Il était une fois le 6 février 34.4 min de lecture

    Il y a quatre vingt six ans, une manifestation dans les rues de Paris tourna au drame. Jour de deuil pour certains, jour de commémoration républicaine pour d’autres, le 6 février 1934 cristallise encore l’opinion publique. Que l’on soutienne ou que l’on condamne, cette manifestation historique doit être relue en prenant en compte les désenchantements politiques et économiques de son temps. Un temps où de nombreuses désillusions fragilisent les sociétés contemporaines faisant de ce 6 février un jour quasi-inévitable dans l’histoire parlementaire française. 

   24 octobre 1929, date fondamentale condamnant les Etats-Unis et l’Europe à de grands troubles. Chômage, crise économique, montée des totalitarismes affaiblissent les peuples qui ne parviennent pas à voir le bout de cette Grande Dépression . La situation en France est difficile, on compte 340 000 chômeurs. La population réclame « du travail et du pain » et, à l’issue des élections de 1932, redonne la majorité parlementaire au cartel des gauches.

   En 1922, Benito Mussolini et son parti fasciste marchent sur Rome. Staline conforte son pouvoir en URSS et met en place les premières purges. Adolf Hitler devient Chancelier  le 30 janvier 1933. La France, quant à elle, se laisse bercée par la IIIe République qui, en 1934, fête ses soixante trois ans. 

   Son vieil âge ne lui permet pas d’endurer les valses ministérielles,  six gouvernements se succèdent entre mai 1932 et février 1934, et les fiascos politico-financiers. Une affaire la mène à sa perte: celle d’Alexandre Stavisky. Il s’agit d’un scandale  mêlant le Crédit municipal de Bayonne et plusieurs parlementaires dont un ministre du gouvernement de Camille Chautemps. Cet Alexandre Stavisky est assassiné le 8 janvier 1934. La droite accuse Camille Chautemps d’avoir fomenté son assassinat afin de ne pas noircir davantage le tableau – déjà très sombre – de son gouvernement. 

 La montée du conflit

  En raison de l’instabilité politique et de la perte de légitimité auprès de l’opinion publique, le gouvernement de Chautemps démissionne le 28 janvier. Albert Lebrun, président de la République, demande à Edouard Daladier ( membre du parti radical) de constituer un nouveau gouvernement.

Au début du mois de février, Daladier limoge le préfet de Paris Jean Chiappe. Il envoie celui-ci au Maroc jusqu’alors sous tutelle française. Cette décision, politique, provoque une contestation forte chez les partis d’extrême droite, Jean Chiappe étant un allié. 

Les français condamnent la corruption parlementaire; une mouvance antiparlementariste se lève. Les journaux, tels que Candide, Gringoire, Je suis partout,  l’Ami du peuple et l’Echo de Paris relaient les informations et exhortent les français à manifester le 6 février, date à laquelle Edouard Daladier doit présenter son gouvernement à l’Assemblée nationale comme le prescrit la Constitution.

Les manifestants: entre fantasme et réalité 

    L’historiographie tâche, depuis quelques décennies, de déceler le vrai du faux sur la famille politique des manifestants. L’historien Olivier Dard donne une analyse intéressante: la manifestation du 6 février 1934 n’est pas une tentative de coup d’Etat. La raison principale étant qu’elle rassemble en ses rangs divers groupes politiques. 

   L’Action Française, la ligue des Jeunesses patriotes, le groupe Solidarité française et la Fédération des contribuables représentent la droite et l’extrême droite. Marchent également l’association des Croix-de-Feu créée par le lieutenant-colonel François de la Roque et qui regroupe les anciens combattants. Le lieutenant-colonel, au charisme certain, défend le régime de type présidentiel, dénonce l’antisémitisme et se présente comme un fervent conservateur et nationaliste.

 Aux côtés de ces manifestants, se tiennent quelques français peu politisés qui, curieux et lassés de la IIIe République, rejoignent les rangs. Enfin, l’on peut aussi voir parmi la foule le cortège de l’Association républicaine des anciens combattants qui dépend d’un mouvement communiste.

   L’image d’Epinal du 6 février 1934 est celle d’une manifestation fasciste. Or, comme dit précédemment, les rangs étaient hétérogènes. Les paroles de Marcel Dréat, député SFIO, raisonnent encore « Le 6 février, place de la Concorde, il y avait des réactionnaires, des fascistes, des petites troupes organisées et courageuses, oui; mais il y avait aussi une foule énorme de braves gens qui n’avaient pas d’opinion politique mais qui, en revanche, avaient des sujets de mécontentement et de colère. Il y avait même des radicaux et des socialistes et s’ils manifestaient c’était contre les saligauds qui déshonorent la République ». 

Un (dés)ordre républicain 

   «A bas les voleurs! A bas les assassins ! Stavisky au Panthéon » crient les trente mille manifestants. La place de la Concorde est pleine. Le rassemblement dégénère très vite. Les bus sont incendiés, les arbres sont arrachés et les grilles abimées.Les forces de l’ordre ne parviennent pas à endiguer l’émeute.Les premières violences ont lieu au pont de Solférino. Les émeutiers tentent de prendre le palais Bourbons et harcèlent les gardes ( selon la Commission d’enquête parlementaire). Les policiers appuient sur la gâchette, les coups de feu retentissent.  A la Rive gauche, le lieutenant-colonel de la Rocque ordonne à ses hommes de se disperser, il ne souhaite pas recourir à la force.

Les coups de matraques, les traces de sabots et les coups de sabre blessent deux mille personnes. Seize manifestants et un policier sont tués. Une vingtaine de personnes décèdent les semaines suivantes des suites de leurs blessures.  L’Action Française perd vingt de ses hommes. Le 6 février 1934 reste la manifestation la plus violente depuis la Commune de Paris survenue en 1871.

L’après 6 février 1934

 Cette journée provoque une crise politique importante, conduisant Edouard Daladier à démissionner de ses fonctions.  Des manifestations organisées par la gauche se tiennent dans la capitale jusqu’au 12 février ; stratégie politique pour montrer la stabilité du régime. Un nouveau gouvernement est formé regroupant des figures de la droite parlementaire: André Tardieu, Louis Barthou, Louis Marin mais aussi plusieurs radicaux. 

 La gauche est profondément touchée par la manifestation du 6 février et promeut un rapprochement avec le Parti Communiste Français (PCF) . Le 5 mars est crée un Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. L’action de Maurice Thorez, le mois d’après, vise à mettre en place une union avec la SFIO. Il faut créer «un large front populaire », telle est l’idée du PCF. Une idée qui porte ses fruits puisqu’en 1936 le Front Populaire arrive au pouvoir.

1934-2020, plusieurs décennies mais tant de similitudes.

 

Article écrit par Adélaïde Barba

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