Cité des hommes, cité de Dieu8 min de lecture

Ou comment l’harmonie entre valeurs conservatrices et Foi est autant souhaitable qu’inévitable

 

Alexis de Tocqueville, dans son célèbre ouvrage De la démocratie en Amérique, disait au sujet des écrivains antiques ce qui suit : « Ils ont toujours fait voir un art et un soin admirable dans les détails ; tout y est écrit pour les connaisseurs, et la recherche de la beauté idéale s’y montre sans cesse ». Ainsi, les quelques théologiens en herbe auront sans doute remarqué la référence du titre de cette article à l’ouvrage le plus célèbre de Saint Augustin, Père de l’Eglise, et à son pavé littéraire La Cité de Dieu, composé de pas moins de 23 livres. Pour autant, le propos de cet article est assez éloigné de celui de l’évêque d’Hippone. Il est d’amorcer une réconciliation entre le courant conservateur voire réactionnaire qui traverse notre contrée, et la foi en la Sainte Eglise Catholique Apostolique romaine, qui semble l’avoir quittée depuis bien trop longtemps.

Une catholicité indéniable

Souvent, l’on conseille à un profane en art de reculer de quelques pas afin d’apprécier l’œuvre dans son ensemble, sa beauté, sa majesté parfois. Aussi, lorsque l’on a affaire non pas à un objet, mais à une notion abstraite, impalpable, on tend à retenir de prime abord les grandes lignes, les grands traits, avant d’entrer dans les détails les plus subtils.

De ce fait, soyons d’emblée explicites : la France est catholique. Du moins elle l’était. Elle l’était complètement, de toute son âme, de tout son corps, de tout son cœur. Elle l’était du Nord au Midi, de l’Occident à l’Orient.

Malgré la violence, elle l’était. Les invasions sarrasines du Haut Moyen-âge (Narbonne 719, Poitiers 732), les révoltes et massacres commis par les protestants (Michelade de 1567, Soulèvement des Cévennes de 1702) ou bien encore persécutions du clergé catholique par les républicains fanatiques (Massacre de septembre 1792 ou le très attristant massacre des Carmes de Compiègne en 1794) n’y firent rien. Malgré les conversions dites « libres », elle l’était, la Réforme du XVIème siècle ne parvenant pas à diviser le royaume, en dépit, il est vrai, d’une lutte fratricide.

Aussi, au moment de la signature du Concordat de 1801, 98% des Français sont catholiques. Ce ne sera que du bout des lèvres que le gouvernement révolutionnaire le reconnaîtra.

L’ancien Régime confère à la France son titre de « Fille aînée » de l’Eglise

Avant même d’exister, la France regorgeait déjà de saints. Qu’ils soient martyrs, telle saint Blandine de Lyon (IIème siècle) et saint Denis, ou bien Pères de l’Eglise et grands théologiens, tel saint Hilaire de Poitiers (IVème siècle), les gallo-romains fournissaient déjà à l’Eglise un contingent de fidèles serviteurs.

Le prologue de la loi salique, datant du VIème siècle de notre ère, proclame : « Vive le Christ qui aime les Francs ! »

Presque deux millénaires plus tard, au XIXème siècle, les statistiques du Saint Siège démontraient que la moitié des missionnaires européens à l’étranger provenait de France. Ainsi, au vu de l’Histoire, une étonnante longévité à travers un monde en mouvement permanent se dessine. Un héritage multiséculaire se dresse.

Pourtant, la route entre Rome et Paris n’a pas toujours traversé Reims. Tantôt une foi dénuée d’ambitions, tantôt une froide Realpolitik, tantôt les deux l’y ont reconduits. Aux origines, Clovis, tout autant touché par la grâce divine au moment de la bataille de Tolbiac que par la nécessité d’asseoir sa position dominante sur l’aristocratie gallo-romaine, épousa Clothilde et la religion catholique. Quelles que furent ses motivations, son baptême était prononcé, et celui de la France en tant que Nation avec lui. Alea jacta est.

S’en suivirent de merveilleux fruits : la préservation des trésors intellectuels de la Rome antique était assurée dans les monastères, par ces mêmes moines qui défrichèrent les forêts, labourèrent la terre, et offrirent à notre patrie un éclat sans précédent au sein de la chrétienté occidentale. Les joyaux de l’architecture gothique sont à Paris, Sens, Chartres, Amiens, Reims; aucune contrée ne regorge de tels ouvrages, si ce n’est la nôtre.

Toutefois, la France sut se montrer ingrate, en dépit de l’évident bien apporté par ce mariage de cœur et de raison. La querelle entre Boniface VIII et Philippe Le Bel illustre trop bien ce propos : L’évêque de Rome menaça Philipe Le Bel d’excommunication, ce dernier ripostant en l’enlevant. Il faut dire que le roi de France avait provoqué l’ire du Saint Pontife, via la bulle Ausculta Filii : «  Il répandit encore (…) une réponse insolente où Boniface était appelé « Sa Très Grande Fatuité » » (Jacques Bainville, Histoire de France). Miséricordieux, Dieu nous offrait cent ans plus tard sainte Jeanne d’Arc, alors que le royaume était en proie à la plus grande détresse.

