Lettre aux fauves : Ne voilez pas le Médiéval3 min de lecture

Lettre aux fauves

 

Ami, toi qui cherches grandeur et transcendance comme on a pu chercher l’Inde, ces lignes te sont adressées. 

Léon Bloy divisait les triomphants en deux espèces : les belluaires – qui conduisent les fauves rugissants de passions – et les porchers qui mènent les foules à la mare fangeuse.

Puisque tu lis ces lignes, ton âme penche vers les belluaires, car tu détestes les crânes crétins qui engloutissent les sottises lancés par les porchers. Toi fauve, seul un Grand peut comprendre le feu de ton idéal. 

Sois fier d’appartenir à une jeunesse prometteuse car elle rêve déjà le Grand. Notre temps vide t’amène à puiser ce qu’il y a d’immense dans la Mémoire et tu découvres de mieux en mieux la Grèce d’Athènes, la Macédoine d’Alexandre, la Rome de César ou Cicéron. Il n’y aura jamais de mausolée assez large pour reposer leur grandeur. Mais gare à l’idéal à rebours. J’en vois qui aiment la Grèce parce qu’ils y trouvent le Beau, l’Empire parce qu’Auguste a dompté son monde, et maintenant, ils sacrifient à Jupiter. Il est bon de creuser dans nos racines les plus profondes, mais ne ramasse pas les branches justement émondées par nos pères. Je veux parler du paganisme, c’est un leurre qui mène nulle part. L’amour esthétique d’un âge ou l’admiration d’antiques belluaires ne doit pas te pousser à voiler une partie ton héritage. 

Le piège des porchers est comme un crocodile : il attend, te fait croire que l’eau est claire pour mieux noyer ton âme. Ils nourrissent ensuite les foules de ta dépouille et baignent dans ton sang. Les porchers maudits à jamais par leur médiocrité voilent dans la Mémoire ce qu’ils sont incapables de donner aux intelligences. Ne tombe pas dans leur piège carnassier : ils veulent te faire oublier les Temps où l’Homme était transfiguré. Car la progression de l’Antiquité par la transcendance de l’Homme a fait naître mille ans de Médiéval. 

Jeunesse, regarde haut, prend le courage d’arracher le voile sombre volontairement trompeur qui cache ce Grand Âge. Le Médiéval est l’Antiquité évoluée par la spiritualité, l’inclusion sociale harmonieuse, d’immenses avancées : livre, Université, encyclopédie, techniques agricoles et artisanales. La lumière du christianisme a éclairé la philosophie, a dressé la théologie, la scolastique comme un grand phare dans les ténèbres humaines ; et permet au commun des mortels de délivrer son esprit du matériel pour l’arrimer au Ciel. 

Ce Temps n’a rien à envier à l’esthétique antique. Cathédrales, orfèvrerie, enluminures, vitraux montrent la grande maîtrise de la technique et une abondante créativité des artistes. 

L’esthétique médiévale est plus complexe et plus complète, mais d’une approche bien différente puisque le Beau est prioritairement tourné vers Dieu. L’artiste médiéval nous montre que le Beau n’a pas besoin de grandes clameurs ni de réussite temporelle, il invite au silence de la contemplation. Ernest Hello illustre cette conception par une phrase magnifique : « L’Art qui songe aux applaudissements abdique ; il pose sa couronne sur le front de la foule ». 

Toi qui cherches les belluaires, dans ce Haut Âge, tu trouveras les héros plus inspirants, plus grandis par une transcendance supérieure. Saint-Louis, Charlemagne, les grands saints, Hildegarde de Bingen, Isabelle de Castille et tant d’autres. Les grands romains ne servent que l’ambition qu’ils ont pour Rome tandis que les grands médiévaux servent Dieu et la Gloire. 

Le temps Médiéval mena l’Homme à des sommets de valeur jusque lors inégalés. C’est l’idéal de chevalerie, du gage de l’honneur, de l’amour courtois. Les Hommes restent les Hommes et les vices pareils qu’à Carthage mais la société médiévale inspira les fauves mieux que tous. La dimension spirituelle du Beau et de la Gloire les avait transcendés. 

Alors que le « Progrès » sonne le clairon funèbre de l’Excuse, ces Hommes avaient deux trompettes accordées au même tuyau : l’une pour le haro, l’autre pour l’Hosanna. Notre modernité doit hériter et améliorer ces trompettes médiévales pour faire vibrer la terre. 

Détruis le piège des porchers dont le seul désir est de voiler mille ans de fatidique grandeur. 

Ami, acceptant ton héritage entier, tu renforces ton âme et grandis ton idéal. Notre génération ne pourra accomplir de grandes choses seulement si elle a ce souci de la transcendance de l’Homme, et rejette la glandée des porchers. J’ai la Foi qu’un jour, une portée de fauves vagabonds balayera la fange pour laisser place à la Beauté et aux belluaires pour toujours. En seras-tu ? 

Article écrit par Guy-Alexandre Le Roux

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