Circulez, y a rien à voir !4 min de lecture

Jeudi 5 décembre, journée noire de grève générale initiée par la RATP bientôt suivie par la SNCF, tous les principaux syndicats (à l’exception de la CFDT) et la plupart des partis d’opposition. 

Un objectif : faire tomber la réforme des retraites. Un rendez-vous, à Paris : la gare du Nord. 

Habitant sur le trajet de la manifestation, qui doit aboutir, via le boulevard Magenta et la place de la République, à Nation, c’est tout naturellement que j’ai pris position dès ce matin à mon balcon, aux premières loges d’événements qui restent, somme toute, assez ordinaires. Ce bref témoignage ne se veut en aucun cas une analyse de la réforme qui divise tant, mais simplement un compte rendu de ce que j’ai pu voir, perché à ma fenêtre ou me baladant jusqu’à République.

Une manifestation de gauche, c’est avant tout du bruit, de l’odeur ; bref : une ambiance. Dès midi, le tintouin commence. On teste les sonos avec du Bella Ciao bien techno, les vendeurs de merguez installent leurs stands. Les CRS se garent, s’équipent, les commerces ferment leurs rideaux, la plupart des vitrines étant déjà recouvertes de planches de contreplaqué. Quelques irréductibles restaurateurs restent ouverts, vite pris d’assaut par des hordes de manifestants affamés.

A partir de 13h, petit à petit, la rue se remplit. On se groupe, bien sagement, en chapelles et en sections. Chaque section a son camion : aux couleurs de son syndicat, de sa profession, de son département, souvent floqué des grandes gloires industrielles de sa région, comme au sein du cortège de l’aéroport d’Orly dans lequel on peut voir des petits ballons en forme d’avions Air France, qui – soit dit en passant – n’ont pas beaucoup volé aujourd’hui. Les plus riches ont des grandes montgolfières aux traditionnelles couleurs criardes, les pauvres se contentent d’utilitaires Kangoo ou de remorques de type Peugeot Boxer, empruntées pour l’occasion, comme – spéculons- à la dernière manif. Même dans la gauche syndicale l’égalité n’est pas toujours acquise…

Chaque section – et là, c’est universel – a sa sono et son ambianceur. Le cortège ayant très peu avancé de 14h à 16h, j’ai hérité d’une voix féminine rompue à l’exercice. Les slogans fusent, répétés par la foule, entre deux intermèdes musicaux. Tout y passe : du rap, de l’afro, du hard rock, du Brassens, chevaliers de la table ronde revisité… j’ai failli être déçu, mais, à la fin, ils ont tout de même joué l’Internationale. Et puis, encore, toujours, les slogans hurlés d’une voix déterminée qui, à la longue, devient fatiguée, et fatigante. Ménilmontant n’est pas si loin de gare de l’est…

Mais il ne serait pas juste de s’arrêter à cette simple description. Depuis quelques années, un cortège, c’est assez simple : au centre, les syndicats, répartis par obédiences. En tête ou en queue, les politiques compatissants, qui posent derrière une grande banderole en écharpe tricolore avant de rentrer chez eux. Là, vu que les blacks blocks ont décidé d’ouvrir la marche, nos représentants se sont sagement mis à l’arrière. Lorsque, à 16h30, je me suis décidé à aller voir de plus près, ils étaient déjà partis.

Toute cette faune, en soit, est extrêmement convenue. Les dinosaures à chapka soviétique côtoient les aiguilleurs SNCF à gilet orange. On se retrouve, on discute, on boit de la bière ou du café. Ça sent le tabac, la merguez et la beuh. L’ambiance est détendue, festive. Nouveautés de notre époque : les gilets jaunes, omniprésents. Les drapeaux français et les croix de lorraine tranchent avec les banderoles Force Ouvrière. Et quelques écologistes, tendance Extinction Rébellion, de tous les combats, surtout lorsqu’il s’agit de cramer des poubelles.

En remontant vers gare du nord, à contre-courant, force est de constater que les kebabs ne désemplissent pas. A l’angle du boulevard Magenta et de la rue du Faubourg Saint Denis, gilets jaunes, travailleurs, chômeurs (tous ensemble !) font la queue devant un Mac Do. Malheureusement pour eux, d’autres manifestants ont décidé qu’il fallait fermer boutique. Harangués par la foule, ils trifouillaient dans une boîte électrique : coupure de courant, le Mac Do s’éteint, ainsi que tout le pâté de maison (manque de bol, j’habite là).

Quelques mètres plus loin, j’atteins la queue de la manif, comme me le signifie une brave dame qui me donne son avant-dernier tract de  » solidarité et progrès », le mouvement de Jacques Cheminade.

Demi-tour droite ; cette fois c’est vers République que je me dirige. Re les gilets jaunes, re les syndicats, re les slogans. Bref ; rien à signaler. Je me fraie un chemin sur le trottoir où la foule se densifie ; il y a beaucoup de monde, c’est indéniable. A partir de Jacques Bonsergent, l’ambiance change ; d’abord parce que la nuit tombe, ensuite parce que les casseurs sont passés par là (attention : notre premier ministre nous rappelle padamalgame). Des panneaux publicitaires sont pulvérisés, une boutique qui vend des motos a été saccagée, malgré son rideau de fer à moitié arraché. Toutes les rues attenantes au boulevard Magenta sont bloquées par des policiers extrêmement tendus. Au loin, des fumées : République.

Les ambianceurs de manif ont cessé de gueuler dans leurs micros, la foule prend la relève :  » tout le monde déteste la police » touça, touça. Un groupe de militantes quinquagénaires s’arrête sur le trottoir, tandis que leur chef.fe leur explique qu’il va y avoir des lacrymos.

Arrivé à République, les CRS se préparent à charger, tout en essuyant des tirs de mortier. Mouvement de foule, le cortège se replie sur lui-même, craignant d’être pris en souricière. Tout le monde a mis un masque ou un foulard pour se protéger le visage, quelques blessés sont pris en charge par des équipes médicales. Mal équipé, et surtout voulant dormir dans mon lit ce soir avec mes deux yeux, mes deux mains, et sur mes deux oreilles, je fais demi-tour. J’en ai assez vu, et, de toute façon, j’aurais eu du mal à continuer.

Conclusion : J’ai lu le tract de Jacques Cheminade chez moi, à la bougie : eh bien, je n’ai pas compris grand-chose. Par contre, j’ai passé une bonne journée, c’est l’essentiel !

Franz.

Article écrit par Auteur Ponctuel

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