Vincent Lambert, c’était  «  Le dernier jour d’un condamné »4 min de lecture

Dans l’attente de la mort, avec la souffrance du condamné, dans l’obscurité de sa cellule, Victor Hugo invite le lecteur à devenir compagnon du détenu durant les dernières heures de sa vie, jusqu’au soir de celle-ci.                                                                                                                             Véritable plaidoirie (écrite en 1829) pour l’abolition de la peine de mort, nous partageons avec le détenu ses angoisses comme son espérance d’obtenir la grâce royale… mais, en vain, nous accompagnons le détenu anonyme à l’échafaud dressé place de l’hôtel de ville. 

Deux cents ans plus tard, à 8h24 jeudi 11 juillet, le glas sonne au CHU de Reims, le dernier condamné vient de mourir. Point de peloton d’exécution, point d’échafaud : une blouse blanche suffit. Après 9 jours d’agonie sans alimentation et hydratation, Vincent Lambert rendit son dernier souffle tel le Christ cloué en croix, qui expira à la neuvième heure. 

Le docteur Sanchez prit cette décision après une dizaine d’années de batailles médicales, juridiques et familiales. Au détriment du Serment d’Hippocrate, le docteur provoqua la mort délibérément de Vincent Lambert et s’exclama : «  c’est un soulagement ».

Le médecin doit chercher l’intérêt du patient, préserver son intégrité, sa dignité, mais le « docteur » préféra ici la mort sans la crainte de croiser le regard de Vincent Lambert disant  « Mon mal augmente à le vouloir guérir ».                                                                                                                            « La pitié est ce qui conserve l’humanité » nous enseignait Rousseau. Point de pitié, point de compassion Vincent mourut de faim et de soif. 

Libre de donner un sens à la situation de Vincent. Libre de ressusciter l’ éthique d’Aristote , non en tant que remède au tragique mais comme effort afin de rendre le tragique moins tragique.                                                                                                         Le docteur Sanchez préféra le tragique plus tragique.
Or, le tragique n’est pas soluble dans l’éthique, oublier la souffrance c’est oublier l’altérité. L’altérité c’est être capable de dire : « c’est parce que je t’aime que tu ne mourras pas », mais c’est  la mort qui donne un sens à la vie, car « la vie terrestre n’est que le noviciat de la vie céleste. »

Le médecin doit « agir à propos », il doit saisir le Kairos d’Aristote, car l’annonce d’un destin est autre chose que l’annonce d’un évènement, ce destin le docteur Sanchez s’en est fait garant sans opposer « la clarté du devoir à l’obscurité du bonheur ». 

Tel le condamné d’Hugo, Vincent Lambert mourut sous la clameur d’un peuple anesthésié s’exclamant  « le voilà soulagé !», sous l’observation de journalistes regardant sa mort comme un spectacle. 

Sacha Guitry dans Les mémoires d’un tricheur , raconte l’histoire de ce jeune garçon privé de diner après avoir volé de l’argent dans le tiroir-caisse familial pour s’acheter des billes. Le dîner venu, le reste de la famille déguste des champignons qui s’avèrent mortels, et toute la famille passa de vie à trépas sauf le jeune homme. Lorsque les premiers décès sont annoncés, tout le village accourt aux fenêtres de la maison non sans une certaine componction. Mais dès le quatrième mort, les annonces deviennent brèves et bientôt laconiques : « Encore un ». Et tous les villageois résignés et fourbus reprirent le courant de la vie devant tant de mort… 

Cette routine endort les consciences. Alors que la mort de Vincent Lambert ne sombre pas dans l’oubli, que sa mort ne soit jamais un fait du démon infernal de la quotidienneté car  « devant la mort nous sommes tous des néophytes » comme le disait Camus. 

Le docteur Antoine Vaillard avait ses mots au sujet de sa profession : « c’est un très beau travail qui nécessite autant de savoir-faire que de savoir-être. Le soignant est interpelé comme professionnel et comme être humain. Il vit et souffre avec le patient ».

Le soignant soulage un malade, aide un handicapé mais n’est jamais son bourreau. Le patient n’est pas un élément de la chambre d’hôpital, ni un numéro à évacuer le plus tôt possible. Le patient est un être capax Dei, capable de Dieu car « personne n’est comme personne ». 

Enlever la singularité du patient, c’est lui enlever sa dignité. 

Le docteur Sanchez, refusant la vérité, fut le bourreau de Vincent Lambert. Saisir la vérité, c’est se conformer à ce qui est. La vérité en tant qu’adéquation de la réalité et de l’intelligence. 

Vincent Lambert se retrouva tel « l’âne de Buridan », à mourir de faim et de soif mais sans la possibilité de faire un choix face au dilemme de ce déterminisme moral. Il mourut sans que l’homme choisisse le plus grand bien pour lui. 

 

Qu’est-ce donc que l’homme ? Vincent Lambert a-t-il une « dignité humaine » ? 

Tout homme a une dignité, cela est une évidence et ne peut être le fruit d’une décision. Nous voyons aujourd’hui une attitude toujours plus acharnée à la défense des droits de l’homme aller de pair avec un oubli toujours plus radical de la question : « qu’est-ce que l’homme ? ». L’affirmation est toujours acharnée parce que la question est toujours plus refoulée. Les droits de l’homme ne sont plus ce sur quoi l’on médite, mais ce à quoi on s’accroche, ce sur quoi on se crispe, sans voir qu’en cette crispation on étrangle l’homme. Notre époque est à la fois celle ou l’on proclame avec le plus d’insistance comment l’homme doit être traité, et celle où l’on ignore le plus absolument ce que l’homme peut bien être. 

Notre époque aurait-elle oublié d’exister ? 

L’aktion T4 étant lancée, d’autres Vincent Lambert subiront-ils la peine capitale ? Cette opération mise en place par Hitler serait-elle le nouveau programme des démocraties modernes ? Le philosophe Robert Spaemann s’interrogeait sur le cas des personnes en fin de vie et des handicapés. Coûteuses, inutiles, encombrantes, la médecine sombre-t-elle dans le totalitarisme déguisé du « soulager » ? Sombre-t-elle dans l’utilitarisme du profit roi ? « La mentalité productiviste suffit à réaliser le totalitarisme parfait » s’exclamait Günther Anders. 

Face à cet « eugénisme en gants blancs » comme le disait le pape François et pour les 1700 autres Vincent Lambert , serons-nous les futurs Antigone, les Thomas Moore, les Sophie  Scholl des temps modernes ? Ou serons-nous un Eichmann, simple maillon de la chaîne, bureaucrate d’un totalitarisme qu’on ignore ?                                                                                                                                  Si « la mort ne vous concerne ni mort ni vif : vif parce que vous êtes, mort parce que vous n’êtes plus » comme le disait Montaigne, engageons-nous pour le combat de la vie, de sa conception à sa mort naturelle, contre la coalition de la mort.   

Que cette « banalité du mal » ne soit pas le fruit de notre passivité. Que ce « déclin du courage » ne soit pas le fruit de notre frilosité. Que jamais nous n’ayons à prononcer les dires du condamné de Victor Hugo : « Moi, misérable qui ai commis un véritable crime ».

                                                                                                                                  Aymeric Beauvais

Article écrit par Auteur Ponctuel

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