Tribune : Où en est la France avec la liberté d’expression ?7 min de lecture

Les récents évènements qui ont marqué l’actualité à savoir la suppression des comptes sur les réseaux sociaux de Donald Trump, la mise en garde à certaines sociétés qui embaucheraient ses anciens collaborateurs, la suppression de profil Instagram ou d’abonnés qui ne vont pas dans le sens de l’idéologie dominante et le boycott de certaines applications (enlevées sur les store d’Amazon, Apple & Google) sur lesquels on peut parler librement posent énormément de questions. La première est ; que reste-t-il de la liberté d’expression ? On pourrait essayer de se rassurer en se disant que cela ne touche que les Etats-Unis, que la France est épargnée mais malheureusement il n’en est rien. Depuis de nombreuses années déjà, certaines « personnalités » qui se positionne contre les mouvements de bien-pensance, ont vu leurs comptes être supprimés pour des motifs douteux. C’est le cas de « génération identitaire », de Thais Descufon, et plus récemment de Papacito pour ne citer qu’eux. Les journaux ne sont pas en reste à l’instar de Valeurs Actuelles avec l’affaire Obono, Charlie Hedbo avec les caricatures etc…

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » tels étaient les mots d’un des plus grands écrivains que la France a porté ; Voltaire.
Depuis toujours, ce qui symbolise ce pays, et ce qui fait sa force, est la liberté d’expression. Néanmoins, cela fait quelques années que cette règle fondamentale qui a façonné notre pays est en train de péricliter au profit d’une soi-disant « bien-pensance » qui se veut ouverte mais qui pour se faire entendre, utilise les armes de l’intolérance.

Pour parler de cette liberté de ton, une phrase a émergé depuis les attentats tristement célèbres qui ont touché le magazine satyrique Charlie Hebo à savoir « Je suis Charlie ».
Qu’est-ce qu’être Charlie ? Etre pour la liberté d’expression sous n’importe quelle forme. Soutenir les caricatures, l’humour noir, la satyre…
Cette formule, tous les Français, ou presque, l’ont adopté au lendemain de la fusillade.

Une étude de l’IFOP, publiée fin 2020, montrait d’ailleurs que 59% des Français étaient Charlie.
En revanche chez les moins de 25 ans, 47% jugent que le journal a eu tort.

De fait, plusieurs questions se posent…
Est-ce que la France était Charlie avant les attentats ? Peut-être.
Est-ce que la France était Charlie le lendemain des attentats ? Non mais il était de bon ton de dire que c’était le cas. Ou du moins, grand nombre de Français essayaient de se convaincre qu’ils l’étaient, parce que l’heure était à l’émotion, à l’unité nationale, au rempart contre la barbarie.
Est-ce que la France est encore Charlie actuellement ? Bien sûr que non.
Pour illustrer, nul besoin d’aller très loin. Tous les jours, une nouvelle polémique arrive, pouvant toucher n’importe qui, même ceux qui étaient les prescripteurs de cette « bien-pensance ».
Les deux derniers exemples en date sont frappants puisque la bêtise de ces polémiques a atteint son paroxysme.

Le premier vient du spectacle de Norman. Voulant être le vaillant lanceur d’alerte sur les stratagèmes des studios Américains souhaitant se donner bonne conscience par le biais de la diversité à tout prix, il a évoqué le fait que le prochain 007 serait une femme noire. Pour dénoncer cela, il a fait une blague dans laquelle il dit que « Fatoumata Bond » c’était quand même moins classe, que James Bond était un personnage que l’on aimait comme cela, et que les quotas ne devaient pas tout justifier. Il ajoute qu’étant donné que la diversité doit être partout, pourquoi ne pas mettre Thierry Lhermitte pour incarner Michael Jordan ? Evidemment, la vidéo a fait un tollé, traitant Norman de raciste, misogyne puis de « misogynoir » (oui l’imagination victimaire de certaines personnes n’a pas de limite quand il s’agit de trouver de nouveaux mots) etc.
Au-delà du fait que les accusations à son encontre sont fausses , on se retrouve encore face à un exemple typique d’insultes et d’appels au boycott avec, pour seule volonté, la suppression de la séquence.
Au lieu de répondre à Norman sur le fond, on préfère interdire la forme. Malheureusement, la censure et l’interdiction sont devenus de plus en plus courantes dans une époque où l’évolution des connaissances anthropologiques voudraient que l’on soit d’autant plus ouverts sur tous les sujets.
Là où le bât blesse encore plus, c’est que Norman, plutôt qu’assumer ses idées et son sketch a fait un vidéo dans laquelle il s’excuse, essayant tant bien que mal de se défendre sur le contenu de son spectacle qui reprends les thèmes du privilège blanc, de la culpabilité blanche, du contrôle au faciès de ses potes « rebeus », de la xénophobie que les médias entretiendraient, bref tous les thèmes chers à cette gauche « bien-pensante ».

