L'Étudiant Libre

Affaire Roanne : doit-on se faire justice soi-même ?

Lundi 24 octobre, nous apprenions dans la presse la fameuse affaire de Roanne. Pour rappel, les faits sont les suivants : dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21, une mère de famille tombe nez à nez avec un jeune homme sortant de la chambre de sa fille. Le jeune homme, un mineur isolé guinéen âgé de 16 ans et résidant depuis 2 semaines dans un établissement spécialisé non loin de la maison, vient tout juste d’attoucher sexuellement la petite fille âgée de 6 ans. Après avoir porté plainte le vendredi matin, le père de famille décide, avec l’aide de voisins et d’amis, de mettre en place une surveillance nocturne du quartier. L’agresseur est alors intercepté par quatre hommes, identifié par la mère, puis passé à tabac par le père de famille avant d’être livré à la police. 

Une insécurité galopante et un climat de tension 

Après ce rapide rappel des faits, il semble nécessaire également de les replacer dans leur contexte. 

Premièrement, nous vivons dans une période où l’insécurité est croissante. Comme le montre ce rapport du ministère de l’Intérieur (le lien ici) qui fait un bilan de l’année passée, on observe une augmentation, entre 2020 et 2021, de 12% pour les coups et blessures volontaires, 33% pour les agressions sexuelles et 7% pour ce qui est des homicides. 

Ajoutez à cela le contexte économique actuel – avec les sempiternelles demandes de restriction que l’on fait au Français – et le fait que cela se déroule seulement une semaine après la sordide affaire Lola, et vous obtenez un cocktail explosif. 

Un père qui voulait protéger sa fille 

Avec une telle actualité, il est aisé de comprendre « l’état second » dans lequel est entré ce père de famille, selon ses propres dires. Car, après avoir porté plainte, la Police n’a pas même mis en place de dispositif de protection ou de surveillance. L’homme a donc décidé d’agir lui-même en lançant une expédition punitive à l’encontre de l’agresseur. 

S’il peut être difficile pour certains d’approuver la démarche, il est tout aussi difficile de ne pas la comprendre. Comme l’a déclaré le Porte-parole du gouvernement, Olivier Veran : « Comment agirions-nous à la place de cette personne, il est difficile de le dire ». Poursuivant par : « Ce que je peux vous dire […] c’est ma conviction profonde que l’Etat de droit doit primer. » 

L’Etat de droit : oui, mais pour qui ? 

Pour commencer, en France, l’Etat de droit n’est qu’un concept. Une doctrine non définie juridiquement, qui prend fortement appui sur la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Pour rappel, cette dernière stipule, entre autres, que « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». 

Egalement, l’Etat de droit implique que la justice soit rendue par un tiers légalement reconnu, en l’occurrence un juge. C’est cela l’Etat de droit – et c’est ce qui nous empêche de faire justice soi-même. 

Certes, tout cela est vrai, mais ne devrait-il aussi nous protéger ? Garantir la sécurité et préserver l’innocence de nos petites filles ? Contrôler les frontières ? S’assurer que ces « mineurs isolés » ne commettent pas de crimes odieux dès leur arrivée sur le territoire ? 

Si, il le doit. Mais ce n’est pas l’impression qu’ont beaucoup de Français. En 2021, 69% considère la justice comme laxiste et 94% la considère comme trop lente selon un rapport au sénat réalisé par l’institut de sondage CSA (le lien ici).

Aujourd’hui le contrat ne semble pas respecté, malgré une augmentation des condamnations judiciaires. En effet, la population carcérale a doublé en l’espace de quarante ans. Alors, comment expliquer ce sentiment d’impunité ? Et bien le problème en fait n’est pas le laxisme, mais la lenteur du système judiciaire due à une incapacité du système à absorber l’afflux de dossiers. Ceci couplé à un manque de place de prison aboutit à une forme d’impunité temporaire qui offre aux plus petits délinquants et criminels, tant en gravité qu’en âge, la possibilité de récidiver encore et encore. 

Des questions sans réponse…

Sommes-nous donc réellement dans un Etat de droit ? La question mérite d’être posée ? De droit, oui. De fait, l’échec du système judiciaire ne nous permet pas de répondre en toute sérénité : oui. 

Et si cette question le mérite, il en est de même pour la suivante : avons-nous, puisque la justice est en échec, la légitimité pour nous défendre nous-même, sans demander l’approbation au préalable à cet Etat dit de « droit » ? Et enfin, cette question en amène une dernière : même si nous avions la légitimité, aurions-nous la possibilité de le faire, dans un pays où l’Etat détient le monopole de la violence légitime et de l’armement ? 

Il semble que le peuple français soit pris dans une énième tenaille, une tenaille morale. D’un côté, un Etat dont la crédibilité décroît et de l’autre, un peuple dont la colère grandit. Qu’adviendra-t-il lorsque les courbes se croiseront ?

Nicolas Charpentier

Nicolas Charpentier

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