L'Étudiant Libre

Histoire du militantisme de droite 4/4 : lecture des Rats maudits

Dernier article de la série consacrée au militantisme de droite. L'antenne aixoise de l'Etudiant libre revient pour vous sur un ouvrage clef de cette histoire : Les Rats Maudits.

« Nous avons décidé d’aller chercher l’information à sa source […] et nous avons trouvé les réponses à nos questions. Non pas les réponses des historiens spécialistes de l’extrême droite, nourri de rapports de police et de ragots, mais la vérité brute racontée par ceux qui l’ont vécues ». La force de cet ouvrage est définie dans ce préambule. Le livre Les Rats Maudits offre au lecteur une histoire du militantisme nationaliste de 1965 à 1995. Véritable bible d’informations, elle raconte les exploits, les épopées, les drames ou encore les tragédies de nos aînés sur trente ans. C’est un ouvrage qui fut réalisé sous la direction de Fréderic Chatillon, Thomas Lagane ainsi que Jack Marshall avec l’aide d’autres militants de cette époque. 

Des débuts à l’après 68 : 

Ils commencent leur histoire en décrivant la résurrection de la droite nationaliste en 1954 avec Jeune Nation ; mouvement pionnier qui va fournir un socle idéologique avec les écrits de Dominique Venner notamment. Mouvement qui a disparu du fait de ses actions à l’Université d’Alger au moment fort des événements d’Algérie, la crise du 13 mai 1958. Bien que dissout, on retrouve certains de ses membres à l’OAS dont Venner et Pierre Sidos qui furent incarcérés. Ces jeunes idéalistes se structurent autour du « manifeste de la classe de 60 » de Venner, donnant le jour à de nouveaux courants de pensée nationaliste. La scission émerge entre les « nationaux » et les nationalistes : « Le premier étant décrit comme des patriotards sentimentaux, conservateurs velléitaires et crédules, tandis que les seconds doivent être des soldats politiques disciplinés, purs et durs, et ont vocation de devenir le fer de lance qui guidera les nationaux vers la révolution nationaliste ». Le livre, en dehors d’un simple guide politique, explique les multiples scissions, qui ont donné notamment le jour à Occident (mouvement naissant du départ de Pierre Sidos,), en traçant la chronologie de la Fédération Nationale des Étudiants, d’Occident, du Groupe Union Droit (puis Groupe Union Défense), d’Ordre Nouveau jusqu’à la création du Front national. 

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Après la dissolution d’Ordre Nouveau en octobre 1968, une nouvelle structure voit le jour : Jeune Europe. Leurs affiches, inspirées « des modèles transalpins », adoptera un slogan désormais populaire : Europe, Jeunesse, Révolution. Le futur GUD cherche, quant à lui, à toucher les nouvelles générations d’étudiant. Le Groupe Union Droit est né de l’idée d’Alain Robert qui consistait à parvenir à accéder au conseil d’élus des facultés. D’anciens camarades dont Jack Marshall ou Robert Allo l’ont rejoint. Ce nouveau mouvement étudiant ne fait pas l’humanité, car jugé comme une sous-corporation. Il s’implante à Assas et obtient des premières réussites électorales et se font connaître grâce à des coups d’éclats avec l’optique de faire un mai 69 qui s’est soldé par une recrudescence de violence dans les facultés. D’abord centré sur les étudiants, le GUD a connu un glissement vers le terrain politique ; pour ce faire, ils eurent besoin d’un fondement idéologique, d’où le retour de Robert vers François Duprat, alors « excommunié des nationalistes ». C’est la création d’Ordre Nouveau : « L’objectif était de construire un vrai parti structuré et discipliné, assuré de la durée sur le modèle du MSI italien. Les responsables tiennent à rompre avec l’activisme anarchique d’Occident […] Allier la rigueur lucide de Venner au romantisme crépitant de Degrelle, ce serait la formule idéale ». Ils ciblent l’ultra-gauche et rejoignent une ligne suggérée par Duprat autour du thème « Europe libère-toi » : « L’essentiel est de donner consistance au spectre de l’Internationale noire, succès promotionnel garanti ! ». Ordre Nouveau incarne l’alternative politique par rapport aux mouvements royalistes qui se sont essoufflés. C’est un « mouvement de jeunesse qui par son sérieux suscite un mouvement d’adultes ». Ils connaitront leur apothéose au moment de leur grand meeting du 21 juin 1973 à la Mutualité, à propos de l’immigration. Meeting se soldant sur des violences de la part des gauchistes auxquelles les nationalistes répondre de manière proportionnée ; affrontement se rapprochant d’une guerre civile en plein Paris pendant que les protagonistes poursuivent leur discours à l’intérieur. Des heurts éclatèrent aussi au local d’Ordre Nouveau où certains militants armés de fusils de chasse répliquèrent aux agressions. Un gauchiste perdit sa main, explosé par de la chevrotine et une soixante de policiers seront blessés. Le verdict tombe en conseil des ministres : les ligues communistes sont dissoutes tout comme Ordre Nouveau le 28 juin 1973.

