Entretien avec le fondateur de Rodéo, journal satirique dénonçant l’insécurité et les violences urbaines à Bordeaux5 min de lecture

Marc Petrov (pseudonyme) est un des fondateurs du journal Rodéo. Présent pour le moment à Bordeaux, ce mensuel satirique envisage à terme de se décliner dans d’autres grandes villes françaises. L’objectif ? Alerter sur l’insécurité et dénoncer les violences urbaines dans les métropoles.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’est Rodéo Bordeaux ? Comment l’idée est-elle née ?

Rodéo Bordeaux est un journal papier pour l’instant, qui parle principalement de l’insécurité à Bordeaux. Sur la forme et sur le fond, c’est un peu un Canard enchaîné local, axé sur la sécurité. On a décidé de lancer ce journal parce qu’on a constaté cet été une épidémie d’agressions de couteaux à Bordeaux, et parce que le traitement des faits divers en général dans la presse locale est assez parcellaire et insuffisant. Nous voulions donc vraiment nous pencher là-dessus. Parler davantage de ces « faits-divers » a été un peu notre moteur parce qu’il y a une espèce d’euphémisation des violences en permanence dans la presse.

Rodéo évoque également un peu la politique et les affaires judiciaires. Pour le reste, on axe une partie de notre travail sur l’investigation. Chaque numéro comprend un dossier central axé sur une grande thématique de sécurité. Dans le premier numéro, il s’agissait des attaques au couteau. On voulait savoir qui était derrière. Comment se fait-il qu’une ville aussi paisible que Bordeaux, du moins qu’on considérait comme telle, essuie d’un seul coup 40 attaques au couteau en deux mois ? On a essayé de décortiquer un peu le phénomène. Et dans le numéro deux, on s’attarde sur la Porte de Bourgogne, qu’on a titré le « tombeau du vivre-ensemble ». C’était un peu une vitrine de la ville en terme de cohabitation heureuse et de vivre-ensemble, puisqu’une dizaine de nationalités s’y côtoient. Sauf que depuis quelques années, ça a complètement dégénéré et c’est devenu le tombeau du vivre-ensemble : la Porte de Bourgogne est devenue un hub, une plaque tournante de tous les trafics et de toutes les violences urbaines. On a essayé d’autopsier ce quartier, d’aller à la rencontre des habitants, d’écouter ce qu’ils avaient à dire. L’objectif était de comprendre pourquoi un quartier qui, il y a quelques années encore, faisait cohabiter plein de nationalités différentes, s’est mis à saigner abondamment en si peu de temps.

Pourquoi ce choix d’un modèle satyrique type Canard enchaîné ?

Le ton satirique, c’est parce que c’est plus simple de lire des choses lourdes avec un ton digeste. Comme on parle de sécurité et de choses soi-disant « anxiogènes », ça passe mieux avec un ton satirique. Après, on a voulu re-vitaliser le format papier qui est en cours d’extinction. Il y a un regain d’intérêt pour le papier, même si celui-ci est perçu comme assez fade, notamment quand on est habitué à lire la presse locale depuis des années. Sauf que quand un journal comme Rodéo tombe entre de nouvelles mains, avec un ton aussi décomplexé, tout en étant raisonnable et modéré, ça interpelle plus les gens qu’un énième média sur internet.

Est-ce que vous pouvez nous dire quel a été l’accueil réservé à Rodéo, que ce soit chez les lecteurs ou chez les élus municipaux ?

Globalement, l’accueil a été très positif. Les gens l’ont accueilli avec enthousiasme et curiosité. Un peu de méfiance aussi. Les gens des quartiers desquels on parle étaient contents de voir qu’on s’intéressait à eux, qu’on parle enfin de leurs problèmes sans complexe. Du côté de la mairie de Bordeaux, les élus ont été très intrigués. Quelques-uns ont apprécié notre démarche, d’autres étaient plutôt inquiétés car la nouvelle majorité écologiste est caractérisée par un certain angélisme sur les questions de sécurité. Nous travaillons sous pseudonyme, et quelques-uns se sont mis en tête de nous débusquer : ils se sont mis à analyser notre écriture et à appeler les imprimeries de la région. Donc c’est la preuve qu’on interpelle beaucoup, et que notre objectif, qui était de mettre un coup de pied dans la fourmilière, est atteint.

