Lendemains de Thanksgiving : nous sommes les dindons de cette belle farce 3 min de lecture

A nouvelle société, nouvelle religion ! Le premier dimanche de l’Avent sera certainement passé inaperçu pour beaucoup. Mais la folle semaine du « Vendredi noir » aura battu son plein ! Ainsi la vague atlantiste porte sur ses flots un nouveau Mayflower. Dans ses cales un culte, celui du Résultat, d’autres mœurs aussi, celles de la consommation, d’autres fêtes également, Halloween, le Black Friday… Ainsi l’euphorie du traditionnel marché de Noël a troqué ses cabanes contre un commerce hightech incisif. 

Nous sommes submergés par « le droit de tous sur tout », Hobbes l’avait annoncé, il aboutit à une guerre de tous contre tous. La course est lancée, et cette fuite en avant semble irrémédiable. L’autolimitation n’a plus aucune existence concrète, l’homme moderne voudrait faire de son existence ici-bas une jouissance sans entrave. C’était déjà l’ambition de Marx. Mais aujourd’hui le droit libéral, par son positivisme et sa « neutralité axiologique ne peut s’adosser à aucun principe philosophique d’autolimitation » (Jean-Claude Michéa). Nous sommes donc invités à vivre sans limite, sans contrainte aucune, du moment que notre liberté propre ne vient pas enrailler celle d’autrui. Chacun est l’heureux détenteur de son corps, de ses choix propres, de ses désirs. La noble quête du beau et du vrai disparaît sous l’épaisseur du relativisme. Retour à l’obscurantisme. Mère pauvreté n’est plus, longue vie à Mère Consommation ! Infantilisés jusqu’à notre volonté, notre désir n’admet plus aucune borne. Nous sommes entrés dans un cercle vicieux du désir, désir du tout avoir, du tout posséder. 

De la société de l’être, nous sommes passés à celle de l’avoir, captés que nous sommes par la liquidité d’une société de l’image qui nous happe, une « société liquide » ou « société du spectacle » selon l’expression de Guy Debord. Le plus terrible est bien de constater combien l’homme en vient à s’effacer devant la perception qu’il se fait de lui-même. Son œil ne saisit plus qu’une certaine réalité, déformée, selon le prisme des écrans, des réseaux sociaux, car nous vivons dans un monde saturé par l’information et son image. La société est devenue « spectacle ». La toile du web fait écran à la réalité du monde. 

Devenu produit de la consommation de masse, car l’objet des data, des algorithmes qui calculent le champ de nos appétences, le virtuel a pris le pas sur l’humanité. 

Et Benjamin Barber (Comment le capitalisme nous infantilise) va plus loin encore, la société de consommation est une réalisation prophétique des prévisions d’Orwell ; l’œil du système est entré à l’intérieur des familles occidentales. En effet les enfants rois réclament, et obtiennent la concrétisation des achats de leurs parents, à hauteur de 70% de leurs dépenses ! La société de consommation a rédigé ses normes, ses codes. « Etre dans le vent, l’ambition d’une feuille morte » disait Gustave Thibon, hélas les exigences du marché emportent tout sur leur passage. 

Résister au Black Friday c’est non seulement prendre conscience de ce « système technicien » (Jacques Ellul) qui tire les ficelles de notre « société du spectacle », mais aussi réaliser quels enjeux idéologiques sont derrière, et quels en sont les dangers. 

Laissons à Jean-Claude Michéa, le soin de nous donner une définition dans sa Double pensée, retour sur la question libérale : « révolution culturelle permanente dont le but est d’éradiquer tous les obstacles historiques et philosophiques à l’accumulation du Capital, et en premier lieu […] à la mobilité intégrale des individus ». Libéralisme rime donc avec progressisme, avec perte d’ancrage dans un terroir, dans une civilisation, avec perte d’identité. Comment l’avertit le philosophe, la pensée libérale est double, trouvant appui dans le culturel pour mieux s’épanouir dans l’économique. Mais cette pensée est aussi unique, imposée mondialement par ceux qui nous gouvernent. Car l’universalisme effréné nous a contraints à changer d’échelle, jusqu’à dévoyer et déformer le sens originel du mot économie : oikonomos, c’est-à-dire sage gestion du patrimoine familial. Nous en sommes aujourd’hui bien loin, et nous assistons, pantois, à une haute financiarisation de la société, qui s’accélère d’année en année, de soldes en soldes… 

 

Olympe.

Article écrit par Auteur Ponctuel

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