Dedans comme un enfant, dehors comme un crétin3 min de lecture

Voici que le gouvernement se prend à califourchonner ardemment la sottise avec une communication tout à fait pitoyable. « Dedans avec les miens, dehors en citoyen », doit-on lire, avec une batterie de commandements présentés comme des engagements personnels. L’explication de cette communication COVID donnée par ces jockeys du ridicule, est que les Français n’ont pas compris les déclarations du Premier ministre. En somme, ils sont trop bêtes, donc il faut leur donner des images à leur niveau.

 

Ayant évidemment manqué l’allocution originelle, j’ai finalement écouté intégralement le discours hier. Mon esprit n’est pas encore remis de l’épreuve tant l’obscurité des propos est opaque pour l’intelligence. La foule de données et la danse des chiffres accouchent d’un discours technocratique, parfaitement incompréhensible. Nous sommes tous incapables de dire précisément ce que veut le Premier ministre. Lui-même ne le sait sans doute pas. En plus du fond, certaines phrases sont à la limite du français correct. Je vous mets au défi de comprendre par exemple cette tournure : « La question est de savoir si nous nous sommes donné tous les moyens pour le retarder (les mesures de restriction) jusqu’à la dernière extrémité. Tout jour, chaque jour gagné par rapport à l’adoption de telles mesures, alors que par ailleurs nous avons la course contre la montre vers la vaccination sans doute vers le printemps, tout jour, est un jour gagné ».

Donc, au prétexte que nous sommes trop immatures et benêts pour comprendre l’allocution du Premier ministre, le gouvernement nous explique ses décisions sur un petit papier, avec des petits dessins, des petits points, et des grosses lettres. Pour qui nous prennent-ils ? Est-ce de notre faute s’il n’est pas capable de nous expliquer clairement ses décisions ?

L’infantilisation ridicule est surtout révoltante. « À la maison », on pourrait se croire dans le parc de nos joues boudinées, avec le télétravail comme boulier. « Dehors », idiots que nous sommes, il faut se considérer comme crétin et regarder souvent la liste des autorisations et interdictions en se disant : « bien », « pas bien ». Il y a même des petits points pour savoir ce qu’on peut faire en passant la porte de chez soi ! « Je peux sortir jusqu’à 19h pour des motifs autorisés : • sortir mon animal de compagnie ». Je me demande si tout compte fait, ce n’est pas le chien qui sort le maître.

Cette communication et ces mesures privent en réalité les gens de l’usage de leur plus grande richesse sociale : leur bon sens. La masse d’interdits braque les esprits au lieu de les protéger, quand il suffit simplement d’encourager une prudence intelligente. Il est évident qu’on ne va pas inviter à dîner l’EHPAD, ni organiser des soirées immenses, cracher sur le trottoir et embrasser les passants. Ce n’est pas protéger ni sensibiliser que donner une liste d’autorisations et de restrictions.

 

Rejeter ce document est nécessaire car les mots usités sont parfaitement autoritaires. « Je ne reçois pas », « Je peux retrouver des amis ». Personne ne peut interdire à un adulte libre ce qu’il peut faire chez lui dans sa vie quotidienne, à part le ministère de l’Amour en Océania (1984). Personne ne peut interdire, ni autoriser, un adulte libre à voir des gens, c’est un fait social, un acte naturel, l’État ne peut rien dire. « À la maison, je respecte scrupuleusement les mesures sanitaires ».

Le « scrupuleusement » est à sauter jusqu’au ciel tellement le terme est grave. Le scrupule est une « exigence morale très poussée » nous dit le Larousse, donc il faudra porter le masque à la maison parce que c’est « moral ». Il est alors « immoral » de ne pas laver ses mains avec du gel hydro-alcoolique en rentrant chez soi, de dîner avec ses grands-parents, ou d’embrasser ses enfants… Les mesures sanitaires n’ont rien à voir avec la morale, mais sont seulement des précautions, des moyens matériels, pour protéger. Les considérer comme des « actes moraux » installe une société du sanitarisme qui permet toutes les mesures, au nom de la « Santé ». Prenez-vous conscience de la gravité du mot « scrupuleusement » et de son aspect autoritaire ?

 

Enfin, cette communication révoltante n’est en fait qu’une campagne de sophistique.

Le sophisme du « je » vise avant tout à culpabiliser au lieu de responsabiliser. On comprend alors beaucoup mieux l’usage du « scrupuleusement ». Le « je », me place dans la morale qui se retrouve dans la liste d’autorisations ou d’interdits. Si « je » sors de cette liste, « je » suis coupable. Le « je » est une technique pour parler en mon nom, s’approprier mon identité, donc en fait me posséder. Une communication autoritaire moralisante et la possession de l’être sont deux composantes essentielles du totalitarisme.

Un autre sophisme est à relever : le sophisme du « citoyen ». « Dehors en citoyen ». C’est le citoyen en tant qu’un individu ayant des droits politiques, donc un Homme libre dans la Cité, qui est entendu ici. Selon le gouvernement, est citoyen l’individu qui respecte, par exemple, « ne pas retrouver plus de 6 amis ». L’argument est : « Je suis citoyen, donc je ne retrouve pas plus de 6 amis dehors ». Mais vous l’avez compris, « citoyen » et « ne pas retrouver plus de 6 amis » n’a absolument rien à voir. En sophistique, on appelle cette technique le « sophisme de composition », c’est-à-dire manipuler en joignant des mots qui doivent être pris séparément. Dans cette sophistique, celui qui ne respecte pas un point, n’est donc pas un citoyen. Peut-on encore le considérer comme un Homme libre ?

 

Sotte, ridicule, autoritaire et sophiste, voici donc les principales composantes de cette communication sur les décisions gouvernementales, qui considère les Français comme des enfants et des crétins.

Article écrit par Guy-Alexandre Le Roux

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