Du côté de la police, on est très apprécié. Il parait qu’on a un petit groupe de fan au sein de la police municipale.

Est-ce que vous pensez que c’est encore possible de percer aujourd’hui au sein de la presse avec un format papier ?

On a fait ce pari-là parce qu’on trouve une pelletée de nouveaux médias numériques tous les jours. Les retours qui nous sont parvenus ont montré que les gens étaient intrigués et contents d’avoir un journal papier dans leurs boîtes aux lettres, autre que les brochures publicitaires et le vieux Sud-Ouest [journal régional] qu’ils reçoivent depuis 25 ans. Ce format de nous permet de toucher une cible assez large.

Quels sont les objectifs à court et moyen-terme pour Rodéo ?

Pour l’instant, on a financé le premier numéro avec nos fonds personnels. Le deuxième et le troisième (qui paraîtra en janvier) sont financés par les dons de nos abonnés et des particuliers. On a ouvert une page TIPEE sur laquelle il est possible de faire un don quand on veut. Pour deux euros, on peut recevoir un numéro au format numérique. Pour quatre euros, on peut le recevoir directement à domicile. Pour l’instant, notre premier objectif est atteint : c’est-à-dire pouvoir vivre sans argent à dépenser (nous sommes encore des bénévoles pour l’instant).

A partir de janvier, nous essaierons de trouver des investisseurs un peu plus nombreux et fortunés qui puissent nous faire vivre de notre travail. Cela nous permettra peut-être d’augmenter la cadence de publication et le nombre de tirages aussi. Enfin, à terme, l’objectif serait de décliner la formule dans d’autres grandes villes de France ; à Toulouse, Paris, etc.

Pour conclure, est-ce que vous pouvez nous dresser un état des lieux de l’insécurité à Bordeaux, et comment la mairie écologiste y réagit-elle ?

La mairie écologiste a bon dos, c’est facile de lui imputer la responsabilité de ce qu’il se passe. On ne peut pas vraiment les juger puisque ça ne fait que quelques mois qu’ils sont en place. Certes ils ont fait preuve d’angélisme au départ, mais il y a un sursaut qui est en train de s’opérer. Puis les responsabilités sont multiples. C’est la précédente majorité qui a laissé la situation se dégrader pendant des années. C’est la justice qui est parfois laxiste. C’est la dégradation des moyens des policiers, qui sont largement en sous-effectif.

Sur ce phénomène de décomposition, il y a autre chose qui est venue se greffer : ce sont les MNA, les mineurs non-accompagnés. Bien souvent, ils ne sont d’ailleurs pas mineurs. Ils viennent principalement du Maghreb ; du Maroc et de l’Algérie. Avant, ils transitaient par Bordeaux pour aller à Paris ou rejoindre les villes du nord, y compris les capitales scandinaves. Mais depuis que Bordeaux est rattachée à Paris avec la LGV en seulement deux heures, il y a un afflux de touristes supplémentaires, qui crée un effet d’aubaine. La multiplication des touristes depuis Paris a permis aux MNA de s’installer directement ici, et ceux-ci ne transitent plus. Ils vivent de squats en squats ou bien payent des loyers à des réseaux à partir des choses qu’ils ont volé sur les gens. Ils payent leur nuit contre une certaine somme d’argent. Il y a peu de temps, dans le quartier Saint-Michel de Bordeaux, trois frères algériens ont été arrêtés de cette manière : ils faisaient travailler un réseau de MNA et les forçaient à voler des choses en échange d’argent. Tous les produits des vols étaient ensuite envoyés au bled ou bien écoulés sur le marché noir. Les problèmes sont donc nombreux à Bordeaux.

  • Pour faire un don sur TIPEE :

https://fr.tipeee.com/rodeobdx/

Article écrit par La Rédaction

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