Existe-t-il un pays sur Terre pouvant se targuer d’avoir pu bénéficier d’une intervention divine afin de retrouver son intégralité territoriale ? Même de très pieux peuples catholiques n’ont pas eu cet honneur : La Pologne a disparu deux fois (1795, 1940) tandis que l’Irlande a vécu quatre siècles sous le joug protestant.

Une fois la monarchie renversée, la lente agonie du catholicisme en France commence

Le jour le plus noir de l’Histoire de France est certainement le 21 janvier 1793. Ce jour-là, à 10h21, sur la place de la Révolution, les pseudos-représentants d’un peuple tant aimé par son souverain lui administraient la sentence capitale. Jean Raspail dira que « le sacré s’est retiré à tous jamais de l’exercice du pouvoir ». Ce pouvoir sera alors livré de mains en mains aux opportunistes, harangueurs et démagogues en tous genres. En 220 ans, une douzaine de régimes successifs n’offriront aux Français que des calamités.

Machiavel, dans Le Prince, disait, lucide, dès 1516 : «  C’est que les hommes changent volontiers de maîtres, pensant rencontrer mieux. Laquelle opinion les fait courir aux armes contre leurs seigneurs. En quoi ils s’abusent car ils connaissent, après, par expérience, qu’ils ont empiré leur condition ». N’est-ce pas là une terrible synthèse du paysage politique français depuis 1789 ? La République par 5 fois, le Directoire, le Consulat, l’Empire par 2 fois, la Restauration, la Monarchie de Juillet se sont succédé. Aucun n’a excédé les 70 ans, là où les Capétiens régnèrent 800 ans. Pis, les transitions violentes sont légions (18 brumaire, 1815, 1830, 1848, 1870,1940, 1958).

Continuellement, les étendards de la Liberté, de l’Egalité, et de la Fraternité seront tachés du sang des Français.

Réaction catholique et acharnement républicain

Face à cette adversité, que firent les catholiques ? Ils ripostèrent.

Tout d’abord, le fier peuple Vendéen connut le martyr, parce que fidèle au roi et à Dieu. Pour illustrer ces propos, l’excellent ouvrage Le Génocide Franco-français de Reynald Sécher suffit. Tout d’abord, citons le Général Brignon, chef de la 1ère colonne infernale, haranguant ses soldats à l’approche du territoire maudit : « Je vous donne l’ordre de livrer aux flammes tout ce qui sera susceptible de brûler et de passer au fil de la baïonnette tout ce que vous rencontrerez d’habitants ». Ensuite, notons : « Amey (un commandant de garnison) fait allumer les fours et lorsqu’ils sont chauffés, il y jette femmes et enfants. (…) Il nous répondit que c’était ainsi que la République faisait cuire son pain ». Nul besoin d’agrémenter ces citations de commentaires.

Par la suite, vinrent Napoléon et son concordat, la restauration royaliste et quelques temps d’accalmie bienvenus. Des ordres entiers furent rebâtis, comme les Dominicains, grâce à l’admirable abbé Lacordaire, d’autres réintroduits, comme les brillants Jésuites. Progressivement, la réponse aux aspirations modernistes, démocratiques, libérales, s’organisa. En 1864, Sa Sainteté le pape Pie IX promulgua l’une des plus brillantes encycliques de son temps : Quanta Cura et Syllabus. Il y récuse les erreurs de son époque, rappelant pour le salut des foules la nécessité qu’avaient « l’Eglise et l’Etat à ne pas être séparés » (Syllabus VI, LV). Il énonça le principe avec Grégoire XVI, que « l’origine de la puissance publique devait se trouver en Dieu, et non pas en la multitude. » (La doctrine Sociale et Politique du Cardinal Pie, Chanoine Etienne Catta). Dans un même temps, le cardinal Pie, évêque de Poitiers de 1849 à 1882, précisera avec force que « le premier exercice du suffrage universel avait conduit à la condamnation de Notre Seigneur Jésus Christ et à la libération de Barabbas » (La doctrine Sociale et Politique du Cardinal Pie, Chanoine Etienne Catta).

Pourtant, rien n’y fit, et la France s’enfonça dans une politique toujours plus hostile à Dieu, anticatholique, anticléricale. Il est certain que si la IIIème République avait mis autant d’entrain à protéger nos frontières d’un ennemi toujours plus pressant qu’elle n’en avait mis à chasser les congrégations religieuse (1880, 1903), il n’eût pas été nécessaire à la Vierge Marie de venir à notre secours sur les bords de la Marne en 1914.