Le deuxième exemple vient d’une Instagrammeuse. Elle a récemment fait un post dans lequel elle parle de la précarité menstruelle en voulant aider les femmes dans cette situation. Pour chaque partage de la publication en story, une boîte de protections menstruelles devait être reversée à une association. Le but de la publication était donc très louable et pourtant, ça a provoqué un scandale… L’objet de l’attaque par certaines internautes ? L’emploi du mot « femme » plutôt que le mot « personne qui menstrue ». Cette énorme et impardonnable erreur de la part de l’influenceuse lui a valu d’être taxée de « transphobe » (elle a évidemment fait une vidéo pour s’excuser aussi…)

Ces deux exemples sont différents mais témoignent du degré de perversion idéologique dans laquelle la France est en train de rentrer.
Pour ce qui est de Norman, nous sommes typiquement dans le cas où la liberté d’expression est bafouée dans sa forme la plus simpliste, l’interdiction à un artiste de faire des sketchs au prétexte que cela peut blesser.
Le deuxième est encore plus insidieux. On reproche à la personne ce qu’elle a dit, ce qu’elle n’a pas dit, et on l’insulte parce qu’on en déduit qu’elle serait  transphobe.

Si j’ai choisi ces deux personnes, c’est parce qu’ils sont les parfaites illustrations de cette gauche bien-pensante et sont les premiers à jeter l’opprobre sur des personnes avec qui ils ne partagent pas les mêmes idées.
Pour autant, eux, les grands défenseurs des droits de tous les individus, ont été pris à leur propre jeu.
Les personnes qui véhiculent ces schémas sont tellement ancrés dedans qu’ils sont prêts à se dévorer entre eux.

Ce ne sont malheureusement que des épiphénomènes dans la censure quasi-permanente que l’on voudrait nous imposer.
Comment peut-on encore prétendre être le pays de la liberté d’expression quand un journaliste est viré de chaîne de télévision parce qu’il défend des idées ?
Comment peut-on encore prétendre être le pays de la liberté d’expression quand la moindre blague peut être interdite ?
Comment peut-on encore prétendre être le pays de la liberté d’expression quand un magasin enlève les pubs d’une chaîne télévisé sous prétexte qu’un journaliste est dessus ?

J’aimerais que les gens qui combattent Eric Zemmour, Michel Onfray, Michel Houellebecq, Alain Finkielkraut viennent sur les plateaux de télévisions pour débattre. Et comment passer à côté du débat annulé entre Geoffroy Lejeune et Charles Consigny par Science Po Lille sous la pression de syndicat de gauche…

Par ailleurs, que renvoie la volonté d’interdire ? La peur, tout simplement. La peur du débat. La peur de ne pas être à la hauteur. La peur de devoir admettre que sur certains sujets, ces polémistes ont raison.
Oui cette gauche intolérante aime débattre… Mais entre eux, quand les opinions convergent. Débattre avec quelqu’un de droite dans leur esprit est compliqué. Il faut accepter la contradiction, donner des arguments de fond, autant dire l’enfer.
C’est d’ailleurs criant sur tous les plateaux télévisés. Les plus calmes, les plus respectueux du débat, ce sont ceux qui sont décrits comme intolérants.

En face, les seuls arguments qu’ils parviennent à donner sont les plus caricaturaux ; « facho », « raciste », « islamophobe ». Ces déclarations reviennent systématiquement sur le tapis parce que pendant un moment, il suffisait de prononcer ces mots magiques pour que l’interlocuteur en face cherche à se défendre plutôt que de revenir sur le fond.
Il suffit de regarder les débats de Geoffroy Lejeune, Thais Descufon, Julien Rochedy, Charlotte d’Ornellas, Eric Zemmour etc pour s’en convaincre.

Un des stigmates de la perte du terrain de la liberté d’expression est le débat qui a animé la France au lendemain de la mort de Samuel Paty, assassiné pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. En effet, un des débats qui a émergé est « A-t-il eu raison de montrer ces caricatures ? »
Le fait même de poser cette question est déjà une réponse au titre de cet article. La France est en train de perdre un de ces principes parce qu’elle n’a pas la force d’affronter des communautarismes qui lui fait défaut.

Une des raisons qui fait que la France & les Français en sont là, c’est parce que le mot « tolérance » a été dévoyé. Ce n’est plus la définition suivante ; « Attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi-même ; fait de respecter la liberté d’autrui en matière d’opinions », non. La tolérance aujourd’hui est un grand méli-mélo dans lequel on doit accepter tout ce qui rentre dans le « progressisme » que l’on voudrait nous faire avaler. Si on ne conçoit pas le monde comme eux, alors nous sommes considérés comme intolérants. Mais est-ce qu’eux le sont car ils ne respectent pas certaines opinions ? Bien sûr que non. Eux c’est le camp du bien, des gentils, qui acceptent toutes les personnes telles qu’elles sont, sauf celles qui sont en désaccords avec eux.
Où se situe la vraie tolérance alors ? Quand le simple fait de se poser une question, de réfléchir peut amener à être insulté de raciste, misogyne, xénophobes, transphobes ?

Est-ce vraiment là l’héritage que les écrivains, les essayistes, les philosophes et les penseurs nous ont laissé ? Un héritage dans lequel nous devrions tous avoir les mêmes (mauvaises) idées ? Un héritage qui nous priverait de certains mots de la langue Française ? Ne plus pouvoir utiliser les mots « homme » et « femme » ? Ne plus rire de tout ? Ne plus être pour le débat plutôt que l’interdiction ? Laisser les réseaux sociaux décider de qui à la parole ? Ce qui faisait la beauté de la France est en train de disparaître. Que va-t-il nous rester comme terrain d’humour ? Le beau temps ? C’est une pauvre France qui n’arrive plus à porter son héritage que nous sommes en train de créer. Voltaire doit se retourner dans sa tombe…

R.M

Article écrit par Tribune

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