Ni nostalgiques, ni postmodernes !2 min de lecture

Certains croient déceler « l’émergence d’un conservatisme postmoderne », critique de l’universalisme des lumières et du Progrès. C’est là en effet incontestablement un terrain d’entente majeur, un scepticisme partagé vis-à-vis de la modernité. Ce serait oublier que le terrain d’entente entre les conservateurs et les postmodernes n’est que négatif.

On nous répondra sans doute que les conservateurs, particulièrement dans la jeune génération, reprennent bien des codes de leur époque postmoderne. Ce serait oublier que le conservatisme est nécessairement de son époque, ou il n’est pas. Son partisan s’inscrit dans le mouvement constant d’adapter et de réadapter les vérités éternelles à son temps, dans des tentatives sans cesse imparfaites de marier l’infini au fini, l’abstrait au concret.

Prenons un exemple pour éclaircir cette distinction. Un conservateur et un postmoderne en 2019 tombent sur la Bible. Quelles seront leurs attitudes respectives devant ce vieux livre ?

Le premier part du principe que ce qu’il lui y paraît moralement douteux ou incompréhensible est probablement dû à ses failles intellectuelles et culturelles propres. Le second profite de ses mêmes lacunes et carences pour condamner ces textes comme insuffisants, désuets, et immoraux. Si le conservateur ne pense pas que les choses sont vraies car elles sont vieilles, il sait que si elles vivent depuis longtemps il y a là quelque de vrai à redécouvrir.
Ce que l’un ne comprend pas, il l’analyse. Ce que l’autre ne comprend pas, il le jette. L’un creuse avec le souci de ne pas casser ce qu’il déterre, avec l’humilité de savoir qu’il ne fait que redécouvrir, sans jamais créer ex nihilo. L’autre creuse au marteau piqueur, ne connaissant pas la valeur de ce qu’il croit détruire pour toujours. L’un creuse pour reconstruire, l’autre pour détruire. Comme dit l’adage, là où le premier croit qu’il sait, l’autre sait qu’il croit.

Après s’être occupé de briser un mariage contre nature, œuvrons désormais à unir deux entités faussement incompatibles entre elles : la figure du nostalgique et du progressiste.

Nostalgiques et partisans de l’idéologie du progrès partagent en réalité, comme nous l’avait démontré une fois encore Christopher Lasch dans une œuvre relativement méconnue, la même conception du passé. Dans les deux visions, le ‘progrès’ complexifierait l’existence inexorablement à travers le marché qui taylorise toujours plus les tâches, ce qui explique l’idéalisation d’un passé simple, aux certitudes enfantines et rassurantes. Les deux acceptent donc – implicitement ou explicitement – l’idée d’un sens de l’histoire. Comme disait Lasch, la nostalgie et le Progrès n’invoquent le passé que pour mieux l’enterrer vivant.

Car vivant il l’est, et c’est là ce qui distingue – ce qui doit distinguer – le conservateur du nostalgique. Le passé n’est pas un objectif (encore moins un projet) en tant que tel, mais bien une source. En s’y abreuvant, en s’y ressourçant, on s’instruit sur la bêtise humaine et on peut jurer – parfois fort tard – que l’on ne nous y reprendra plus. En considérant le passé comme mort, on tarit la source, se privant ainsi de s’apercevoir dans son reflet.

Comment réadapter une des vérités éternelles (visible dans l’histoire comme le nez au milieu de la figure) qu’est le fait que l’homme est un être de relations à son village ou sa famille aujourd’hui ? Comment consolider ses relations ? Voilà les questions que le conservateur se pose, et les réponses le pousseront nécessairement à agir pour marier le particulier et l’universel, le temporel et l’éternel.

Par la simple loi de l’entropie, l’inaction rend la conservation impossible. Là où le passé résigne le nostalgique à souhaiter, il pousse au contraire le conservateur à savoir dans quelle direction aller de l’avant. Pour paraphraser Jaroslav Pelikan, le conservatisme est la foi vivante des morts, et la nostalgie la foi morte des vivants.

Pierre Valentin.

Article écrit par Pierre Valentin

L'article vous a plu? Partagez-le! L'Étudiant Libre vit de vos partages.

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur telegram
Telegram
Partager sur reddit
Reddit

Dans la même catégorie:

Du même auteur:

Rejoignez-nous!

Restez informés de notre actualité.

Lassé des newsletter? Optez pour nos notifications!

Partager sur twitter
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Twitter?

Partager sur facebook
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Facebook?

L'Étudiant Libre

Bienvenue sur L'Étudiant libre cher lecteur, c'est votre première visite ici? Lisez notre présentation!

Pourquoi?

Pour partager aux jeunes Français un message incitant à l’engagement et au Bien Commun.

Par qui?

Par des étudiants. Tout le monde peut travailler avec l’Étudiant Libre, il suffit de nous contacter. Vous voulez distribuer ? Vous voulez rédiger des articles ? Écrivez-nous.

Pour qui?

Pour la jeunesse qui ne demande qu’une étincelle pour s’embraser, s’exprimer et s’assumer.

Abonnez-vous

Retrouvez au creux de votre main l’information indépendante! Abonnez-vous pour seulement 3 euros par mois et accédez à toutes nos publications.