L'Étudiant Libre

Immersion dans la Vendée de 1793 : le Grand Hiver, nouveau spectacle de Corentin Stemler

On sent, derrière Corentin Stemler, une équipe engagée dans le projet, joyeuse et sérieuse en même temps. Le travail fourni par les comédiens, servi par la musique originale de Richard Liégeois donne une très bonne impression, et envie de retourner le voir !
Crédits : Grand Hiver

Le Grand Hiver est un spectacle écrit et mis en scène par Corentin Stemler, à travers son association Symphonia Production, avec laquelle il a produit plusieurs pièces. Les prochaines représentations seront les 21-22 et 28-29 janvier, le vendredi à 20h30 et le samedi à 14h30, 17h30 et 20h30.
Pour vous, il a accepté de répondre à nos questions.

l’Etudiant Libre  Bonjour Corentin, vous avez produit Symphonia, l’épopée musicale, spectacle présenté à Paris, Nantes et La-Roche-sur-Yon, entre mars et juillet 2019, et qui a rassemblé plus de 5000 spectateurs. Mais vous n’étiez pas à votre coup d’essai, vous avez notamment signé les textes pour la 168e édition du Carrousel de Saumur. Comment est né votre vocation ?

Corentin Stemler Elle est née assez jeune, je suis devenu acteur bénévole au Puy du Fou quand j’avais 10 ans. Le Puy du Fou m’a toujours profondément marqué, et m’a donné envie très tôt de raconter des histoires sous forme de spectacle. J’ai commencé par écrire des pièces de théâtre à 18 ans à peu près, j’ai monté des pièces avec des amis, puis j’ai commencé à mettre en scène d’autres pièces dans d’autres troupes de théâtre. On m’a aussi proposé d’écrire les textes Pour le 168ème Carrousel de Saumur. Tout cela m’a amené à créer Symphonia, l’épopée musicale, qui était mon premier vrai spectacle, avec 80 jeunes impliqués.

E.L. Pourquoi avoir créé Symphonia Production ?

C.S. Symphonia Production, c’est une association qui veut faire découvrir par le spectacle notre histoire, notre culture et la faire aimer aux spectateurs. C’est ce qu’on a fait avec ce premier spectacle, Symphonia, l’épopée musicale. On a raconté l’histoire de la musique à travers les siècles, l’histoire des grands compositeurs.
Je pense que le spectacle est un moyen vraiment efficace au service de la valorisation de la culture et de l’Histoire, par les émotions qu’on fait passer au public, et par ses émotions le public peut se montrer réceptif au message qu’on veut lui transmettre, et en cela l’exemple de Puy du Fou est assez inspirant.

E.L. Depuis quand songez-vous à réaliser un spectacle sur les guerres de Vendée ?

C.S. Quasiment depuis toujours, ma vocation artistique est née au Puy du Fou donc j’ai toujours été très lié à la Vendée. Je songe au Grand Hiver depuis trois ans, mais évidemment le COVID est passé par là donc le projet a été mis en pause pendant longtemps, on devait jouer l’année dernière, l’annonce du confinement a tout annulé. Donc ça fait 3 ans je travaille sur le spectacle, sur le scénario et l’aboutissement -enfin !- c’est vendredi.

E.L. Quels ont été les principaux défis auxquels vous avez été confrontés pour la production du Grand Hiver ?

C.S. Le premier défi est artistique, à cause de la recherche de la meilleure qualité qui soit pour le spectacle. Ça demande énormément de travail de répétition, mais également de création de décors, de costumes ou de musique, puisqu’on a une musique originale. Il y a aussi les jeux de lumière ou le son qui ont leur importance. Toutes les composantes matérielles du spectacle forment ce premier défi artistique.
Le deuxième défi est humain, c’est réunir une troupe de jeunes qui sont motivés par le spectacle, et réussir à la fédérer, puis réussir à canaliser les énergies pour les mettre dans la bonne direction et que chacun trouve son rôle, sa place.
Et puis le troisième défi c’est aussi bien évidemment de faire connaître le spectacle, pour faire venir le plus de spectateurs possibles. On a fait énormément d’opérations de de communication, de distribution de tracts, d’affiches notamment et on va voir ce que ça va donner.

