Un 18/08/2008 “Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles, Couchés dessus le sol à la face de Dieu.”4 min de lecture

Peu se souviennent. Maintenant dans la tête de l’opinion publique, l’afgha est lointaine. La France y a laissé beaucoup de ses enfants et les pleure encore.

Engagée dans un conflit à des milliers de kilomètres de l’Hexagone dès fin 2001, l’armée essuie un bilan lourd. Aux côtés des Etats-Unis qui en ont pris l’initiative après le 11 septembre 2001, la France et l’OTAN créent dans le cadre de la résolution 1302 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la Force internationale d’assistance et de sécurité pour appuyer les forces afghanes dans la région de Kaboul et aider à stabiliser la zone. Concrètement, la France envoie des instructeurs former l’armée régulière afghane et patrouille dans les zones qui lui sont assignées. Cette bataille à marquer d’une croix blanche a participé à précipiter le retrait des forces françaises du pays. On déplore deux morts et vingt et un blessés français.

En effet, le 18 août 2008, la France a fraîchement relevé les italiens qui s’occupaient de la zone du district de Surobi, au nord est de Kaboul. Ces derniers étaient sur une zone qu’ils disaient contrôler mais sans non plus exercer aucune force, du simple fait qu’après avoir perdu un soldat, ils ont doucement relâché la pression sur les insurgés. La France reprenant cette zone tente d’envoyer des patrouilles afin de sécuriser les lieux et redonner un coup de vis, vis-à-vis des insurgés.

Par trente degrés, deux sections d’élites françaises (issues du 8e RPIMa et du Régiment de Marche du Tchad) accompagnées par deux afghanes et des éléments des forces spéciales américaines partent reconnaître un col à 1300 mètres d’altitude précédé d’une ascension de quatre kilomètres en lacets. Certains à bords de véhicules de l’avant blindé (VAB), d’autres fantassins lourdements protégés, mais tous ralentis par la température suffocante, le poids du matériel et la poussière orange emplissant cette fournaise. Deux heures passent et, à 15 heures 30, le groupe arrivant en haut de la ligne de crête essuie une attaque de talibans à l’arme légère accompagnée de lance-roquettes RPG-7. De nombreux français tombent, d’autres se sacrifient pour sauver leur radio, d’autres encore leur supérieur. Les talibans, cachés dans ce paysage de grottes, dans les hauteurs font pleuvoir le feu, aidés par des tireurs d’élite équipés de fusils Dragunov. La section en appui du RMT se retrouve à son tour encerclée.

A 15h52 l’alerte est envoyée à la base et la section de renfort part à 15h55. Le combat fait toujours rage ; un blessé de cette section se remémore le visage grave “une belle définition de l’enfer”. Celle-ci arrive à 16h30 avec des mortiers de 81mm.

Par deux fois, des renforts aériens de nos camarades d’outre-atlantique vont arriver mais son pouvoir changer le cours de la bataille. La première à 16h50, où des avions américains essaieront d’offrir un appui air-sol mais sans succès du fait de la proximité des belligérants ; le feu ne sera pas engagé. La seconde, quand à 17h50, deux hélicoptères tentent de prendre des blessés mais ne réussissant pas à se poser.

Une troisième phase, plus heureuse pour les blessés commence à 17h58 où deux hélicoptères Caracal français décollent de la base de Tori, déodat un quart d’heure plus tard dix commandos et un médecins, évacuant par là même jusqu’à 20 heures nos soldats touchés. Néanmoins, les talibans, toujours à un contre cinq, attaquent de plus belle jusqu’à 21 h 30, bien armés et avant de bonnes réserves de munitions.

A partir de 21h30, la situation se renverse. Les tirs talibans cessent, et à 23h les français en profitent pour se faire acheminer des munitions et commencer à reprendre la zone. On commence à découvrir  dans l’obscurité les corps des camarades laissés au travers du chemin, d’autres alignés et pillés par les talibans ou un dernier, lacéré et sanguinolent, celui de l’interprète afghan torturé. Dans le noir le plus complet, traumatisés, les soldats cherchent les blessés, les tués. Les disparus, surtout. Alourdissant le bilan, à 4h, le lendemain, un véhicule de transport de troupes tombe dans un ravin tuant un homme, en blessant trois. A 9h, les tirs insurgés de mortier reprennent mais cessent sitôt que la zone est reprise.

“Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre, 

Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.”

Cette guerre fut-elle juste pour ces jeunes hommes, partis si loin de leur terre ? Une histoire de devoir, d’aventure et de fidélité qui marquera les familles, les blessés, l’armée et la France. La famille, cercle intime du militaire vivra avec lui ces moments de retour à la vie normale, ou même de non retour en son sein. Mayeul Besson, présent dans cette section de renfort résume cette situation, au micro de Boulevard Voltaire l’année passée, comme “propre à chacun”. Aussi, il déplore le fait qu’on “parle beaucoup des victimes physiques mais pas psychologiques”. Souffrant de syndrome post-traumatique, cette bataille a marqué sa vie. Marqué plus par le rapatriement des corps de ses camarades que par le combat en lui-même, il revit ces moment au quotidien : “la peur du noir, le fait de chercher toujours l’interrupteur pour se rassurer”. Enfin, l’armée en a été quelque peu changée, avec l’arrivée de mitrailleuse 12.7 et de canon de 20 sur les Caracals de l’escadron Pyrénées, escadron qui a  procédé à l’évacuation des blessés vers Kaboul. “On a changé  d’état d’esprit, l’armant ave du calibre plus lourd” nous explique un pilote de Caracal qui a participé à l’opération d’évacuation, utilisant maintenant son hélico comme appui air-sol.

Onze ans plus tard, en dehors du milieu militaire, cette défaite n’est plus évoquée, ni fêtée, ni relatée. Passant inaperçue, elle ne le sera pas pour tous ceux là, marqués en leur personne par cet épisode, de premier feu, de dernier feu. Et donc, “l’après”, se relever ? Le même Mayeul cité plus haut vous regardera avec force, soutenant derechef que “derrière les nuages, il y a toujours du soleil”, et puis qu’il suffit de “croire en la Providence, on avance quoi” !

Louis Lallement.

 

Image : François Rocher

Article écrit par Auteur Ponctuel

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