mode de vie, le sursaut de la misère, les crises humanitaires, diplomatiques ou économiques montrent que ce modèle n’est pas le bon. Même à droite on en prend conscience. Le résultat de cette élection présidentielle ne scellera pas l’avenir de ce pays. Le combat ne fait que commencer et il sera rude. Jean-Luc Mélenchon ne se retire pas de la vie politique. Il prend du recul pour laisser place aux jeunes. La relève est assurée et la jeunesse est mobilisée. Il n’est pas certain qu’il ne revienne pas sur le devant de la scène. Tout dépendra du résultat des législatives. »

D’après ces deux témoins, Mélenchon est un homme de conviction, qui n’est pas comme l’image qu’on veut lui donner et qui est proche des gens. Le deuxième témoignage fait aussi un autre constat, celui de la fin du Parti socialiste qui a fait à cette élection un score historiquement faible (1.7 %), alors qu’historiquement c’était le plus gros parti de gauche. Il parle d’amateurisme de Macron, rien à ajouter car la majorité est d’accord avec ça. Il parle aussi du modèle qui n’est pas le bon, et de la droite qui s’en rend compte, et sur ce point c’est vrai je pense. Enfin, il nous dit qu’il ne se retire pas mais qu’il prend du recul pour laisser la place aux jeunes, on voit dans les résultats que les jeunes ont majoritairement voté pour lui (31% chez les 18-24 ans et 34% chez les 25-34 ans), donc effectivement la relève est assurée et la jeunesse mobilisée. D’ailleurs, il finit en nous disant qu’il reviendra peut-être sur le devant de la scène, à voir aux législatives qui se déroulent cet été.

Merci aux deux témoins qui ont accepté de me répondre.

À lire également : La surprise Jean-Luc Mélenchon ?

Raphaël B-L

Raphaël B-L

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