Tribune : « Laïcité, la clef du vivre ensemble »10 min de lecture

Il suffit de se balader sur n’importe quel réseau social ou de feuilleter un quelconque canard dans l’air du temps pour entendre ou lire un panégyrique de ce concept : la laïcité. Devenu si important en France, il semble même s’agréger à la devise qui est celle de la République : Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité ! Cela semble quelque peu excessif, mais est en fait assez proche de la réalité, tant la laïcité est devenu religion d’état. Cependant, le terme est ici mal choisi. Ce n’est pas la laïcité mais l’athéisme qui est prôné par notre société et notre système. Et ce n’est pas la laïcité mais le laïcisme qui est appliqué par notre administration et notre société civile.

Cependant, pourquoi un tel dévoiement d’une aussi belle et importante notion ? La laïcité, construction française postrévolutionnaire, lorsqu’elle n’est pas teintée d’anticléricalisme, est le seul système qui puisse laisser à chacun sa place. A l’heure où le vivre ensemble est tant à la mode, on ne peut atteindre cet objectif, bien ambitieux il est vrai, qu’en employant l’outil qu’est la laïcité.

En quoi ladite laïcité, si propice à débats et échauffourées, peut-elle être une clef du vivre-ensemble ? Il convient avant tout de définir cet objectif, si beau mais si mal compris, du « vivre ensemble ». Ensuite les défis qu’elle doit relever peuvent être mis en lumière, et le premier d’entre eux, l’Islam. Alors seulement la solution peut être trouvée. Après en avoir vu la trahison, sous le nom de laïcisme apparaîtra la solution, la laïcité. De tout cela, on pourra conclure que la laïcité est la clef du vivre-ensemble.

Un objectif : le vivre ensemble

Depuis quelques décennies, distances et frontières ont été abolies par le progrès technique. Interconnexions, interdépendances, voyages, migrations, commerce, tous ces phénomènes entraînent une telle masse de flux humains, matériels ou immatériels (services, capitaux, informations), que nous ne pouvons nous permettre de fonctionner comme nos aïeux. La grande mode est à l’expression « citoyen du monde ». Cette expression est absurde, voire ridicule. Nous appartenons au monde par l’intermédiaire d’une terre, d’un sol, nous ne sommes pas des humains ex nihilo. Ainsi, nous sommes européens avant d’être terriens, français avant d’être européens, et bretons, basques, vendéens ou berrichons avant d’être français. C’est une réalité que nous devons défendre, à l’heure même où tout cherche à nous la faire oublier. Nous sommes donc partie prenante d’une culture, et c’est de cette manière que nous existons dans le monde et dans la société.

Les interconnexions et les flux croissants évoqués mettent ainsi en relation diverses cultures. Plus encore, elles les font collaborer, se côtoyer, se confronter. Face à ce défi, nos sociétés ont développé plusieurs modèles. Le premier, le plus primitif, de ces réactions au choc des civilisations, est la violence. Le choc civilisationnel Orient-Occident au Moyen-Âge en est un exemple flagrant. Ne se comprenant pas, musulmans orientaux et Occident chrétien ont entériné leurs rencontres dans l’acier et le sang. Le second, plus évolué, est le commerce. Relation douce, elle permet l’échange culturel qui se marque dans la continuité de l’échange économiquement intéressé. L’exemple le plus probant semble être les relations sino-européennes, dont l’échantillon le plus parlant est bien évidemment le pionnier de la route de la soie, Marco Polo, au XIIIème siècle. Plus récemment, deux modèles ont été développés. Ceux-ci répondent à une contrainte plus grande que les précédents qui n’étaient confronté qu’à une simple rencontre de deux cultures. La nouvelle contrainte est la cohabitation. Deux cultures devant coexister dans un même espace, une solution doit être trouvée. Deux modèles ont donc été apporté : le « vivre-ensemble », à la française, et le modèle anglo-saxon, de plus en plus répandu, du « vivre-à-coté ».

Le « vivre-ensemble » inhérent à la France découle de la volonté républicaine d’unifier ses citoyens et de les faire participer à la vie du même collectif, ensemble. Ils doivent parler la même langue, porter les mêmes vêtements, partager les mêmes références, supporter les mêmes équipes sportives. Tous les Français, selon cette logique, et quelque soient leurs origines et leurs naissances, devraient aimer leur patrie et ne faire qu’un avec la culture française, parfois même appelée « civilisation » à part entière, par Alain Finkielkraut notamment. Marc Bloch résume la nécessité de partager un héritage pour vivre ensemble : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’Histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». Nous devons être fiers de notre Histoire, de notre pays, de notre identité. Tous doivent adhérer à cette France, à sa culture et son Histoire, si l’on veut pouvoir espérer vivre ensemble.

