PMA : l’erreur de Marchons Enfants3 min de lecture

Dimanche, flottait à Paris comme un air de 2013. Un de ses moments où l’honorable quidam, noyé dans une foule immense, a le sentiment qu’enfin, il peut se passer quelque chose. De la place Edmond Rostand (Cyrano aurait-il apprécié la démarche ?) à la Tour Montparnasse, plus d’un demi-million de manifestants sont venus prouver au monde qu’en France, on sait encore ce que veulent dire dévouement et courage. Le dévouement, il faut l’avoir chevillé au corps, pour parcourir des centaines de kilomètres dans des bus ou des trains bondés, dans le seul but de protéger des enfants qui ne sont pas encore venus au monde. Quant au courage, il en faut aussi, pour passer outre les risques inhérents aux manifestations, et braver les anathèmes du camp du Bien. Pour braver, surtout, cette terrible épée de Damoclès suspendue au dessus de tous les manifestants : l’homophobie.

C’est un outil terriblement efficace que cette homophobie. Brandi à la moindre occasion, létal au dernier degré, il a permis aux thuriféraires du progressisme de dénigrer, décrédibiliser et désarmer toute contestation dès la naissance. Pourrons en témoigner tous ceux qui, Agnès Thill en tête, ont essayé de s’opposer au projet de loi. La manifestation d’hier a été, c’est vrai, un réel succès numérique. Mais qu’elle réunisse «quelques centaines d’opposants » (comptage BFM TV) ou des millions, le résultat sera le même. Toute opposition à la «PMA pour toutes» n’a aucune chance d’aboutir à un quelconque succès législatif, précisément parce qu’elle ne s’intéresse qu’à la PMA pour les couples lesbiens. Dans un tel contexte, on aura beau déployer les arguments les plus rationnels, et les plus bienveillants, rien n’y fera. Pas de liberté pour les ennemis des LGBT, qui ont la fâcheuse tendance de (faire) condamner tout ce qui ose aller dans un autre sens que le leur.

Ce recours à l’homophobie, pourtant, est tout à la fois la force et la faiblesse des partisans de la PMA. Faiblesse, car il constitue 99% de leur arsenal argumentaire. Et il existe un moyen très simple de passer complètement outre les problématiques LGBT : s’opposer, non pas à la seule PMA sans père, mais à la PMA en général, qu’elle concerne des couples hétérosexuels ou homosexuels. Cet axe de combat possède un double avantage :

  • D’abord, celui de la cohérence idéologique. S’opposer à la PMA sans père, mais pas à la PMa pour couples hétérosexuels stériles, sous prétexte qu’il s’agit alors d’un simple palliatif à une incapacité médicale de procréer, ne tient pas la route. Pas plus d’ailleurs, que le seul argument du modèle familial, qui parle certes à beaucoup d’entre nous, mais qui ne veut de fait plus rien dire pour le reste du monde. En revanche, être opposé à la procréation médicale assistée, sans prendre en compte du profil des demandeurs, c’est revenir à l’essentiel, c’est à dire l’intervention de la technique dans le processus de la Vie.

  • Une fois parvenu sur le terrain de la technique, on est immédiatement débarrassé du pénible argument libertaire, si difficile à combattre, et plus encore à annuler. Le débat peut désormais s’engager entre véritables spécialistes, et éviter le piège des revendications individualistes, et de l’unanimité – factice – qui règne autour du sujet. On peut alors aborder de front les véritables points d’achoppement : le transhumanisme, la sélection des embryons, l’eugénisme larvé, et la gestation pour autrui, prolongement quasi immédiat de la PMA – ces derniers jours l’ont largement démontré. Autant de sujets sur lesquels nos adversaires, pour peu qu’on prenne la peine de se former, se retrouveront en difficulté.

Cohérent, entier, conscient des enjeux majeurs dissimulés derrière la façade bienfaitrice du projet de loi «PMA pour toutes», l’opposant à la procréation médicalement assistée est débarrassé de cette épée de Damoclès, si prompte à briser dans l’œuf toute forme de résistance à sa toute puissante volonté. Les organisateurs de Marchons Enfants, la Manif pour Tous en tête, n’arriveront à rien en se concentrant sur la PMa sans père, simple émanation d’un plus vaste projet transhumaniste. C’est s’attaquer à la branche, en oubliant les racines. C’est tomber dans le piège de la dialectique LGBT, et ouvrir le flanc aux lames les plus aiguisées de nos adversaires.

Le 1er décembre, comme le 6 octobre, nous serons à Paris. Nous manifesterons contre la procréation médicalement assistée, et toutes ses conséquences, notamment – mais pas uniquement – la PMA sans père.

Etienne de Solages

Article écrit par Étienne de Solages

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