L'Étudiant Libre

Haro sur les tradis. La Responsa adressée aux évêques

Ce 18 décembre, la Congrégation pour la doctrine de la Foi et la discipline des sacrements a précisé, dans une Responsa adressée aux évêques, l’esprit et l’application du motu proprio. Loin de prendre en compte les commentaires et les supplications des fidèles attachés au rite traditionnel, cette Responsa vient au contraire renforcer des restrictions déjà considérables.
Guerre aux tradis. Crédit : Unsplash.

En juillet dernier, le motu proprio Traditionis Custodes publié par le pape François surprenait l’Église ; ce texte venait en effet restreindre drastiquement l’usage du rite traditionnel, notamment dans les paroisses. La parution de ce texte suscita l’incompréhension, alors que le nombre de fidèles attachés à cet ancien rite, grossièrement appelé « messe en latin », ne cesse de croître. Le pape précisait sa pensée : il craint terriblement cet engouement, surtout chez les jeunes, pour une liturgie qu’il estime archaïque et dangereuse. Voir les jeunes demander la messe traditionnelle est, selon lui, « un phénomène qui indique que nous sommes en train de régresser ».

La Responsa

Ce 18 décembre, la Congrégation pour la doctrine de la Foi et la discipline des sacrements a précisé, dans une Responsa adressée aux évêques, l’esprit et l’application du motu proprio. Loin de prendre en compte les commentaires et les supplications des fidèles attachés au rite traditionnel, qui n’ont pourtant de cesse depuis l’été dernier, de proclamer leur fidélité au pape et à l’Église, cette Responsa vient au contraire renforcer des restrictions déjà considérables. Sous couvert d’une recherche de « l’unité ecclésiale », le nouveau texte se gargarise de cet argument déjà surutilisé pour justifier le motu proprio : les « tradis » rechercheraient la division, par leur opposition au nouveau rite et au Concile.

Plusieurs précisions de taille sont apportées par ce nouveau texte. Il vient tout d’abord préciser le rang qu’il faut désormais attribuer à la messe tridentine et à ses fidèles. Que ce soit dans une église, dans une chapelle ou dans un oratoire, il faut que l’ancien rite soit célébré « dans un lieu convenable », c’est-à-dire le plus indépendamment possible des activités de la paroisse, et de préférence anonymement puisque la simple existence d’une messe « tradi » ne doit plus être mentionnée dans le calendrier paroissial. Dans une condescendance assez troublante, finalement teintée d’une évidente jalousie et d’un mépris ahurissant, la Responsa va jusqu’à dire qu’il ne s’agit pas de marginaliser ces fidèles ; certes, les exiler dans de minuscules chapelles et en cacher l’existence comme si l’on en avait honte, voilà qui n’est pas de la marginalisation.

La Responsa vient également interdire les ordinations ainsi que les confirmations dans le rite tridentin, et précise que les prêtres refusant de concélébrer ne pourront pas être dispensés, et ne pourront donc plus célébrer la messe publiquement. Cette disposition pénalise donc les pasteurs issus des fraternités traditionnelles, qui ne pourront plus célébrer publiquement la messe dans un diocèse.

Ce texte n’est donc pas sans une certaine hypocrisie qui ne manquera pas de faire débat ; dans la continuité du motu proprio, il appelle les évêques à établir un « dialogue fraternel » avec les fidèles et les prêtres attachés à ce rite, alors que dans les faits, beaucoup d’évêques refusent tout simplement de recevoir les prêtres « tradis », qui dans l’attente d’une audience volontairement prolongée, ne peuvent plus célébrer la messe publiquement depuis près de six mois – ce qui prouve au demeurant la fidélité de ces prêtres aux évêques, dont ils suivent la consigne en ne célébrant pas, malgré l’injustice des dispositions et de ces pratiques peu charitables. Le texte appelle les évêques à faire « redécouvrir la forme ordinaire » aux fidèles attachés à l’ancien rite, alors que dans les faits la plupart de ces fidèles connaissent parfaitement le nouveau rite, puisque le gain de popularité de la messe tridentine est notamment le fait d’une redécouverte du rite ancien par des catholiques lassés du nouveau rite.

Un retour aux querelles d’après-concile ?

Ce nouveau texte vient donc plonger l’Église dans la perplexité, notamment en France où le sujet est particulièrement sensible. L’incompréhension des catholiques face au motu proprio va s’accroître avec cette Responsa, dont l’application par les évêques interroge déjà. Il semble en effet compliqué pour l’épiscopat français de brimer davantage une communauté traditionnelle qui pourtant fait de nombreux efforts pour dialoguer avec simplicité et humilité, et au sein de laquelle la colère gronde pourtant face à ces restrictions qui apparaissent profondément injustes. La réaction des évêques est attendue au tournant, alors que la tension ne cesse de s’accroître, certains prélats étant particulièrement hostiles au rite traditionnel. La situation actuelle n’est pas sans rappeler la guerre liturgique qui marqua l’après-concile. 

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