Question sociale et révolution: Arendt avait-elle raison ? ( 1)3 min de lecture

  Parce qu’on est de droite et que pour nous les femmes ont bien des choses à nous dire, l’Etudiant Libre se penche, le temps de quatre articles, sur la pensée d’une philosophe qui nous est chère: Hannah Arendt. La question sociale, ô combien d’actualité, a été l’un des objets d’étude de cette femme allemande passionnée et passionnante. Après avoir tourné les pages de son oeuvre De la révolution (1963) , le concept de liberté s’éclaircit et trouve un écho dans une actualité contemporaine chaude et balbutiante. A travers sa plume, Arendt nous amène à la réflexion suivante: pour atteindre la liberté, peut-on concilier le politique et le social ? 

  Le terme de «question sociale», qui date du XIXème siècle, englobe les nécessités intrinsèques à la nature humaine. Dans l’oeuvre d’Arendt, la question sociale fait référence à la pauvreté définie comme un état de besoin et de misère aigüe. Volontairement, l’allemande décide de séparer le domaine public (le politique) de la sphère privée (le social et l’économie). Selon elle, le politique et le social sont deux entités distinctes étant donné qu’elles n’ont pas les mêmes fins: tandis que la première a pour finalité la liberté des individus dans la cité, le seconde aurait pour but la résolution des inégalités (misère, pauvreté etc). Cette distinction laisse à croire que le politique ne peut tenir le social et, inversement, que le social ne peut se saisir du politique. 

Pour Arendt: le politique et le social ensemble n’est qu’un consensus liberticide 

Pour Hannah, l’incompatibilité entre politique et social vient de l’incompatibilité même entre la nécessité et la liberté. Que d’apories ! Les individus, victimes des temps instables, sont confrontés à une dialectique de taille: choisir entre la nécessité ( sortir de la misère) et la liberté. Arendt martèle l’idée suivante: le social, donc la nécessité, ne doit pas envahir le politique qui est lui-même un producteur de la Liberté. En guise d’exemple, elle nous rappelle l’une des conséquences de la Révolution française: « Le résultat fut que la nécessité envahit le camp politique, le seul domaine où les hommes peuvent être réellement libres».

Dès lors, Arendt établit une frontière entre la finalité du politique ( la liberté à travers les débats, les institutions stables etc.) et la finalité du social (en finir avec la misère, les inégalités, la souffrance). La faille de la question sociale est bien de détourner les individus vers la résolution de la misère (qui serait individuelle) au détriment de la Liberté qui servirait le bien commun. 

La philosophie marxiste contrecarre la philosophe d’Arendt en se basant sur un consensus politico-social. Marx transforme la question sociale en force politique en affirmant que la classe ouvrière est exploitée par la classe dirigeante. Ainsi, sans la question sociale, le politique serait une coquille vide incapable de résoudre les maux et les blessures d’une société et de développer la Liberté de l’homme. Arendt trouve un écueil au raisonnement marxiste. Alors que celui-ci se sert de la question sociale pour dénoncer l’aliénation de l’homme et donc son assujettissement, Arendt critique la pression qu’exerce la question sociale sur la sphère publique. On observe donc la vision dématérialisée d’Arendt sur la sphère publique.

Une séparation des deux sphères qui ne va pas de soi 

Sans tomber dans un marxisme manichéen dans lequel une classe sociale serait bonne et l’autre serait vouée aux gémonies, l’on peut supposer que la séparation entre le politique et le social ne va pas de soi. L’histoire nous le montre bien, notamment la réforme de Clisthène en 507 av. J.-C. Par sa promulgation, la liberté du peuple devient indépendante de la liberté économique et se révèle par l’existence et l’encadrement des métèques et des esclaves. Avec cette réforme, tant politique que sociale, Clisthène permet le respect de l’individu par son accomplissement personnel au sein de la communauté et réciproquement. Ainsi, la liberté et le politiques sont fondés essentiellement sur la référence avec le social. 

Aujourd’hui, la sociologie électorale montre bien l’interdépendance entre le politique et le social. Chaque classe sociale est influencée par le politique et inversement. Encore aujourd’hui, sphère privée et sphère publique s’entremêlent afin de déroger aux inégalités, à la misère. Un dialogue de sourd entre le politique et le social serait néfaste étant donné que les deux entités ont pour finalité commune le bien commun. Or, celui-ci se manifeste lorsque la sphère privée, autrement dit le social, permet à l’homme de vivre sa pleine existence et de développer ses capacités intrinsèques à son essence. Pour appuyer cette argumentation, l’on peut rajouter un ultime protagoniste à notre article, et un de renom: Victor Hugo. Dans son Discours sur la misère (1849), l’homme de lettres condamne la pauvreté et exhorte les autorités à endiguer ce fléau. De fait, Hugo, avec toute la poigne que l’on peut imaginer, fait de la question sociale une question politique. La fin de son discours laisse place à un tonnerre d’applaudissements, un tonnerre d’applaudissement dans un lieu ô combien institutionnel, le Palais Bourbon! Cet évènement témoigne d’une frontière fragile entre le social et le politique. Car, à un moment où l’autre, l’une des entités appellera l’autre pour l’épauler.

En plus de distinguer le social du politique, Hannah Arendt fait de la question sociale un leurre, un alibi des révolutions, desservant finalement la finalité du combat politique. La suite au prochain article … 

Article écrit par Adélaïde Barba

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