Loi Avia : dialogue de sourds à l’Assemblée nationale3 min de lecture

Afin de vous éviter plusieurs heures d’écoute, de torture intellectuelle et surtout d’ennui, voici un bref résumé, un brin orienté vous m’excuserez, de la séance de ce mercredi 13 mai à l’Assemblée Nationale, qui a abouti au vote de la fameuse loi Avia, visant à accélérer la censure sur Internet de certains propos jugés « haineux », label aussi flou qu’inquiétant. 

C’était donc le grand jour de Laetitia Avia. L’accomplissement de deux ans de dur labeur dont elle comptait bien se féliciter, sinon aux yeux des Français, du moins à ceux de ses collaborateurs de LREM et du MODEM.

Car cette séance n’avait à vrai dire d’autre but que la sacralisation de ce projet de loi auquel tout nouvel amendement n’avait guère de chance — même aucune, disons-le — d’aboutir.

Mais au-delà de la forme de ce pseudo débat où l’arrogance était de mise de la part des membres de La République en marche, c’est surtout le fond qui fut le plus déconcertant, voire inquiétant. Passons la première demi-heure ponctuée de ces séquences d’autosatisfaction dont on a désormais l’habitude dans les rangs de la majorité, et venons-en au fait. C’est donc M. Corbière qui, dans son style caractéristique un peu rentre-dedans, lance les hostilités d’un faux débat qui n’en est qu’à ses débuts, dénonçant d’emblée un projet de loi liberticide et, qui plus est, soumis au vote dans une période si troublée.

Puis toutes les forces d’opposition, avec les nuances de ton et les mots qui leurs sont propres, se succèdent à la tribune pour pointer du doigt l’insuffisante définition de ce qu’est un contenu « haineux », et les très faibles délais laissés aux plateformes pour supprimer ces contenus (une heure pour les contenus explicites d’apologie du terrorisme ou d’incitations à la violence, entre autres).

C’est d’ailleurs sur ce dernier point que les défenseurs du projet s’enferment tout au long des débats. En reprenant une dialectique et un ton qui ne sont pas sans rappeler ceux du Président de la République, ces défenseurs — et non censeurs, se défendent-ils — s’indignent tour à tour que l’on ose s’opposer à un projet qui défend les victimes de racisme, de xénophobie, etc… Le raisonnement est simple, la rhétorique implacable : le texte s’attaque aux contenus haineux, la haine est à combattre, quiconque ose contredire le texte voit donc ses propos et ses arguments immédiatement passés sous silence.

Néanmoins ce raccourci (idéo)logique cache, volontairement ou non — c’est d’ailleurs toute l’interrogation de Mme Frédérique Dumas —, une censure toujours plus aisée des contenus qui viendraient à être signalés comme haineux, à tort ou à raison. Le pouvoir du juge se trouve ainsi placé en aval des décisions, ce que ne manque pas de souligner malgré elle Mme le Garde des Sceaux lorsqu’elle indique « réintrodui[re] du juge » (sic) dans le projet, comme si elle s’efforçait de distiller un peu de justice dans un système qui en manque manifestement. Le juge n’est plus là que pour confirmer une décision de censure, si doute il y avait. Étonnants propos et étonnante conception de la justice de la part d’un Garde des Sceaux… Je vous laisse en juger.

Quoi qu’il en soit, le résultat de cela est qu’en voulant condamner des contenus que tous seront d’accord pour qualifier d’« inacceptables » (bien qu’en ce moment le terme soit suspect, il s’agit bien ici de contenus homophobes, racistes, antisémites, faisant l’apologie du terrorisme, ou relevant de toute autre atteinte à la dignité de la personne humaine), le projet de loi s’applique à renforcer la condamnation de tout contenu qui ose sortir des sentiers battus du politiquement correct.

Si Facebook avait déjà pris des libertés dans le domaine en supprimant de nombreux comptes jugés trop radicaux du point de vue de ses dirigeants, le Parlement français l’incite désormais à accélérer la manœuvre par cette loi qui renverse le bénéfice du doute au profit des plateformes numériques. Ces dernières, devant l’ampleur des sanctions prévues, n’auront plus à se poser de questions au moment de supprimer tweets et autres prises de parole hétérodoxes. 1,5 million d’euros, c’est donc le prix de la liberté d’expression selon Laetitia Avia, le modeste montant à partir duquel une plateforme est prête à sacrifier la liberté d’expression en supprimant préventivement des contenus plutôt que de payer une telle amende. À ce prix là, on se dit que Facebook est complice du projet, Facebook dont le patron possède quand même la bagatelle de 69,2 milliards de dollars et peut ainsi enfreindre la loi plus de 45000 fois, autant dire que le choix de censurer ou non lui appartient pleinement.

C’est même ce que laisse entendre M. Dupont-Aignan lorsqu’il parle d’un compromis entre monopole économique et ménage politique, d’une « alliance du fric et de l’interdiction de penser » (sic). À méditer…

Finalement, au bout de ce dialogue de sourds de 2h40, épuisant tant pour ses acteurs que pour les téléspectateurs, le vote fatidique donne sans surprise un avis favorable au texte de loi. Un pas de plus dans la construction de ce nouveau monde où « la liberté [d’expression en l’occurrence], c’est l’esclavage ». Et comme nous sommes dans 1984, n’oublions pas que « parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ». Ainsi, pour conclure et pour reprendre l’expression consacrée, d’ailleurs utilisée par Mme Ménard cet après-midi, « Mesdames et Messieurs les censeurs, bonsoir ! ».

 

Maximilien C.

Article écrit par Auteur Ponctuel

L'article vous a plu ? Partagez-le ! L'Étudiant Libre vit de vos partages.

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur telegram
Telegram
Partager sur reddit
Reddit

Dans la même catégorie:

Du même auteur:

Rejoignez-nous!

Restez informés de notre actualité.

Lassé des newsletter? Optez pour nos notifications!

Partager sur twitter
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Twitter?

Partager sur facebook
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Facebook?

Entrez votre mail

et recevez le dernier numéro de l’Etudiant Libre par email !

L'Étudiant Libre

Bienvenue sur L'Étudiant libre cher lecteur, c'est votre première visite ici? Lisez notre présentation!

Pourquoi?

Pour partager aux jeunes Français un message incitant à l’engagement et au Bien Commun.

Par qui?

Par des étudiants. Tout le monde peut travailler avec l’Étudiant Libre, il suffit de nous contacter. Vous voulez distribuer ? Vous voulez rédiger des articles ? Écrivez-nous.

Pour qui?

Pour la jeunesse qui ne demande qu’une étincelle pour s’embraser, s’exprimer et s’assumer.

Abonnez-vous

Retrouvez au creux de votre main l’information indépendante! Abonnez-vous pour seulement 3 euros par mois et accédez à toutes nos publications.