L'Étudiant Libre

Yannick Jadot, candidat écologiste à la présidentielle, s’est récemment positionné contre la chasse. Il veut faire cesser la pratique les week-ends et les vacances scolaires, ainsi qu’une interdiction de la chasse à courre. À l’entendre, nos forêts et nos campagnes seraient semblables au Far West. Mais rassurez- vous Monsieur Jadot. J’habite en zone rurale, je me promène souvent dans la nature même en période de chasse. On ne peut pas dire qu’il y règne un fort « sentiment d’insécurité ».
Crédits : Pixabay

« Il faut que la nature soit accessible à tout le monde ». « Quand j’entends que les trois quarts des personnes qui vivent dans la ruralité n’osent pas aller se promener le dimanche quand il y a des tirs de fusils, ce n’est pas normal » (source : Le Monde). Tels sont les mots de Yannick Jadot et la pensée de nombreux hostiles à la chasse. L’accident ayant récemment provoqué la mort d’une jeune fille par balle perdue, tirée par une novice de 17 ans, ne semble pas plaider en sa faveur. Pourtant la chasse est très réglementée. Profondément ancrée dans la tradition française, elle contribue au maintien de l’équilibre naturel.

La chasse, une pratique encadrée

La France compte plus d’un million de chasseurs pour une forêt représentant 30% du territoire national. L’Office Français de la Biodiversité a recensé cette année 80 accidents de chasse au total durant la dernière saison, dont 7 mortels. Tout décès est déplorable, mais cela reste peu eu égard au nombre de chasseurs actifs. La pratique est très bien encadrée par l’OFB et les Fédérations de Chasse, de sorte que l’on constate une nette diminution des accidents au cours des 20 dernières années. De plus, 86% des victimes sont les chasseurs eux-mêmes (toutes les données peuvent être consultées sur le site de le l’OFB).

Tout futur chasseur doit passer l’examen du permis de chasser afin d’écarter ceux qui ne maîtrisent pas les règles élémentaires de sécurité et de manipulation des armes. À ce titre, de nombreuses opérations de police de la chasse, assurée par la Police de l’environnement, sont organisées chaque saison sur l’ensemble du territoire national. Comme pour toute discipline, les accidents surviennent pour non-respect des règles de sécurité. Par exemple, le chasseur ne doit pas tirer dans un angle de 30° sur sa gauche et sa droite. Le non-respect de cette règle représente à elle seule 60% des accidents lors des chasses au grand gibier. Lors d’un tir, qu’il soit en stand ou en forêt, le tireur doit toujours être sûr de son objectif et de son environnement. C’est pourquoi le tir sans identifier, au grand comme au petit gibier, demeure une part importante des accidents, de l’ordre de 19%. Les auto-accidents, impliquant la seule sécurité du chasseur (29%) sont également fréquents. Bien-sûr on ne peut pas mettre un garde ou un policier derrière chaque chasseur, il en va donc de la responsabilité de chacun.

Une cohabitation intelligente entre l’Homme et la Nature

On ne chasse pas où l’on veut, quand on veut. Des périodes sont définies afin de respecter au mieux la faune et ses cycles biologiques. On peut le voir avec les chevreuils dont le rut (accouplement) a lieu de la mi-juillet à la mi-août. L’ouverture de la chasse a donc lieu en automne, généralement un des dimanches de septembre pour se terminer le dernier jour de février. Les dates, accessibles sur le site de la Fédération de Chasse, varient en fonction du département et du gibier en question. Pour des renseignements plus précis afin de se balader tranquillement, il est possible de contacter la société de chasse de sa commune.

Lorsqu’on vit à la campagne, la forêt et les terrains de chasse tels que les bocages sont notre environnement. On les fréquente quotidiennement et pas seulement les week-ends. De plus, la majorité des promeneurs sortent surtout pendant les beaux jours au printemps et à l’été. Il est rare que des accidents surviennent sur les cueilleurs de champignons (cueillette généralement entre septembre et octobre), la zone de chasse étant obligatoirement indiquée en amont par des panneaux. Le strict respect du plan de chasse permet d’éviter les accidents. Il définit la zone, le minimum et le maximum de gibier à prélever ainsi que le poste de chacun. Il convient de préciser que l’on se promène surtout en forêts publiques domaniales ou communales, or la forêt privée tient une place centrale avec 75% du couvert forestier. C’est pourquoi une interdiction de la chasse les week-ends n’aurait que peu d’impact sur les promeneurs. Nous manquons de jeunes chasseurs (notamment à cause des coûts engendrés), il est donc important de laisser les fins de semaines et vacances chassables afin d’attirer la jeunesse. À terme, de telles mesures seraient plus nuisibles pour les chasseurs que bénéfiques pour les promeneurs.

