Opération Source de Paix, aux origines du conflit2 min de lecture

Mercredi, l’armée turque, appuyée par les islamistes de l’Armée Nationale Syrienne, a lancé une offensive contre la coalition arabo-kurde des Forces Démocratiques Syriennes, qui combattent l’Etat islamique depuis six ans. 

Depuis que Donald Trump avait annoncé le retrait des forces spéciales américaines du Nord-Est de la Syrie dimanche dernier, les spéculations sur une opération militaire de la part de Recep Tayyip Erdogan sur ses vieux ennemis kurdes syriens agitaient spécialistes et médias

Mais qu’ont donc les Kurdes pour susciter l’ire de la Turquie ?

Tout d’abord, il faut savoir que le peuple kurde, d’origine perse, s’étend sur quatre états : Turquie, Syrie, Irak, et Iran. Que donc ce peuple n’a pas d’état à lui, malgré la promesse d’un état kurde lors du traité de Sèvre de 1920, qui vit le démembrement de l’Empire Ottoman, promesse jamais réalisée. 

Que depuis les années soixante, une guérilla d’inspiration marxiste menée par le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et son leader charismatique Abdullah Ocalan mène la vie dure aux forces de sécurité turques. Et qu’enfin, le PKK a essaimé au Kurdistan syrien, puisqu’en 2009 est créé le Parti de l’Union Démocratique (PYD), sur les mêmes bases idéologiques que le PKK. 

Ce sont également ces bases idéologiques qui sont à l’origine de l’offensive (la deuxième en deux ans) turque sur le Rojava (« l’Ouest » en kurde, nom que donne les Kurdes au Kurdistan syrien).

En effet, de marxiste-léniniste tout ce qu’il y a de plus orthodoxe à l’origine, le PKK va changer de doctrine durant les années 2000. Au cours de son emprisonnement sur l’île-prison d’Imrali, Ocalan va correspondre avec un intellectuel américain, Murray Bookchin, et va théoriser, avec cet essayiste libertaire, une doctrine révolutionnaire nouvelle : le confédéralisme démocratique.

Dans son ouvrage éponyme, Ocalan explique que l’objectif de cette doctrine est de dépasser le concept d’Etat-Nation, notion occidentale inadaptée aux réalités complexes du Proche-Orient, en lui substituant le principe de cantons et de communes (d’où l’autre nom parfois donnée à cette doctrine, le communalisme libertaire) librement autogérées par les communautés qui y vivent. Point particulièrement intéressant : le principe de démocratie directe est omniprésent.

De plus, la société kurde pratiquant traditionnellement un islam « soft », et la place de la femme comme égale de l’homme étant une caractéristique propre à ce peuple, la parité la plus stricte est prévue à tous les échelons de responsabilité. 

Décentralisé, démocratique, pluraliste, et paritaire, le confédéralisme démocratique a effectivement tout pour déplaire au (néo)calife Erdogan. Et ce d’autant plus que l’expérience a été tenté justement au Rojava, divisé en trois cantons (Afrin, Kobanê, et Jazireh) eux-mêmes divisés en communes, à partir de 2012 et du départ de l’Armée Arabe Syrienne de la région puis de la défaite de l’Etat islamique fin 2017. 

Toutes ces raisons, entre autres, ont poussé Erdogan a écraser le projet politique kurde avec son opération « Source de Paix ». Et pendant ce temps, l’Occident regarde ses alliés contre Daesh se faire massacrer sans réagir. Nous avons déjà le déshonneur, espérons échapper à la guerre.

 

Emmanuel de Gestas

Article écrit par Auteur Ponctuel

L'article vous a plu? Partagez-le! L'Étudiant Libre vit de vos partages.

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur telegram
Telegram
Partager sur reddit
Reddit

Dans la même catégorie:

Du même auteur:

Rejoignez-nous!

Restez informés de notre actualité.

Lassé des newsletter? Optez pour nos notifications!

Partager sur twitter
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Twitter?

Partager sur facebook
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Facebook?

L'Étudiant Libre

Bienvenue sur L'Étudiant libre cher lecteur, c'est votre première visite ici? Lisez notre présentation!

Pourquoi?

Pour partager aux jeunes Français un message incitant à l’engagement et au Bien Commun.

Par qui?

Par des étudiants. Tout le monde peut travailler avec l’Étudiant Libre, il suffit de nous contacter. Vous voulez distribuer ? Vous voulez rédiger des articles ? Écrivez-nous.

Pour qui?

Pour la jeunesse qui ne demande qu’une étincelle pour s’embraser, s’exprimer et s’assumer.

Abonnez-vous

Retrouvez au creux de votre main l’information indépendante! Abonnez-vous pour seulement 3 euros par mois et accédez à toutes nos publications.