Porté par « des profondeurs de nos coeurs »4 min de lecture

   Il ne trône certainement pas dans toutes les librairies, mais il faut tout de même le lire. Des profondeurs de nos coeurs, co-écrit par le pape émérite Benoit XVI et par le Cardinal Robert Sarah, est  un ouvrage indispensable pour déceler les enjeux spirituels et culturels qui se cachent derrière la question, on ne peut plus d’actualité, du célibat des prêtres. Nous avons lu ce plaidoyer qui, limpide et touchant, répond aux bradeurs et détracteurs du ministère sacerdotal. 

  De cette lecture, on retient l’importance fondamentale de la doctrine de l’Eglise. C’est sur celle-ci que s’appuie l’argumentaire des deux clercs. L’actualité qui secoue l’Ecclesia est un cri d’alarme qui, point positif, pousse les chrétiens à se retourner vers les dogmes et les canons institués par l’Eglise au fil des siècles. C’est à travers leurs connaissances approfondies que l’on pourra répondre justement et en vérité à la question du célibat des prêtres. Pour trancher sur le futur de l’Eglise, il faut revenir sur le passé de celle-ci. 

  Benoit XVI rappelle, à travers la genèse du sacerdoce, que la question du mariage et de la prêtrise est millénaire. Dès le judaïsme, les prêtres mariés étaient tenus à l’abstinence lors des périodes où ils exerçaient le culte. Avant le IVe siècle, le mariage était autorisé pour les prêtres chrétiens mais ces derniers ne pouvaient pas vivre pleinement le don conjugal en étant tenus à la continence avec leur épouse. C’est finalement à la fin de cette période que les ecclésiastiques statuèrent sur la nécessité du célibat. Quant à l’Eglise d’Orient, elle accepte depuis 691 le mariage des prêtres. Comme à l’époque de l’antiquité tardive, les rapports sexuels sont limités à certaines périodes. Ce « droit » permettant aux clercs orientaux d’être à la fois époux du Christ et époux d’une femme n’est en rien enviable puisque les divorces et les crises conjugales foisonnent. 

 Cette genèse est fondamentale et rend la question du célibat moins contemporaine. Comme le rappellent les deux auteurs, trancher sur le célibat ou le mariage c’est admettre une réelle et profonde crise doctrinale et sacerdotale relevant  d’« un défaut méthodologique dans la réception de l’Ecriture comme Parole de Dieu ». Mais dans un monde où les voix de Dieu sont bel et bien impénétrables et inaudibles, comment défendre le ministère du sacerdoce ? 

  A cela, Benoit XVI donne une réponse claire: la nécessité pour le chrétien de transmettre la doctrine de l’Eglise. Le cardinal Sarah poursuit et assimile ce devoir à la première des charités. Face à la tiédeur de nos sociétés contemporaines, les dogmes de l’Eglise,  qui défendent le sacerdoce, doivent être connus et transmis par tous et en tous. La finalité étant de ne pas laisser les « projets des apprentis sorciers » détruire l’Ecclesia Catholica.

L’impossibilité de se donner totalement à deux êtres 

  La principale objection émise par ces deux clercs est bien l’impossibilité de vivre pleinement le mariage ou le sacerdoce pour le prêtre marié. Comme dit précédemment, si l’Eglise au IVème siècle a interdit le mariage des prêtres,  c’est bien parce que ces derniers ne pouvaient pas se donner entièrement à leur épouse, continence oblige. Par là, l’Eglise défend l’institution du mariage et l’institution sacerdotale. Les deux, matrices de l’Eglise, ne peuvent être vécues pleinement qu’en étant indépendantes l’une de l’autre.  Interdire aux prêtres mariés la sexualité inhérente au mariage revient à désacraliser l’union des corps pourtant si chère à l’Eglise. Le célibat témoigne d’un don total à l’Eglise rendant impossible d’être époux à la fois du Christ et à la fois d’une femme. Par analogie, le mari et le femme se jurent fidélité et ne font plus qu’un. Pourquoi exempter le prêtre du devoir de fidélité envers Dieu ? 

   Dans une société où le sacrifice serait le privilège exclusif des héros, Benoit XVI et le cardinal Sarah, et cela fait du bien, croient en la beauté du sacerdoce. Celle-ci serait vaine sans le célibat. N’y a t-il rien de plus beau qu’un homme se donnant corps et âme au Christ et fait le choix, pourtant si difficile, de ne pas fonder une famille? Ce sacrifice extrême, fruit d’une longue réflexion, est sans nul doute le plus bel acte du séminariste cheminant vers la prêtrise. D’ailleurs, n’est-ce pas ce don total permis par le célibat que nous admirons chez les prêtres ? « C’est la radicalité de la vie des missionnaires qui m’a attiré » écrit le cardinal.

  Confronté à une crise des vocations sans précédent, l’on serait tenté de défendre le mariage des prêtres.  Pourtant, voulons-nous brader le sacerdoce ? Si nous n’avons plus de médecins en France, voudrions-nous diplômer les derniers du concours, quitte à mettre en danger les patients, sous prétexte d’avoir plus de médecins ? Il en est de même pour la prêtrise. Brader celle-ci revient à brader l’appel de Dieu, premier signe du sacerdoce. Le cardinal exhortent les fidèles à prier pour les vocations et non à faciliter et à désacraliser celles-ci. 

Le sacerdoce, clé d’évangélisation 

  La beauté et la portée du sacerdoce sont des moyens certains d’évangélisation. Marier les prêtres revient à désacraliser le don du prêtre. Quel découragement pour les séminaristes s’apprêtant à s’offrir pleinement à l’Eglise ! 

   Le témoignage du cardinal Sarah est en cela très fort. Le prêtre, dès son ordination, devient l’époux du Christ et le père des fidèles. Rendons-nous compte que nous sommes les enfants du Christ mais aussi de nos prêtres ? Le mariage des prêtres, inéluctablement, détruira ce lien unique entre les fidèles et les ecclésiastiques. 

  Cette fracture, de facto, rendra l’évangélisation plus difficile. Le cardinal Sarah revient sur la diffusion de l’Evangile dans sa terre natale ( nord de la Guinée). Sa famille s’est convertie au christianisme par la rencontre d’hommes époux du Christ. Comme dit précédemment, c’est cette radicalité, ce sacrifice et ce don de soi qui poussèrent les guinéens à la conversion. « L’ordination d’hommes mariés priverait les jeunes Eglises, en cours d’évangélisation, de cette expérience de la présence du Christ livré et donné en la personne du prêtre célibataire » écrit-il. 

   De cet ouvrage accessible et percutant, nous retenons le danger principal de notre temps: la cléricalisation du laïcat et l’affaiblissement du zèle sacerdotal et missionnaire qui, tout deux, démystifient le ministère de l’Eglise. Ne bradons pas le sacerdoce puisqu’étant difficile, il ne peut pas être vécu par tous les hommes. Dans un monde où les sociétés se défont des lois, il devient nécessaire de réaffirmer la valeur des dogmes, colonnes vertébrales de l’Eglise, et de croire en la beauté du célibat des prêtres. Surtout, tâchons de voir l’Ecclesia comme une institution spirituelle et non comme une institution humaine où les maux ne pourront être dissous que par des lois fonctionnelles. Il y a le monde d’Ici-bas mais l’Au-delà triomphera, que les contestataires le comprennent. 

Article écrit par Adélaïde Barba

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