La chasse à courre : combattue souvent, abattue jamais8 min de lecture

Parmi les six mesures du RIP (référendum d’initiative populaire), lancé le 2 juillet dernier sur la condition animale, figure l’interdiction de « toute forme de chasse traditionnelle » ; la chasse à courre est la première à être visée par cette mesure. Pour mieux comprendre ce mode de chasse et se faire un avis sur cette pratique pluriséculaire, l’EL s’est entretenu avec Antoine Gallon, porte parole de la Société de Vénerie, l’association nationale des pratiquants de la chasse à courre. 

 

Une chasse parmi d’autres 

Si la chasse à courre est très attaquée et décriée aujourd’hui, il ne s’agit pourtant que de l’un des 40 modes de chasse existant. Pour Antoine Gallon, la vénerie est donc d’abord importante, au même titre que les autres modes de chasse, pour réguler les espèces sauvages « car leur effectif doit être compatible avec les activités humaines. En France, 800 000 sangliers sont tués chaque année. Vous imaginez les dégâts que ça ferait sinon ? ». 

Au-delà de cet aspect nécessaire de régulation de la faune sauvage, pour lui la chasse permet de faire cohabiter les hommes et les animaux. « Sans la chasse, les activités humaines ne laisseraient aucune place à la faune sauvage. Les chasseurs sont donc des acteurs majeurs de la biodiversité » estime-t-il. La chasse étant une activité humaine avec l’animal, elle permet précisément de se rapprocher de la nature et de mieux connaître les animaux. 

 

Une chasse originale 

Si selon Antoine Gallon toutes les chasses sont importantes, celle qui lui tient à cœur est la chasse à courre. Lorsque nous le contactons, il arrive justement en Touraine à la veille d’une journée de chasse. Pour les néophytes, il explique de quoi il s’agit. 

« Chasser à courre c’est quoi ? C’est un équipage qui chasse un animal et un seul. Des équipages ne chassent que le renard par exemple. Quand les chiens « sont dans la voie » du renard, ils ne poursuivent que les renards. Concrètement, une meute de chien poursuit un animal, c’est à dire qu’elle poursuit l’odeur que laisse l’animal sur le sol malgré les ruses qu’il utilise pour échapper à son prédateur. La chasse à courre en fait c’est une affaire de prédation. » Dans cette prédation, le veneur n’est que l’assistant de la meute et se contente de la suivre.

Ainsi, pour les adeptes de la vénerie, la chasse à courre est la plus naturelle. « Les animaux chassés sont des proies depuis des centaines de milliers d’années. Ce sont donc des espèces qui ont développé des attitudes physiques pour survivre face à leurs prédateurs naturels. » 

La chasse s’arrête quand les animaux sont fatigués. Soit les chiens sont fatigués en premier (ce  qui arrive 3 fois sur 4) et l’animal s’échappe, soit l’animal l’est en premier et les chasseurs le tuent pour que les chiens ne le fassent pas souffrir. 

Pour Antoine Gallon, cette chasse est en réalité très en phase avec le respect de l’animal et cela est une autre raison de sa popularité. « On ne blesse pas les animaux. Soit l’animal sème la meute qui le chasse (3 fois sur 4) soit on le prend et le moment de la mort de l’animal doit être le plus court possible. C’est de la responsabilité du veneur. À aucun moment il n’y a de souffrance » nous assure Antoine Gallon.

Partant de ce principe, différentes chasses à courre existent. Six animaux sont chassés par les équipages : le lièvre, le chevreuil, le sanglier, le renard, le lapin et le cerf. Si la vénerie du cerf est la plus connue, elle ne représente que 9% des équipages. 

Une chasse qui a de l’avenir ! 

Ce fonctionnement, avec des chasseurs en tenue, à cheval, sonnant du cor à l’ère moderne, n’est-ce pas un peu suranné ? Antoine Gallon s’exclame que non, bien au contraire. « Aujourd’hui, 390 équipages comprenant 10 000 pratiquants (veneurs) pratiquent la chasse à courre. 100 000 sympathisants la suivent régulièrement. »

Mais la chasse à courre, c’est d’abord la chasse des animaux. « Les chasseurs exercent leur passion avec 30 000 chiens et 7 000 chevaux. Chaque année, il y a 18 000 journées de chasse. La vénerie n’a jamais été aussi dynamique qu’aujourd’hui. Il n’y a jamais eu autant de veneurs et d’équipages. »

Pourquoi une telle popularité ? « C’est une chasse sportive, il n’y a pas besoin d’arme donc pas de danger ni de technicité. Les chasseurs n’ont pas besoin de permis. Il faut seulement savoir monter à cheval pour chasser certains animaux, mais ce n’est même pas toujours indispensable puisque le lièvre, le lapin et le renard se chassent à pied ». 