Je pense que le spectacle est un moyen vraiment efficace au service de la valorisation de la culture et de l'Histoire, par les émotions qu’on fait passer au public, et par ses émotions le public peut se montrer réceptif au message qu’on veut lui transmettre

CORENTIN STEMLER

E.L. Avez-vous rencontré des difficultés pour trouver des bénévoles ?

C.S. Pas forcément non, il y a toujours beaucoup de jeunes qui sont motivés par ce type de projet, c’était plutôt pour finir le casting que cela a été compliqué, lorsqu’il fallait distribuer les tâches, et trouver les bonnes spécialités. Certains préférait s’occuper des décors, de logistique, et n’avaient pas forcément envie de monter sur scène. Mettre tout le monde à sa place a demandé du temps.
 La différence entre Symphonia il y a 2 ans et aujourd’hui tiens dans la pandémie. La pandémie a, je trouve, modifié en partie l’organisation de la société, et les jeunes sont moins habitués à s’engager dans des projets au début de l’année et qui vont durer 6 mois au moins. Mais à force de parler du projet, d’expliquer ce qu’on faisait, on a commencé à vraiment grossir la troupe, et puis dès que les premières répétitions ont commencé on a bouclé le casting très vite parce que tout le monde revenait en invitant ses amis à chaque fois.

E.L. Avez-vous eu le soutien des élus locaux ?

C.S. On a eu le soutien de la région Pays de la Loire et du département de la Vendée, qui nous accueille d’ailleurs au Haras (Haras de la Vendée, ndlr). C’est un soutien déterminant, le département de la Vendée nous permet de jouer dans de très bonnes conditions.

E.L. Vous vouliez jouer au Haras de la Vendée spécialement ?

C.S. Ça fait longtemps que je pense à ce lieu, que j’apprécie beaucoup. C’est le monument historique majeur de La Roche-sur-Yon, en plein centre-ville. Il y a quelques années déjà je discutais avec eux pour y jouer un spectacle, et effectivement quand je leur ai parlé du Grand Hiver l’idée leur a tout de suite plu et ils m’ont proposé le haras. C’était plutôt une concordance de souhaits entre ce que je proposais et ce qu’eux voulaient donc c’est comme ça que ça s’est fait.

E.L. comptez-vous pérenniser vos spectacles ou en refaire des similaires chaque année ?

C.S. Oui, mais j’aimerai passer d’un modèle associatif à un modèle professionnel. Aujourd’hui je suis bénévole, et entouré d’une équipe de bénévole. Comme je souhaite en faire mon métier, je suis en train de créer une société de production qui sera sur d’autres projets. Avec Symphonia on a encore des projets en stock notamment le spectacle hommage à Notre-Dame de Paris qui s’appelle Sauvée ! et qui sera jouée à partir d’avril 2023 à Paris dans une très grande salle. C’est un projet sur lequel on travaille déjà, et on retrouve dans les équipes qu’on est en train de recruter plein de jeunes qui avaient participé à Symphonia, l’épopée musicale ou alors des acteurs du Grand Hiver qui se montrent intéressés.

E.L. Avez-vous d’autres projets en tête, d’autres thèmes que vous aimeriez aborder avec Symphonia ou avec votre société de production ?

C.S. Je n’ai pas forcément de thèmes précis à vous donner, comme je vous le disais il y a le projet sur Notre-Dame de Paris, il y a aussi la pièce de théâtre qu’on a coécrit avec Guillaume Bernard L’Empereur et les Brigands, avec des représentations dans les prochains mois. Je n’ai pas de thématiques particulières à vous donner, mais je pense rester sur des thèmes qui se rapproche de l’Histoire de France.

La première du spectacle, et les représentations qui ont suivis le week-end dernier ont reçu les honneurs du public. On sent une équipe engagée dans le projet, joyeuse et sérieuse en même temps. Le travail fourni par les comédiens, servi par la musique originale de Richard Liégeois donne une très bonne impression, et envie de retourner le voir !

