La défaite de l’Histoire et le triomphe de l’ignorance6 min de lecture

Fin janvier de cette année 2020, nous avions commémoré l’anniversaire des 70 ans de la mort de George Orwell, en rappelant notamment que jamais notre époque n’avait été aussi proche du récit fictif de sa célèbre œuvre 1984. Cette proximité si effrayante se vérifie encore ces derniers jours avec les manifestations organisées partout dans le monde suite au décès tragique de George Floyd, avec le slogan et mot d’ordre « Black Lives Matter », et avec la volonté des faux thuriféraires antiracistes d’effacer progressivement notre histoire en vertu de la tolérance envers les minorités.

Ça paraît complétement fou, mais tous les signes de l’évolution vers une forme de totalitarisme sont là. Car ce sont bien les régimes totalitaires qui ont inventé la réécriture de l’Histoire. Dans 1984 d’Orwell, il existe un comité qui décide ce qui a eu lieu et de ce qui n’a pas existé. Par exemple, quand un camarade qui travaillait au sein de l’appareil d’Etat ou au sein du parti est exclu et exécuté après, le comité peut décider de le faire disparaître à jamais de la mémoire collective en l’effaçant de toutes les photos. C’est une pratique totalitaire. Aux États-Unis, depuis les événements de Charlottesville de 2017, nous assistons aux premiers déboulonnages de statues dans certaines villes du Sud des Etats-Unis. En général, on retrouve dans ces villes des statues de généraux ou de grands militaires qui ont combattu lors de la Guerre de Sécession, et qui ont souvent combattu dans le camp des sécessionnistes. De grands militaires, donc, mais qui ont malheureusement combattu « du mauvais côté ». Pour certains, c’est donc une raison suffisante pour organiser des manifestations et faire pression sur les assemblées d’Etat, qui finissent donc par céder en décidant de déboulonner ces statues pour les effacer de la mémoire collective. L’éradication artistique est certainement le signe le plus pervers de l’impuissance politique. Dernier fait en date s’inscrivant dans ce processus d’éradication culturelle prenant sa source dans les campus universitaires américains : le retrait du film Autant en emporte le vent de Victor Fleming du catalogue de HBO – grand classique des années 50 et récompensé de plusieurs Oscars qui aura marqué toute une génération – pour « préjugés racistes ». La traduction du film en français avait subi bien avant ce retrait diverses modifications pour préjugés machistes, mais qui étaient passées inaperçues. Cette œuvre qui a marqué des générations et qui relate des faits historiques est donc progressivement effacée des mémoires. On tente donc d’effacer progressivement certaines traces de l’Histoire, et les grandes entreprises privées américaines s’y donnent à cœur joie. C’est pourtant un phénomène qui n’est pas lié au racisme, car il y a également un excès de précaution qui s’applique aussi pour le « féminisme » et pour la défense de toutes les minorités qui se sentent opprimées, et qui s’apparente à une dérive idéologique mortifère, annonciatrice d’une nouvelle inquisition aux teints roses, voire multicolores… C’est une manière de s’attaquer au passé et de vouloir réécrire l’Histoire. Le cinéma a toujours eu un rôle important dans l’écriture de l’Histoire et dans la représentation des événements historiques pour la mémoire collective. En s’y attaquant, on s’attaque donc à l’Histoire.

Jusqu’aux années 1970, on a glorifié l’Histoire de France de l’école à l’université. Aujourd’hui, on appréhende l’Histoire à travers le prisme de la repentance. Mais les nouveaux criminels de l’Histoire se sont trouvés un alibi imparable : la défense des minorités et de la tolérance. Ainsi, quiconque s’oppose au déboulonnement de la statue du général Robert Lee est forcément un ségrégationniste et un raciste, donc le débat est clos, car le déboulonnement de cette statue va forcément dans le sens du « Bien ».

La contamination de l’affaire Floyd en France n’est pas étonnante, car cela correspond à un phénomène qui existe depuis des années, à savoir l’américanisation de la pensée occidentale et française qui nous conduit à renier notre propre histoire. L’erreur est de transposer une situation étrangère avec des représentations collectives complétement étrangères à notre société française. Historiquement, il n’existe pas de racisme d’Etat en France. En 1914, Blaise Diagne est le premier député noir à l’Assemblée Nationale. En 1879, Paris voit son premier maire noir, Severiano de Heredia, se faire élire. Quand Joséphine Baker, chanteuse noire, arrive en France en 1925 après avoir souffert de la ségrégation raciale et du Ku Klux Klan, elle s’exclame : « C’est la France qui a fait de moi la première star internationale de couleur noire, je lui dois ma vie. » En réalité, on assiste à une longue montée de l’ignorance, qui aboutit aux manifestations absurdes que l’on voit actuellement en France. Pendant que Camélia Jordana parle de « massacres de noirs et d’arabes » par la police républicaine, d’autres manifestent la volonté d’effacer Colbertde l’Histoire, vu uniquement comme le ministre qui a rédigé le Code noir. Mais sont-ils ignorants à ce point ou sont-ils des manipulateurs ? Que veulent-ils exactement ?

