Jean-Marie Le Pen : chance ou malédiction pour la droite française ?4 min de lecture

Qui est donc réellement ce vieillard borgne aux allures de vieux loup des mers à la retraite ? Jean-Marie Le Pen est une personnalité ambivalente, une personnalité qui divise. Quand certains l’adulent et l’adorent, d’autres le conspuent et le détestent. Et il en fut de même tout au long de sa carrière politique ! Essayons donc à la fois de démystifier et de dédiaboliser cet homme dont l’empreinte a durablement marqué la droite française.

Un homme du peuple en politique

On peut affirmer, sans mentir, que Jean-Marie Le Pen est un homme du peuple. Il est né dans le Morbihan à la Trinité-sur-Mer en 1928. Son père était marin-pêcheur et sa mère était couturière. Il a seulement 14 ans lorsque son père meurt en mer en 1942 alors que son bateau remonte une mine qui explose. Il devient pupille de la nation. Pour financer ses études, sa bourse ne suffisant pas, il enchaîne les petits boulots. C’est un étudiant engagé qui milite au sein de l’Association corporative des étudiants en droit. Comme beaucoup de ses compatriotes, il est soldat pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie. Sa carrière politique démarre réellement dans les années 1950 où il s’engage dans le mouvement poujadiste. Il est successivement délégué national de l’Union de Défense des Commerçants et des Artisans, puis député. En 1957, il contribue à la fondation du Front National des Combattants dont il devient le vice-président.

En 1972, au moment de la fondation du Front National, il devient président de parti. Ce n’est qu’à partir des années 1980 que ce parti commence à peser sur la scène électorale. Jean-Marie Le Pen fait de la critique de l’immigration, de la préférence nationale et de la relance démographique par la natalité ses chevaux de bataille. Il est candidat à cinq reprises à l’élection présidentielle où il arrive trois fois en quatrième position (1988, 1995 et 2007) et parvient une fois à se hisser au second tour en 2002 face à Jacques Chirac. Il est élu député européen en 1984 et député à Paris à l’Assemblée Nationale en 1986. Il est également élu plusieurs fois localement.

L’échec de la stratégie Le Pen

La cuisante déroute subie au second tour de l’élection présidentielle de 2002 consacre l’échec de la stratégie politique suivie par Jean-Marie Le Pen depuis qu’il exerce la fonction de président du FN. Il n’obtient en effet que 17,8% des voix et n’augmente que d’un petit point son score du tour précédent, montrant ainsi son incapacité à élargir son électorat de base. Si ses discours ont au moins le mérite de porter des thématiques auparavant occultées par ses contemporains, ils n’ont pas la capacité de rassembler et de fédérer les Français, ni autour des mots choisis pour aborder le problème, ni autour des solutions qui sont proposées pour y répondre.

Et comment le pourraient-ils quand celui qui les porte ne cessent d’émailler ses prises de parole de multiples provocations et maladresses dont on ne compte même plus le nombre ? C’est ainsi qu’il déclare notamment en 1987 que les chambres à gaz ne sont « qu’un détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale ». La même année, il compare les malades atteints du sida à « des espèces de lépreux ». Un an plus tard, il se laisse aller à un jeu de mot plus que douteux pour dénoncer les manœuvres politiques de Michel Durafour : « M.Durafour crématoire, merci de cet aveu ». Et j’en passe…

Il ne faut donc pas s’étonner lorsqu’en 1994, au cours de la campagne pour les élections
européennes, Paul Amar reçoit Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen pour débattre en leur proposant des gants de boxe. Cinq années auparavant, ils avaient été à deux doigts d’en venir aux mains sur le plateau de TF1. Le 1er juin 1994 était donc rassemblé, lors d’une même émission télévisée, les trois figures allégoriques de « la bonne conscience », de « la brute » et du « truand » – à vous de répartir les différents rôles – responsables intemporels de la faiblesse du débat politique. Ce fut la victoire de la politique spectacle sur la politique d’idée.

Un président « d’horreur »

Depuis qu’il a abandonné la présidence du FN, Jean-Marie Le Pen n’en a pas pour autant pris sa retraite médiatique. En 2011, il est nommé président d’honneur du parti. Depuis, l’ego semble avoir pris le dessus sur la conscience du service politique. En effet, il n’a cessé les provocations à l’image de son calembour sur « la fournée » ou encore de sa déclaration sur les problèmes de démographie en Afrique : « Monsieur Ebola peut régler ça en trois mois ». Il n’a cessé de chercher querelle à sa fille sur la façon dont elle gérait le parti. Il n’a cessé les déclarations méprisantes à l’égard de Florian Philippot qu’il a même une fois qualifié de « Don Quichotte de la Jaquetta ».

Au-delà de ces insultes à répétition qui en feront peut être rire certain, Florian Philippot est aussi le symbole de ce que Jean-Marie Le Pen a raté quand il était à la tête du parti. Contrairement à Florian Philippot, il n’a jamais réellement réussi à dépasser le thème de l’immigration et à l’intégrer dans un discours construit en matière d’Europe et de préoccupations sociales, l’empêchant ainsi d’élargir son électorat.

Un héritage à son image

Certes, Jean-Marie Le Pen a surement permis que la thématique de l’immigration devienne une problématique centrale du débat public, à tel point qu’aujourd’hui, même le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, se sente obliger d’en parler avec fermeté. Mais, la carrière de Jean-Marie Le Pen nous apprend surtout qu’un homme politique ne peut pas faire de la provocation une stratégie médiatique permanente. Car un homme politique, c’est avant tout à homme qui parvient à fédérer et à rassembler autour d’un projet collectif. Dans une telle perspective, le choix des mots est surement l’élément le plus déterminant d’un discours politique. C’est pourquoi, quand les mauvais mots sont posés au mauvais moment alors, bien loin de servir un projet, ils le discréditent et le rendent grotesque.

Finalement, Jean-Marie c’est un peu le « Papy Mougeot » de la droite française : un homme qu’on respecte pour les efforts qu’il a accompli, un homme dont la balourdise nous fait sourire, mais un homme dont beaucoup des interventions politiques finissent par nous mettre mal à l’aise.

Article écrit par Jean Detchessahar

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