L'Étudiant Libre

Les deux paroisses

L’époque à laquelle nous vivons n’est fondamentalement pas différente de toutes celles qui ont précédé. De la même manière dont les luttes se sont dénouées par le passé, c’est par la violence que se résoudra l’antagonisme qui oppose aujourd’hui le camp des conservateurs à celui des cosmopolites.
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Qu’on se garde bien de croire que la justice triomphera de l’injustice, ou la norme de ce qui n’est pas normal. Triomphera de ces deux modèles celui dont les partisans auront été assez forts. Nul ne peut se satisfaire de défendre une opinion plus juste. L’humanité n’étant pas différente de ce qu’elle a toujours été, la certitude d’agir dans son bon droit n’est que l’expression d’une domination sociale et politique.

Le jusnaturalisme nous voilerait la vérité de l’enjeu qui se présente à nous : il n’y a chez les adeptes du multiculturalisme qu’une volonté d’imposer à la France des cultures qui ne sont pas les siennes, et chez les adeptes de la tradition qu’une volonté de maintenir notre pays dans sa culture.

Les idéaux dans lesquels se drapent ces deux systèmes de pensée sont des leurres. Les prises de position sont dictées par un conditionnement. Chacun ne fait que prêcher pour sa paroisse. Représentons-nous donc bien les choses. Il y a d’un côté la paroisse de ceux qui ont grandi dans un environnement métissé, pour lesquels les vêtements, les musiques, la langue, la nourriture, les codes sociaux, les souvenirs ne sont pas de l’ordre de ce qui fait la spécificité d’un pays. Et il y a d’un autre côté la paroisse de ceux qui ont grandi dans un environnement intègre, où les moeurs les plus authentiques se sont transmises de génération en génération. Nul ne pourra persuader l’autre de la légitimité de son propre environnement. Ceux qui préfèrent une France multiculturelle à une France traditionnelle ne pourront pas rallier leurs adversaires à l’idée que chacun ait le droit de se faire reconnaître dans sa différence. Ceux qui préfèrent une France traditionnelle à une France multiculturelle ne pourront pas rallier leurs adversaires à l’idée qu’un peuple n’a ni le besoin, ni le devoir de s’accommoder de cultures étrangères qu’il a laissées s’installer sur son propre territoire.

Chacun croit défendre son bon droit, chacun dans sa logique, mais l’intensité de la conviction que fait naître l’habitude de vivre dans un environnement plutôt que dans tel autre rendra vaines toutes les justifications du monde. Les conservateurs ne peuvent s’autoriser à penser qu’ils prêchent le bon sens, car leurs adversaires savent bien, quant à eux, que leur propre modèle n’est pas juste, mais qu’ils se battront tout de même pour l’imposer ; le vainqueur d’un combat n’a pas besoin d’avoir raison, quand il lui suffit d’être plus fort.

Il faut donc dépasser l’opposition sur un terrain qui n’est plus celui de l’explication rationnelle, faux-fuyant, mais sur celui de la domination culturelle. Des conditionnements différents ont conduit à des opinions différentes. Un certain conditionnement, une certaine indifférence, une certaine insensibilisation ont conduit à réduire la France à la coexistence d’individus remplaçables les uns les autres. Un certain conditionnement, une certaine différence, une certaine sensibilité ont conduit à la représenter dans sa réalité culturelle.

Conservateurs, si vous ne souhaitez pas entendre demain l’appel à la prière dans les rues au nom de l’ouverture d’esprit, si vous ne souhaitez pas que la France bascule dans le modèle communautaire anglo-saxon au nom du progrès, si vous ne souhaitez pas vous sentir étrangers dans votre propre pays au nom de la tolérance dans des lieux de plus en plus nombreux, faites sécession avec la sécession, donnez toujours plus de visibilité aux trésors de culture que la France vous a légués, saturez l’espace public, saturez l’opinion, saturez votre entourage de faits qui appartiennent à notre culture, conditionnez le conditionnement, agrandissez votre paroisse plutôt que d’étendre votre prêche.

Nos adversaires cosmopolites ne cherchent pas à établir un monde plus juste, ils veulent établir un monde à l’image de ce qu’ils ont toujours connu. Faites en sorte que ce monde-là soit concurrencé et à terme dépassé par notre monde, par le monde de la France des clochers et des langues de bœuf. La question de savoir si nous avons tort ou raison ou si nos adversaires ont tort ou raison n’a aucune importance. À terme, l’un des deux camps prospérera sur les ossements de l’autre et son souvenir sera jeté aux oubliettes. L’histoire et l’avenir appartiennent aux plus forts. Ils le savent, eux, alors ne commettons pas l’erreur de l’oublier et de nous battre avec des armes différentes.

Enzo Michelis

Enzo Michelis

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