Après la première du spectacle, vendredi 14 janvier, nous avons rencontré Baudoin Nicolas, 18 ans, l’acteur principal du Grand Hiver, qui nous a parlé de son engagement.

l’Etudiant Libre  Comment es-tu devenu acteur bénévole pour le Grand Hiver ?

Baudoin Nicolas J’ai connu l’association Symphonia Production grâce à son dernier spectacle, Symphonia l’épopée musicale. J’étais en Première à ce moment-là donc je n’avais pas la possibilité de jouer, mais ce spectacle m’a fasciné, que ce soit le texte écrit par Corentin, ou l’implication de tous ses bénévoles. Quand j’ai appris que Corentin montait un spectacle à La Roche-sur-Yon sur les guerres de Vendée, je n’ai pas hésité une seconde, j’y suis allé, j’ai passé un casting en septembre dernier, pour une représentation en janvier dernier. Mais le confinement a décalé les représentations d’un an.

E.L. Et comment es-tu devenu acteur principal ?

B.N. Au départ je ne voulais pas être l’acteur principal, j’avais demandé de jouer un rôle de seconde main. J’étais en première année, le casting était au moment des partiels,  je ne voulais pas me mettre la pression. En revanche quand ils m’ont demandé après ce casting qui a duré 10 min si j’étais prêt à faire le premier rôle, je n’ai pas du tout hésité, même si je m’étais dit qu’il me fallait un rôle simple pour que ça ne prenne pas sur mon travail, je suis directement rentré dans l’aventure.

E.L. Quelle est l’ambiance dans l’équipe du Grand Hiver ?

B.N. L’ambiance est incroyable, d’autant plus après la première représentation qu’on a fait vendredi. Plus on s’approchait de la première représentation, plus la troupe était soudée. Elle était dans une cohésion presque indescriptible, parce que finalement les acteurs qui sont avec moi dans la troupe,  ne se connaissait pas il y a 3 mois, il y en a certains qui ont rejoint en cours de route, et aujourd’hui c’est une communauté qui s’est forgée avec la troupe. Quand on voit qu’une heure avant les représentations on est capable de de de se retrouver à chanter tous ensemble et à passer du bon temps, et que 10 min après, au moment des répétitions il y a un grand silence, tout le monde étant focalisé sur son texte, c’est incroyable. Ça n’aurait jamais pu se produire s’il n’y avait pas d’unité dans la troupe.

Crédits : Grand Hiver

E.L. Comment gères-tu ton temps entre le Grand Hiver et tes études ?

B.N. Au début de l’année ça allait, les cours reprenaient petit à petit et le Grand Hiver ne me demandait pas trop de temps. Finalement on a fait que 4 grandes répétitions lors de 4 week-ends de septembre à décembre. En revanche c’est au moment des partiels que c’est devenu un peu plus compliqué, Corentin n’a pas voulu faire de répétitions au moment des partiels, justement pour qu’on reste focalisé sur nos études, mais c’était à ce moment-là qu’il fallait apprendre notre texte, et sachant qu’on n’avait pas de répétitions pendant un mois il ne fallait pas oublier la pièce en elle-même, surtout que j’étais tellement motivé par le projet qu’il fallait trouver un entre-deux et parfois ça prenait un peu plus sur mes études…

E.L. Avais-tu déjà joué dans une équipe de théâtre ou dans un spectacle d’une telle envergure ?

B.N.  Dans un spectacle d’une telle envergure non jamais, et je n’ai jamais joué dans une troupe de théâtre tel quel non plus, sauf à l’école ou on produisait des bouts de pièces de Molière par exemple. J’ai aussi fait des colonies de chants où on interprétait des scènes dans différents lieu comme des cathédrales. En revanche je n’ai jamais fait partie une troupe de théâtre avec un metteur en scène, des jeux de lumière, avec une pièce qui est aussi prenante et qui est écrite justement pour la troupe, avec laquelle on joue la première, et avec un compositeur qui fait une bande son originale pour le spectacle. Ça c’est totalement nouveau et c’est une expérience incroyable.