Cependant, nulle surprise ; Henri Brisson, président du Conseil et ministre de l’Intérieur, n’avait-il pas dit en pleine affaire Dreyfus : «  Juifs, protestants et francs-maçons sont l’ossature du régime républicain » (La Conjuration Antichrétienne, Mgr Delassus).

L’Eglise aujourd’hui; En quoi en faire partie rime avec se soucier de l’avenir de notre pays

Maurras n’a été croyant qu’au crépuscule de sa vie. Le journal de l’Action Française a été condamné par Rome en 1926. Pétain, le vainqueur de Verdun, menait une vie de débauche et fréquentait les maisons closes.  Avec le Général de Gaulle au pouvoir, la France a vu son Empire s’effondrer. Aucune des figures civiles de notre temps, ni de la précédente, ne sont de la grandeur d’un Saint Louis, concédons-le. Aussi, et sur le modèle de nos aînés, il se peut qu’une partie de notre jeunesse mêle à l’ardent désir de protéger notre pays, une indifférence voire une incrédulité religieuse.

En effet, un doux poison nommé libéralisme, s’est emparé de nombre d’entre nous. Nous le réfutons en matière politique, économique, mais l’accueillons fort volontiers en matière religieuse. De ce fait, le sacro-saint mot d’ordre des soixante-huitards, celui qu’ils ont de tout temps tentés d’accomplir, défiant la loi s’il le fallait, à savoir « Jouissons sans entraves » s’est répandu dans nos âmes. Il nous cerne. Il nous charme. Il nous corrompt.

De ce fait, il convient de répéter à l’envie que l’on ne peut s’insurger contre la PMA et la GPA, tout en tolérant voire en pratiquant la contraception et l’avortement. En effet, il ne s’agit là que de différents pans d’une même attaque coordonnée contre la famille, cette formidable « école de sainteté » comme le disait si bien saint Jean-Paul II. Nous devons maintenir une cohérence entre nos pensées et nos actes, sous peine de devenir inaudibles.

Dans un autre registre, mais dans la même logique de continuité idéologique, on ne peut être royaliste en oubliant le lien unissant la monarchie et le Saint-Siège. L’alliance entre Le Trône et L’Autel sera, ou le trône ne sera pas. Or un souverain n’est catholique que si son peuple l’est. Un peuple athée n’est source que de querelles, de viles ambitions, de débauches. Un peuple pieux de labeur, de loyauté et de charité. Et ce peuple, c’est nous.

En parallèle, reconnaissons que l’état de l’Eglise est aujourd’hui calamiteux. Depuis 50 ans, les bancs des églises se vident, les séminaires ferment ; l’Eglise perd tous ses combats, signe qu’elle n’est plus écoutée : PMA, avortement et contraception n’étant que de cinglants exemples. Les seuls combats qu’elle ne perd plus le sont parce qu’elle s’est reniée, comme au sujet de la peine de mort. Saint Thomas d’Aquin disait d’ailleurs à ce propos qu’ « il vaut mieux amputer un membre que de mettre en danger l’édifice commun ». Ce discours a totalement été mis de côté.

Par ailleurs, admettons notre accablement face à l’obstination de Notre Très Saint Père le pape François vis-à-vis de causes accessoires de son Magistère (migrants, écologie…) tandis que tant d’âmes sont damnées ad aeternam pour n’avoir pas suffisamment appris à aimer Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cependant, les lueurs d’espoir sont là : le Cardinal Sarah, ou bien Schneider portent nos voix. N’ont-ils pas pesé de tous leurs poids avant l’exhortation apostolique du pape François concernant le célibat des prêtres ?

Plus proche de nous encore, nous voyons se clore le douloureux chapitre de Vatican II : aujourd’hui, un séminariste sur cinq l’est au sein d’une communauté traditionaliste. La messe en latin, qualifiée d’extraordinaire, car plus belle, est célébrée dans toutes les grandes villes de France et de Navarre, tous les dimanches à 11h. La vague moderniste qui a secoué l’Eglise, faisait même dire à saint Paul VI en 1972 que les « fumées de Satan étaient entrées dans le peuple de Dieu », est passée. Partout, le clergé se durcit, se droitise. Il est impérieux de ne pas perdre espoir, face à un monde qui continuera quoi qu’il arrive de nous détester. Rappelons-nous ces douloureuses paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jn, 15, 20).

Le défi est immense. Mais à Dieu, rien n’est impossible.

Remarques générales

Aussi, nous devons être catholiques, et patriotes. Nous devons communier, et manifester contre la PMA. Nous devons nous confesser mensuellement et refuser les compromissions avec les philosophies modernes. Nous le devons car catholicisme identitaire et catholicisme religieux sont dissociables, mais absolument inséparables.

Enfin, nous le devons pour le salut de nos âmes, et pour celui de notre pays.

Article écrit par Auteur Ponctuel

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