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Le GUD sans Ordre Nouveau :
Après avoir raconté les dissensions internes suite à la création du Front national et le rapprochement des anti-FN vers les solidaristes, l’ouvrage retrace le parcours de militants orphelins. Jean Marie Le Pen est stricte, le FN « a besoin d’un bureau homogène sans représentation de tendances, donc sans eux ». L’actualité et le contexte international, avec l’arrivée au pouvoir de Pinochet au Chili inspirent des militants et guident certaines de leur action. Néanmoins, les années passent et les jeunes militants vieillissent, « ils ont passé l’âge de faire de l’agitation quotidienne en dessous du DEUG ». Des cercles de pensées ont vu le jour avec notamment le cercle Henry de Montherlant. Mais, comme par magie, le GUD ressuscite. Le Rat Noir et la Croix Celtiques illustrent le mouvement en opposition au Trident du GAJ. Leur journal satirique Alternative affirme une ligne satirique, fondé sur un humour qui illustre la droite nationaliste de l’époque. Les camps d’étés, propices aux rencontres de militants de toute la France, unifient le mouvement. Les Gudards traversent les années 70 en affrontant les antifranquistes en 1975 et les gauchistes dans les facultés.
La mort de Duprat en 1978 fait un grand bruit dans le milieu nationaliste. Emmanuel Ratier dans Guerreir d’Israël raconte la mort d’un des pères du nationalisme révolutionnaire : « Le 18 mars 1978, François Duprat, enseignant, écrivain prolixe, journaliste à Rivarol et au National, directeur des Cahiers Européens et de la Revue d’Histoire du Fascisme, vice-président du Front National, est tué dans l’explosion de sa voiture, peu après avoir quitté son domicile, au Trait (Seine-Maritime). Déclenchée à distance, la bombe est suffisamment sophistiquée pour provoquer sa mort et blesser grièvement son épouse. L’attentat est revendiqué par le Commando des Fils et Filles du Souvenir. L’enquête n’aboutira jamais. L’adresse personnelle de Duprat avait été publiée quelques mois auparavant dans Dossier Néonazisme (Ramsay), de l’escroc Patrice Chairoff (alias Yvan Calzi) préfacé par Beate Klarsfeld et Simon Wiesenthal». Les Nationalistes-révolutionnaires ayant rejoint Duprat au FN s’éloignent du parti après sa mort. 

Les années 80 : le tournant
Les auteurs évoquent aussi la montée dans les années 80 des mouvements militants sionistes et la radicalité de leur action après notamment l’attentat sanglant du 3 octobre 1980 rue Copernic, près d’une synagogue. Les années 80 marquent aussi un tournant avec une implication plus grande dans la vie étudiante en faisant fi de considérations électorales. À la même époque, le Renouveau Français voit le jour. Il regroupe d’anciens membres du PFN et du Front de la Jeunesse. Il se caractérise par ses affrontements avec les mouvements antifascistes et sionistes.
C’est aussi à cette époque que le discours anticommuniste est abandonné pour des thèmes popularisés par le FN comme l’immigration. Le Groupement de recherche d’études pour la civilisation européenne poursuit la guerre culturelle.

Les années 90 : la mort de Sébastien Deyzieu
Le livre raconte alors les dissensions internes et les événements du monde nationaliste avec la mort du jeune militant Sébastien Deyzieu le 9 mai 1994 à l’issue de manifestations où les policiers « avaient reçu pour consigne de ne pas faire de quartier » ; c’est en cela que les forces de l’ordre sont jugés responsable de la mort du nationaliste. La perte de leur camarade, exécuté par la police dans de pareilles circonstances, a donné le jour au Comité du 9 mai qui, année après années, déposent une gerbe là où il est mort.

Conclusion :
Cet ouvrage permet de retracer une chronologie des mouvements nationalistes, le contexte de création, les principaux protagonistes et l’idéologie dominante. Ses auteurs, qui furent aussi des acteurs de nombre de ces situations, nous donnent un point de vue objectif en y mêlant des anecdotes plus personnelles. Les générations ne sont plus les mêmes, les barres de fer, les battes, bâtons de dynamites, les fusils de chasse sont rangés avec l’évolution du militantisme. Ce livre a pour inconvénient de s’arrêter dans les années 90 ; aujourd’hui, nous percevons encore l’héritage de ces mouvements et le lien entre les générations n’est pas mort.

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Bastien Loro

Bastien Loro

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