Une chasse populaire 

Certes, la chasse à courre est très pratiquée, mais n’est-ce pas que par de riches aristos ? C’est en tout cas ce que beaucoup d’anti-chasse répètent et veulent faire croire. « Évidement qu’il y a des riches et qu’il y a des aristos. Mais c’est loin d’être la majorité, tempère Antoine Gallon. En réalité, la chasse à courre est un moment de rencontre dans des campagnes aujourd’hui dépeuplées. Il n’y a plus de bistrot, plus de cinéma, tout le monde s’en fout des campagnes. La vénerie permet de faire vivre ces vrais territoires oubliés. » 

En plus, elles permettent à des gens aux profils variés de se rencontrer. « Pour 10 cavaliers en tenue, il y a 100 personnes du pays qui viennent suivre la chasse et qu’on retrouve le lendemain au supermarché ». 

Monique Pinçon Charlot et Michel Pinçon, tous deux chercheurs en sociologie au CNRS ont publié il y a 27 ans une étude sur la chasse à courre. Alors qu’ils voulaient s’intéresser à un loisir de privilégiés, leur ouvrage reconnaît que la chasse est un formidable moment de socialisation dans le monde rural. C’est selon eux une « métaphore du monde social au cœur de la forêt ». Leur étude pourtant initialement hostile abonde donc dans le sens des veneurs et reconnait qu’il s’agit de l’une des activités permettant le mieux la socialisation entre différents groupes sociaux. 

Antoine Gallon le rappelle d’ailleurs : il y a des hommes et des femmes (à hauteur de 25%), des jeunes et des vieux, des ruraux et des urbains, des riches et des plus modestes. « Mais ça concerne les campagnes, on est loin des idéologues idéalistes mais c’est le vrai monde », déplore-t-il pour expliquer l’image faussée que peuvent avoir les gens. 

« Il faut arrêter de dire que c’est un truc de riches, de privilégiés, s’exclame Antoine Gallon, mon grand-père fabriquait des sabots, j’ai bossé en usine et pourtant je suis un passionné de vénerie depuis toujours. Aujourd’hui, avec 100€ par an, vous pouvez être membre d’un équipage de lapins ; c’est moins cher que votre forfait de téléphone ! » 

Une chasse combattue 

Face à tant de bonnes raisons d’aimer la vénerie, pourquoi est-elle autant critiquée alors ? 

« C’est d’abord un combat politique d’extrême gauche. Les leaders anti-chasse y voient un des derniers endroits où ils peuvent pratiquer la lutte des classes. Ils embarquent ensuite derrière eux des idiots utiles au service de leur combat. Des amis de Bambi et des mamies à chats. Mais ce ne sont que des zoolâtres qui ont une vision déconnectée de l’animal. »

Au nom de leur combat, des militants anti-chasse (les saboteurs comme les appellent les chasseurs) viennent parfois déranger les chasseurs. 

« Ces saboteurs, qui viennent perturber une activité légale, une mission de service public perturbent seulement 1% des journées de chasse. Quand ils les perturbent en revanche, c’est une vraie gêne. On tente de les faire condamner mais c’est difficile. Si on a tant de mal à accepter le mauvais procès qui nous est fait, c’est que nous avons une éthique. On ne rentre pas dans les propriétés privées, on fait évoluer la chasse pour tenir compte de la sensibilité de nos concitoyens. La cabale contre nous est donc déloyale ». 

 

Le RIP sur la condition animale, l’escroquerie du siècle 

Mais revenons au RIP, ce projet de referendum qui a remis le débat sur la chasse dans l’actualité. Le projet est lancé début juillet par 3 milliardaires qui ont fait fortune dans les nouvelles technologies (Xavier Niel de Free, Marc Simoncini de Meetic et Jacques-Antoine Granjon de Vente Privée devenue Vepee). Une fois que les trois fortunes se sont entendues, il faut trouver une tête d’affiche : ce sera Hugo Cément, « la star des gamines de 15 ans, l‘idiot utile de service, comme le dépeint Antoine Gallon. Vous voyez, c’est le genre de personne qui est pour la paix et contre la guerre, contre la maladie, contre le froid. Ce n’est qu’un enfonceur de porte ouverte très superficiel ». 