Ces groupes communautaires pseudo-antiracistes sont les nouveaux racistes, qui divisent la société entre les oppresseurs blancs d’un côté, et les oppressés noirs de l’autre. Ce mouvement est aussi soutenu par une partie de l’extrême-gauche qui tente de le récupérer politiquement en espérant substituer le principe de la « lutte des classes » qui a échoué par une « lutte des races ». Dans les initiateurs de ce vaste mouvement, on trouve le collectif des associations noires de France, la Ligue de Défense Noire Africaine (LDNA) menée par un repris de justice ayant fait sept ans de prison, ou encore SOS Racisme, qui depuis trente ans touche des subventions de l’Etat chaque année (579 000 euros en 2009 à titre d’exemple). Des groupes communautaires qui sapent les racines de la France sont donc financés par le contribuable.

Ils souhaitent des réparations et des excuses pour des crimes que les européens actuels n’ont pas commis, mais ils ne se préoccupent pas des quarante millions d’esclaves actuels recensés de la Mauritanie au Pakistan par le dernier rapport de l’ONU de 2019. Ils sont intolérants, victimaires et justiciers et souhaitent réécrire l’Histoire, ou tout simplement l’effacer. Tout ce qui peut culpabiliser les sociétés occidentales et les européens est bon à prendre. Ils s’appuient sur cette ère de culpabilisation et de repentance générale pour faire pression sur les institutions et s’emparer du pouvoir. L’Occident a dominé le monde pendant cinq siècles et ils demandent des réparations, pour prendre une sorte de revanche. Et voilà comment s’organise sous nos yeux l’une des plus grandes escroqueries du XXIème siècle. Mais il est dangereux de juger l’histoire. Déboulonner les statues est une fuite sans fin. Thomas Jefferson possédait des esclaves dans sa plantation. George Washington en possédait aussi. Va-t-on débaptiser la capitale des États-Unis alors ? Ça n’en finira jamais. Si nous effaçons Colbert, Napoléon Bonaparte ou Jules Ferry de notre histoire, que va-t-il nous rester ? Rien. Un peuple qui n’a plus d’histoire est condamné à disparaître. La France doit sortir de cette impasse intellectuelle rapidement. Mais que pouvons-nous attendre d’un homme (Emmanuel Macron) qui a déclaré devant la presse qu’il n’existe pas de culture française et que la colonisation en Algérie était « un crime contre l’humanité » ? Ce qui est par ailleurs une erreur historique monumentale et dangereuse. L’idéologie de la repentance a abouti à cette idéologie néo-totalitaire qui va semer la haine et qui n’aboutira qu’à des conflits communautaires et raciaux. Tout le monde parle de « vivre-ensemble » depuis quelques années, mais des gens sont actuellement à l’œuvre dans la rue et dans les médias pour nous imposer la situation inverse. Parmi les figures de proue de ces nouveaux mouvements, on trouve des députés de la République comme Danielle Obono et Eric Coquerel (LFI), ou encore Aurélien Taché (LREM). On trouve aussi des universitaires. On trouve des personnalités médiatiques de premier plan comme Lilian Thuram, ancien footballeur, qui donne des conférences dans les écoles françaises et qui est payé par l’éducation nationale. On peut citer également des sportifs, comme Yannick Noah. On trouve aussi des journalistes, comme Rokhaya Diallo, que l’on retrouve souvent sur les plateaux de télévision des chaînes d’information les plus regardées en France. Tous ces gens sont extrêmement puissants par leur aura médiatique et peuvent diffuser leurs théories anti-républicaines et racialistes à la télévision et à la radio. Pourtant, la percée des « indigénistes » ne date pas de l’affaire Floyd. En 2005, suite aux émeutes dans certaines banlieues françaises, ils signaient déjà une tribune intitulée « nous sommes les indigènes de la République ».

Ce que nous devons retrouver, c’est un enseignement historique équilibré. Même si Jean-Michel Blanquer a fait un léger effort avec sa récente réforme des programmes éducatifs, l’éducation nationale sort de plus de vingt ans de déconstruction progressive, qui a atteint son apogée lors du quinquennat Hollande sous Najat Vallaud-Belkacem. On peut penser qu’il existe encore dans les banlieues les plus sensibles une certaine soif d’aimer la France, et il est encore temps d’enseigner l’histoire de manière équilibrée, en revenant à l’étude d’un récit qui donne corps et qui donne chair à notre histoire, hélas remplacé par des commentaires de documents.

Racontons l’histoire de Joséphine Baker. Racontons l’histoire de Félix Eboué, gouverneur de l’Afrique équatoriale qui a rejoint De Gaulle en 1940. Racontons l’histoire de Gaston Monnerville, troisième personnage de l’Etat et petit-fils d’esclave. Racontons l’histoire de tous ces personnages hauts en couleur, ou de ces officiers français incroyables de 14-18 ou de 39-40. Racontons l’histoire de Jeanne d’Arc, qui est une star à travers le monde et qui est enseignée partout sauf en France, où elle est seulement vue comme l’égérie du Front National. Enseigner Jeanne d’Arc, c’est montrer aussi aux néo-féministes que déjà, dans la France de 1429, la liberté de la femme commençait à apparaître pour la première fois dans le monde. C’est une France à aimer qu’il faut transmettre, et non plus une France à haïr.

Article écrit par Germain Kuen

Étudiant à l'Université Paris Dauphine. Auditeur à l'Institut de Formation Politique.
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