Inutile de s’étendre sur l’inexistence totale de ce système aujourd’hui. Nous avons renoncé au « vivre-semble », au profit du « vivre-à-coté ». Ce modèle est celui, bien moins beau, et qui n’est pas le moins du monde républicain, d’une ghettoïsation des citoyens. On accepte toute les cultures, toutes les religions, toutes les langues, toutes les pratiques, au sein du même pays. On prône stupidement que la différence enrichit alors que, dans ces proportions, elle divise. La conséquence en est logique et, d’ailleurs, vérifiée. Le théorème bien connu, « qui se ressemble s’assemble », s’applique clairement. Les quartiers se forment par origine, et les immigrés vivent entre eux. Qu’il y ait des quartiers dit « chinois » ou des cités plutôt maghrébines n’est pas un hasard. Ce n’est même pas blâmable. Ils font ce que chacun ferait, ils s’entraident entre compatriotes. Et comme ce n’est pas la France qui les accueille et leur propose de devenir français, ils se renferment dans un entre-soi cancérigène pour le pays.

Malheureusement, c’est ce dernier modèle, qui n’est pas le « vivre-ensemble », qui en porte le nom aujourd’hui. Et tout le monde utilise ce nom si beau, cet idéal si grand, pour définir cette lâcheté civilisationnelle qu’est le « vivre-à-coté ».

Un défi : l’Islam

Le vivre ensemble est donc mis à mal par le choc des cultures. Pour régler ce problème, il faut donc trouver la source du problème. Paul Tillich disait que « la religion est la substance de la culture et que cette dernière est la forme de la religion ». Le choc des civilisation est donc avant tout un choc religieux. Inutile dès lors de tergiverser, le problème contemporain date du VIIIème siècle, et le Bataclan n’est qu’une répercussion de la première bataille de Poitiers en 732. Le problème est la rencontre de l’Islam et de la chrétienté.

Ce problème n’a pas de commune mesure avec les défis d’assimilation de la France qu’elle a relevé dans son Histoire. Les juifs ont toujours été soumis à l’autorité royale catholique, les vagues migratoires des deux siècles derniers ployaient le genou devant la République. L’Islam refuse de s’incliner. Plus encore, il veut imposer sa religion, sa culture et sa loi, certes pas à tous, il serait inepte et exagéré de penser cela, mais l’imposer dans l’espace public comme un comportement tout aussi légitime à Limoges ou à Poitiers que celui d’un chrétien de tradition et de civilisation française (quelques soient les origines de ce français d’ailleurs).

L’Islam se trouve l’assassin, et se veut le fossoyeur, du vivre ensemble. Ce problème, dramatique, doit être réglé. On ne peut se dire français, et on ne peut se vouloir républicain, si l’on ne s’oppose pas à cette attaque à l’une de nos valeurs si inhérente à notre Histoire. Il ne s’agit pas de s’attaquer aux personnes, mais de les accueillir, il ne s’agit d’agresser personne, mais de faire la guerre à cet impérialisme musulman. Le philosophe Henri Pena-Ruiz, un des derniers hommes de gauche de notre temps, mentor de Jean-Luc Mélenchon, qui fut jadis de gauche, l’exprime clairement : « L’universalisme laïque n’a rien à voir avec l’ethnocentrisme colonialiste ni avec le racisme, contrairement à ce que prétend la mouvance décoloniale. Rejeter une religion n’est pas raciste […]. On a le droit d’être islamophobe ». Il apporte par cette phrase la solution au problème : la laïcité.

Une trahison : le laïcisme

Avant de s’étendre sur cette notion, il est nécessaire d’affirmer ce qu’elle n’est pas, et ne doit surtout pas être. En fait, elle ne doit pas être ce qu’elle est aujourd’hui.

Lorsque nos dirigeants, ou nos « journalistes » parlent de laïcité, ils parlent en fait du laïcisme, notion dévoyée de la laïcité. Le laïcisme est au service de l’individualisme, lequel ne cesse de gagner du terrain depuis fort longtemps, depuis les Lumières en fait, et lequel a trouvé son paroxysme lors de cette catastrophe civilisationnelle que fut mai 68. L’individu-roi peut donc choisir de vivre comme il veut, se comporter comme il le désire. La notion de groupe s’efface, la pays se retrouve au service de l’individu, et le bien commun est oublié. On fait du libre arbitre individuel la mesure de tout. « Notre société veut la liberté sans frein, elle exige des droits sans les devoirs, elle réclame une égalité chimérique entre les pommes et les poires, les chiens et les chats, le jour et la nuit. Elle se moque comme d’une guigne de la fraternité » a récemment écrit Michel Onfray, mettant ainsi en exergue ce dramatique oubli du collectif, ce mépris a peine voilé du bien commun.