E.L. D’où vient ta vocation de comédien ?

B.N.  J’ai toujours apprécié la littérature, le théâtre, j’aime énormément le chant, et justement c’est ce que je disais tout à l’heure en regardant l’épopée musicale qui est enfin du coup pour remettre dans le contexte c’est une pièce de théâtre sur l’évolution de la musique avec des chorégraphes des scènes de danse du chant et un texte qui était incroyable ça m’a tout de suite donné envie de d’y aller et justement le fait de pouvoir réaliser en dehors des études enfin même en coopération avec ses études finalement ainsi on le fait pour réaliser des choses qu’on aime encore ses passions c’est totalement une plus-value et il faut pas faut pas passer à côté.

E.L. Compte tu participer à d’autres productions de Symphonia ?

B.N. Si c’est possible oui totalement ! Après il faut voir avec le temps, pour l’instant c’est le Grand Hiver et puis après on verra pour Notre-Dame, mais pourquoi pas !

E.L. Et si tu devais faire la promotion du spectacle en quelques mots ?

B.N.  Je dirais au public qui hésite encore à venir que la pièce qu’on propose n’est pas simplement de la distraction et du loisir parce qu’il y a vraiment un message derrière. Ce spectacle est avant tout une aventure de transmission. Le spectacle a été interprété à partir d’une lettre authentique retrouvé il y a 30 ans sur un événement des Guerres de Vendée et c’est justement le message que porte cette lettre qu’on veut apporter au public.  C’est dire que les Guerres de Vendée c’est un fait historique bien réel, mais qui ne se résume pas à certaines batailles, où à ce qu’on peut lire dans les livres d’Histoire. Ça ne se résume pas simplement à un fait historique. Oui il faut le transmettre, mais il faut avant tout en faire une commémoration. La pièce relate un fait qui a été découvert récemment, et c’est extrêmement important de montrer notamment aux Vendéens leurs racines et tous les trésors que recèle leur terre.

E.L. Pour conclure, que dirais-tu à des jeunes qui ont envie de s’engager dans le milieu de la culture ?

B.N.  C’est extrêmement important aujourd’hui de s’engager, que ce soit dans l’art, dans le théâtre, ou dans le journalisme. En fait c’est quelque chose qui me paraissait obligatoire pour le Grand Hiver. Je fais mes études en Vendée, j’y ai passé dix ans, je suis sur une terre qui est riche de son histoire, mais finalement quand on demande à un vendéen, les trois quarts connaissent les Guerres de Vendée, mais ils ne sont pas capables de nous citer une anecdote ou juste un fait historique des Guerres de Vendée. Aujourd’hui on est dans un dans un monde qui vacille et le rattachement aux racines est totalement désuète. C’est un rôle qui est fait pour la jeunesse de savoir se motiver, de se bouger pour faire ressortir l’histoire. C’est à la jeunesse de retranscrire ce qu’ils ont appris du passé et à le transmettre encore à la génération qui suit. Aujourd’hui si la jeunesse ne tient pas ce rôle-là, les générations qui vont suivre n’auront pas la volonté de retrouver ce devoir de mémoire. Si la jeunesse reste dans le confort actuel où on se soucie que des besoins du présent sans apprendre le passé, c’est dire que tous ceux qui étaient qui étaient là avant nous sont se sont battus et ont réalisé des exploits n’auront servi à rien. Les héros des Guerres de Vendée sont des héros qui ont essayé de défendre leurs terres, leur territoire, leur religion et leur pays. Il faut cultiver ce devoir de mémoire.

Retrouvez Le Grand Hiver les 21-22 et 28-29 janvier, le vendredi à 20h30 et le samedi à 14h30, 17h30 et 20h30.

Témoignages recueillis par François de L’Hermite

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Immersion dans la Vendée de 1793 : le Grand Hiver, nouveau spectacle de Corentin Stemler
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