L'Étudiant Libre

Appel aux patriotes poutinophiles : la politique du pire est la pire des politiques

Crédits : Pixabay

L’auteur de cet article n’est pas spécialiste en géopolitique et ne tient pas à l’être, mais il en appelle au bon sens de ses compatriotes parfois égarés.

Qui, dans nos rangs, aime Macron ? Personne. Il est l’incarnation du cosmopolite ultralibéral anti-national le plus consommé. Qui aime Poutine? Peut-être pas tout le monde, mais il faut bien reconnaître qu’on se trouve du moins en apparence plus de proximité idéologique avec lui. Mais la situation présente est la bonne occasion de nous rappeler à nos devoirs de patriotes, sinon de nationalistes : l’intérêt supérieur de la patrie, comme disait le vieux général, passe au-dessus des affinités idéologiques. La haine en interne n’empêche pas le soutien à l’international.

Car il convient de rappeler ce fait simple et pourtant trop oublié : lorsqu’il discute dans le cadre d’une négociation internationale, Macron n’est plus Macron, comme Le Maire n’est plus Le Maire : ils sont, qu’on le veuille ou non, la France. C’est triste, rétorquera-t-on : peut-être, mais c’est comme ça. Cette leçon nous vient du plus illustre des nationalistes, Charles Maurras lui-même, qui affirmait avec raison que « la politique du pire est la pire des politiques ». En somme, la trahison de l’intérêt supérieur de la nation au profit d’impératifs partisans ou idéologiques est toujours une erreur. Il faut, à l’extérieur, faire corps avec les représentants officiels de la France, quel que soit le régime et quel que soit le parti au pouvoir, ce malgré les dissensions internes : d’où l’union sacrée du monarchiste avec la République pendant la Première Guerre mondiale. Ainsi donc, lorsqu’aujourd’hui M. Macron et M. Le Maire, dont je n’ai pourtant pas l’habitude de prendre la défense, décident de mener une guerre économique ferme et résolue à la Russie face à son expansionnisme guerrier violent, je les soutiens sans hésitation car ils portent indéniablement l’intérêt français, comme je vais l’expliquer.

Si l’on ne peut nier, de fait, que l’OTAN a des torts dans le contexte actuel, il serait grotesque d’en faire le principal coupable. Aujourd’hui, le principal responsable de la situation de tension extrême dans laquelle nous nous trouvons n’est nul autre que Poutine.

Coriolan

« La situation n’est pas la même, s’exclamera-t-on alors d’un autre côté : le conflit qui a lieu aujourd’hui en Ukraine ne nous concerne pas le moins du monde, nous devons quitter l’OTAN qui est en état de mort cérébrale et garder notre neutralité plutôt que nous enterrer dans des conflits étrangers ». À cela, je répondrai oui… Et non. Oui, de fait, il s’agit théoriquement d’un conflit étranger, qui ne nous concerne apparemment pas ; mais non, mille fois non, car la situation dans laquelle nous nous trouvons va contre tous nos intérêts, et bien pire constitue une menace mondiale de premier ordre. Deux arguments majeurs nous poussent à l’intervention : un argument nationaliste et un argument identitaire (je satisfais donc tous les courants de la droite dure, joie). L’argument nationaliste est le suivant : la France doit tenir son rang de Puissance mondiale, ce qui à n’en pas douter me sera accordé par tous les nationalistes dignes de ce nom ; or, pour tenir son rang elle ne peut rester de côté comme l’Albanie. Pour compter dans la balance de l’ordre international, il faut se bouger, que diable. Et s’il faut se bouger, il faut par conséquent ne pas rester inactifs, réaffirmer notre statut de Puissance diplomatique, militaire,… – négocier avec les diverses parties et ainsi de suite. Plutôt que de nous moquer de Macron, soutenons-le (la politique du pire étant toujours, je le répète, la pire des politiques). À cet argument nationaliste s’enchaîne l’argument identitaire : agir, oui, mais dans quel sens ? Il est amusant de constater que les plus fermes partisans du soutien inter-européen, de l’union occidentale, qui se réfèrent (à raison, n’en doutons pas) sans cesse à Huntington, perdent leur latin et leurs convictions occidentalistes dès que Poutine est en jeu. Car oui, je me permets ici de le rappeler : la Russie n’est pas occidentale, et quoi qu’on pense de l’OTAN (qui a assurément des torts dans cette affaire, mais nous y reviendrons), il s’agit a priori d’une alliance occidentale (même si l’on peut se demander ce que les Turcs y font). Il est donc remarquablement drôle de voir ceux qui en temps normal sont les plus hystériques des identitaires se rétracter subitement face à l’ogre russe jusqu’à abandonner totalement tout soutien aux Ukrainiens, qui sont eux favorables à l’Occident. De fait, Vladimir Poutine (un opposant à l’Occident) amène pour la première fois depuis longtemps la guerre sur le sol européen, et les identitaires tendance dure ne trouvent rien d’autre à clamer que des appels à la neutralité… Quelle ironie, tout de même.

C’est ainsi que certains se retrouvent à conspuer Le Maire, qui après avoir lancé la menace d’une guerre économique, s’est vu retourner celle d’une guerre véritable. Beaux patriotes, en vérité, qui face à des menaces ouvertes de guerre, voire de guerre nucléaire, s’opposent plus aux représentants de leur camp qu’à ceux de l’ennemi, et qui plus est d’un ennemi d’une violence rare !

Si l’on ne peut nier, de fait, que l’OTAN a des torts dans le contexte actuel, il serait grotesque d’en faire le principal coupable. Aujourd’hui, le principal responsable de la situation de tension extrême dans laquelle nous nous trouvons n’est nul autre que Poutine. Il n’y a pour le nier que les imbéciles et les agents du Kremlin. La violation de la souveraineté est en soi un acte suffisamment condamnable, mais Vlad l’envahisseur a fait bien pire : il en a appelé, de manière absolument indépendante, sans subir de pressions d’aucune sorte, à l’arme nucléaire. Soyons plus clairs, il a menacé l’Occident (nous, en d’autres termes) de l’atomiser purement et simplement, et ce non pas en le déguisant sous des propos diplomatiques alambiqués, mais au contraire en étant d’une clarté limpide et d’une violence rare. L’OTAN n’est pas rose, les Américains non plus, mais jamais ils ne sont allés jusque là. Et c’est à la fois hilarant et désespérant de voir des hommes, des patriotes, ne pas s’opposer à un homme politique étranger qui menace ouvertement de leur atomiser la gueule. Il ne s’agit ici même plus de patriotisme, d’ailleurs, mais de simple instinct de survie.

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