Quand au référendum, de quoi il s’agit ? « Des interdictions, on ne veut qu’interdire. Autrefois on chassait ou on ne chassait pas. Aujourd’hui on ne chasse pas et donc on ne veut pas que d’autres chassent. On ne mange pas de viande donc on ne veut pas que d’autres en mangent. » Les partisans du RIP réclament l’interdiction des animaux de labo, des animaux dans les cirques, des élevages de poules en cage, des élevages d’animaux domestiques… 

« Cela engendre la souffrance selon ces gens-là qui sont obsédés par la souffrance et la mort. Mauvaise nouvelle pour eux, un jour le vivant va mourir. La souffrance n’est que l’alerte que nous donne notre corps par rapport à des situations trop fortes. Un monde sans souffrance offre deux possibilités : soit on n’a pas d’alerte et on se met en danger, soit on ne sort pas de son lit, et encore. Évidement on n’est pas obligé de martyriser des animaux. Les initiateurs du RIP sont allés sur des sujets très démagos. Quand on vous montre oies ou poules dans élevages horribles, c’est facile de susciter l’indignation. Il y a 60 millions d’animaux de compagnie en France. Est-ce qu’ils sont tous bien traités ? Un chien en appartement qui n’est pas sorti plusieurs fois par jour souffre. C’est un vrai sujet sur le bien-être animal mais c’est moins démago, donc ils n’en parlent pas. » 

Que les partisans de la chasse se rassurent, le RIP est loin d’être accepté. Il doit réunir la signature de 20% des parlementaires (185). Aujourd’hui, pas un n’a signé mais 142 disent soutenir la démarche. « Il y a des chasses à courre dans 70 départements donc nous allons voir nos députés, nos sénateurs et on leur parle de la vénerie. Beaucoup ont dit être favorables au RIP mais veulent surtout poser la question de la condition animale. Personne n’a signé et les promesses de signature stagnent depuis 3 mois ». 

« Les journalistes ont d’abord trouvé ça formidable, mais ils arrêtent ensuite d’en parler. Ils ont bossé et se rendent compte qu’il y a les intérêts des milliardaires, le courant animaliste et ses conséquences nuisibles. » Aujourd’hui d’ailleurs, comme l’explique très bien un article de l’Express, les trois rois de la tech à l’origine du RIP se font discrets, comprenant que leurs intérêts à défendre le RIP devient trop visible. 

« Le RIP, c’est un combat de militants d’extrême-gauche qui jouent la lutte des classes, soutenu financièrement par des milliardaires capitalistes qui ont investi dans la nourriture artificielle et porté par de jeunes bobos citadins qui ne connaissent rien à la nature. » Voilà l’escroquerie du siècle. 

 

La société de Vénerie 

Dans le contexte actuel, la société de vénerie s’est fixée quatre objectifs pour défendre la chasse à courre. Elle veut d’abord fédérer les équipages, les 10 000 pratiquants et 100 000 sympathisants, afin de peser dans les choix la concernant. Elle reste cependant sous la houlette de la fédération nationale des chasseurs (qui comporte 1,2 million de pratiquants). 

La société entend aussi former les veneurs, « on veut leur apprendre le soin des chiens et le soin des chevaux. Notre loisir passe par du vivant donc on doit bien le traiter » explique le porte-parole de la société. Enfin, il faut promouvoir la chasse à courre mais aussi défendre la vénerie juridictionnellement parfois. 

Et nous, comment les soutenir ? La société de vénerie encourage d’abord les jeunes à découvrir la chasse à courre. L’association des jeunes veneurs, qui regroupe les veneurs de moins de 30 ans, a été créée dans ce but. Elle permet à des jeunes d’assister pour une journée à une chasse à courre et sert ainsi de porte d’entrée à cet art. 

« Aujourd’hui il faut que l’on devienne des militants, que l’on soit fier de notre mode de chasse, que l’on milite pour en exprimer toutes les valeurs de manière très ouverte, à tous. On a besoin de toujours plus de jeunes passionnés » résume Antoine Gallon. 

Article écrit par Paul Guerry

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