Un loisir, une tradition et une nécessité

La vénerie (chasse à courre) consiste à poursuivre le gibier avec une meute de chiens courants, se pratiquant surtout dans les vastes forêts privées. Polémique, elle est énormément ciblée par les militants anti-chasse et animalistes. Considérée comme sauvage et barbare, c’est pourtant le modèle qui se rapproche le plus de la prédation naturelle, n’utilisant pas d’arme, ne mettant en œuvre que l’instinct des chiens de chasse. Elle laisse également au gibier (un seul par chasse) plus de chances de s’en sortir. Vieille de deux millénaires, elle est apparue avec la domestication du cheval. C’est sous le règne de François Ier que la vénerie sera considérée comme un art noble, régi par l’édit de 1526. Jadis réservée à l’aristocratie, elle est aujourd’hui démocratisée.

En véritable art de vivre, la chasse imprègne la culture locale, jusque dans les écrits de Marcel Pagnol dans Souvenirs d’enfance. Elle est vieille comme le monde, étant à la fois un loisir et une nécessité pour survivre. C’est le cas depuis la préhistoire où l’Homme n’aurait pas fait long feu, privé de viande et de fourrure, à l’époque des grandes glaciations. Sous l’Ancien Régime, c’est une pratique noble réservée aux seigneurs, même si le paysan recourrait au piégeage de petits gibiers ou d’oiseaux pour se nourrir. Le braconnage demeurait encore dans les campagnes des XIXème et XXème siècle, quand la chasse au fusil devint un loisir pratiqué par les bourgeois. La répression du braconnage commence avec la loi Verdeille du 10 juillet 1964, en raison des prélèvements abusifs, du commerce, du déclin des oiseaux et du petit gibier tel que le lièvre. Mais le véritable danger pour ces espèces est la réduction d’habitats riches, jadis maintenus par la paysannerie. En effet, l’exode rural a eu deux conséquences principales : une expansion des villes (urbanisation, artificialisation des sols) et une ruralité laissée à l’abandon. C’est ainsi que les espaces se transforment en friches puis en forêts, en témoigne la nette progression de l’espace boisé en France. La perte du modèle paysan est aussi celle d’une nature riche et de paysages variés, bien que la forêt soit essentielle.

La chasse, qu’elle soit pratiquée par l’Homme ou par d’autres prédateurs, est une nécessité pour l’équilibre des écosystèmes. De nos jours, elle n’a jamais jouer un rôle aussi grand dans la régulation des espèces. En effet une surpopulation entraîne toujours des maladies ; nous l’avons vu avec la propagation de la peste porcine. La chasse permet la protection des cultures, notamment le maïs dont les sangliers sont friands. L’agrainage, bien que contesté, a pour but de les tenir à l’écart. Les jeunes arbres subissent aussi les dégâts causés par les cervidés lors de la période dite de Frayure. À la poussée, les bois des chevreuils (et autres cervidés tels que les cerfs) sont recouverts de velours dont ils se débarrassent en les frottant contre un tronc d’arbre. C’est ce que l’on nomme le frottis, entre mars et juin. Dans le cas d’une jeune tige, les dégâts entraînent la mort de l’arbre. C’est pourquoi la régulation du gibier s’impose.

Un argument récurrent à l’encontre de la chasse est celui que la nature se régule elle-même. De ce fait, elle n’a pas besoin de l’Homme. Cette idée n’a jamais été aussi fausse dans la mesure où les villes sont de plus en plus vastes, grignotant sur les espaces naturels. Cette proximité avec la nature rend les actions de chasse nécessaires. Le citadin (de même que les néo-ruraux, comme on les nomme), même s’il vote écolo, n’aime pas beaucoup l’intrusion d’animaux sauvages dans sa zone de vie. La disparition des grands prédateurs de nos territoires a rendu plus difficile la régulation des espèces. De nos jours, l’ours et surtout le loup sont en réintroduction progressive, mais c’est un sujet complexe qui mériterait un article entier.

Concluons avec le fait que les chasseurs sont des acteurs importants de la ruralité et de l’écologie. Les Fédérations participent activement au financement de plantation de haies, pour pallier les conséquences du remembrement (regroupement des cultures et arrachages de ligneux) qui fut d’ailleurs financé par l’État. En ce sens, la chasse favorise la biodiversité et la beauté de nos paysages. Alors pourquoi les écologistes lui en veulent-ils autant ? Peut-être ont-ils une fausse image de la nature, complétement fantasmée. Dans la nature tout n’est pas bon. Il y a de la violence et de la prédation, bien loin de l’idéologie égalitariste moderne. Sous couvert d’un combat antispéciste pour le bien-être animal, c’est une lutte anti-traditionnelle parmi d’autres.

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Pauline Barat

Pauline Barat

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Comprendre et défendre la chasse
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