L'Étudiant Libre

Hausse des prix du tabac : une fausse bonne idée

Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement et quelques médecins spécialistes, l’augmentation du prix du tabac réduit très peu la consommation de tabac par les Français. En effet, lorsque l’on regarde l’évolution des ventes de tabac en France par rapport au prix du paquet, on constate bel et bien un « effet ciseaux ». Autrement dit, l’augmentation du prix du paquet de cigarettes diminue les ventes. Cependant, ces données ne prennent pas en compte les fumeurs se procurant des cigarettes par le trafic ou dans les pays transfrontaliers. En effet, selon une étude du groupe d’expertise KPMG, la part de fumeurs se fournissant par d’autres biais que le traditionnel buraliste représente en 2020 30,4 % des consommateurs de tabac, chiffre en hausse depuis 2019. 

Pour Hervé Natali, responsable des relations territoriales de la Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (Seita), le numéro 2 du tabac en France : « La très forte hausse des ventes dans le réseau des buralistes français frontaliers de la Belgique, l’Allemagne et l’Espagne […]  démontre, s’il en est encore besoin, qu’à trop toucher au porte-monnaie des consommateurs par les augmentations incessantes des taxes, on favorise surtout l’évasion commerciale. Il est temps de sortir de cette logique pernicieuse, qui n’a pas d’impact réel sur la prévalence tabagique et risque surtout, à terme, de favoriser la contrefaçon, comme nous avons pu le constater en 2020. »

La France est le deuxième pays d’Europe où le prix du paquet de cigarettes est le plus élevé, derrière le Royaume-Uni. Paradoxalement, les ventes en France représentent un quart du marché en européen.

D’autre part, lorsque l’on étudie l’évolution du prix du tabac en fonction du nombre de fumeurs, on remarque une très faible corrélation. L’année 2000 connaît une prévalence du tabagisme de 34 %, pour un prix du paquet de cigarette à 3,20 euros. L’année 2020, quant à elle, recense un taux de fumeurs qui s’élève à 31,8 % – soit une diminution d’un peu plus de 6 % par rapport à 2000 – pour le prix du paquet à 10 euros – soit une augmentation de plus de 200 %.

Après avoir passé en revue les chiffres liés au tabagisme en France, nous pouvons légitimement nous demander quelle raison se cache derrière ces augmentations successives du prix des paquets de cigarettes en France. Bien que les différents gouvernements justifient cela par une volonté d’améliorer la santé des Français, ces hausses permettent surtout à l’Etat une rentrée d’argent significative, s’élevant à 18 milliards d’euros en 2020, soit 1300 euros de taxe par fumeur. Il serait possible de rétorquer que le coût du tabagisme en France est de 120 milliards d’euros. Ce chiffre, sorti du chapeau de l’économiste Pierre Kopp, comprend les dépenses médicales et sociales du tabagisme. Par exemple, il fait rentrer dans l’équation du coût du tabagisme la valeur des vies humaines perdues, la perte de qualité de vie, ou encore la perte de production. Nous pouvons cependant nous référer aux chiffres de l’Assurance maladie qui exposait en 2015 un coût lié au tabagisme de 12 milliards d’euros.

 

La vie chère :

Dans un contexte d’enchaînement de crises qui impactent fortement le portefeuille des Français, est-il raisonnable d’augmenter encore une fois les taxes qui pèsent sur les habitants de l’Hexagone ?

Fin décembre, la Première Ministre Élisabeth Borne a annoncé que le prix des paquets de cigarettes augmenterait pour suivre l’inflation, passant à 10,65 euros en 2023 et franchissant la barre des 11 euros en 2024. Ce prix exorbitant pèsera lourd sur le portefeuille des Français. 

En effet, selon l’Observatoire des inégalités, en 2019, les Français ayant un niveau scolaire inférieur ou égal au baccalauréat représentent plus de 70 % des fumeurs. Or, ce sont aussi les classes sociales les moins aisées de la population. Ces hausses du prix du tabac ont et auront un impact de plus en plus délétère sur le niveau de vie des Français. Quand Big Brother se demande comment taxer de plus en plus d’argent, les Français se demandent de plus en plus comment joindre les deux bouts à la fin du mois. 

Matthias Robert

Matthias Robert

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