C’est par le laïcisme, version dévoyée de la laïcité qui prône, non une neutralité de l’Etat mais une acceptation sans aucune limite de toute forme de religion, et donc de culture, que l’individualisme ambiant et destructeur se décline dans la sphère religieuse. Ceci est bien évidemment la porte ouverte à tous les conflits, à toutes les haines, à tous les malheurs. Ce n’est donc absolument pas la solution.

Une solution : la laïcité

La solution est apportée par ce que nous avons bâti au XIXème et détruit depuis 40 ans : la République française. Feu Jacques Chirac affirmait de ce fait, entre deux bons repas probablement, que « L’Etat républicain, c’est aussi la laïcité ». Notre héritage républicain nous offre sur un plateau d’argent la clef à nos problème ! La laïcité est la solution, comme Elisabeth Badinter l’exprimait par ces mots le plus clairement qui soit : « la laïcité : c’est la seule solution pour qu’il puisse y avoir la paix entre des gens venant d’horizons différents ».

La laïcité se fonde sur une distinction nette entre domaine privé, dans lequel se trouve la religion, et espace public, duquel elle est exclue. Le journaliste Éric Zemmour en est un exemple lorsqu’il écrit à propos de son identité : « Juif à la maison, Français dans la rue ». Alain Finkielkraut définit la laïcité par cette dichotomie : « La laïcité repose tout entière sur la distinction pascalienne entre l’ordre des corps, l’ordre des esprits, et l’ordre de la charité ou de la sagesse ». Cette source pascalienne de la laïcité se manifeste dans les travaux de André Comte Sponville qui propose une application de la distinction des corps de Pascal. Ainsi, il identifie les ordres économico-techno-scientifique et juridico-politique, propre à l’espace public, et les ordres de moral et d’amour qui, eux, doivent être confinés dans la vie privée. La religion relève donc de ces seconds ordres et demeure un élément qui ne doit pas être porté dans l’espace et le débat public. Il faut saisir la logique selon laquelle tout ne doit pas être traité sur le même plan, et que, dans la société bâtie en France depuis la Révolution – et non par elle – la religion ne peut envahir l’espace public dans un souci de bien commun et de pacifique cohabitation.

La recherche des origines de la laïcité pourraient être repoussé jusqu’aux Evangiles, lorsque Jésus-Christ opère la distinction, ô combien importante, entre sphère spirituelle et sphère temporelle, en demandant aux pharisiens de « rendre à César ce qui est à César ; et à Dieu ce qui est à Dieu ». Ce serait une erreur, comme l’affirme Finkielkraut : « Ce qui fait de nous des laïques n’est pas la séparation du spirituel et du temporel, mais du temporel et du religieux ». Erreur d’autant plus évidente que les religions chrétiennes ont été, tant dans la civilisation occidentale romaine que dans les civilisations orientales, byzantine ou russe, très liées aux autorités et aux pouvoirs politiques. Il est néanmoins intéressant de noter que l’Islam n’opère pas cette distinction, bien au contraire. En effet, elle lie les deux domaines, et son aspect religieux semble indissociable du modèle politique et même juridique qu’elle prône. C’est cela même qui pose le problème d’assimilation précédemment évoqué.

Une définition de la laïcité pourrait comporter trois points.

  • Tout d’abord, la laïcité est la liberté de conscience et l’acceptation de toute confession. En effet, la laïcité ne peut pas et ne doit pas être bâti contre une ou des religions. Elle doit au contraire proposer un système qui les prend en compte. Henri Pena-Ruiz le rappelle clairement : « L’idéal laïc n’est pas un idéal négatif de ressentiment contre la religion. C’est le plus grand contresens que l’on puisse faire sur la laïcité que d’y voir une sorte d’hostilité de principe à la religion ».
  • Ensuite, la laïcité correspond à la neutralité de l’Etat qui ne doit pas favoriser une religion, en tant qu’elle est religion, ni en défavoriser une. C’est pourquoi la construction de mosquées subventionnée par l’Etat une aberration si l’on est républicain, car aucune raison culturelle ne justifie ce comportement.
  • Enfin, la laïcité s’assimile à un comportement de chacun que l’on pourrait qualifier de « citoyen ». Il s’agit de ne pas imposer à ses compatriotes ses convictions (cultes publics, vêtements religieux, etc.), de garder la religion dans la sphère privée. Bien évidemment, ce dernier élément de définition est une question de degré. Un catholique qui porte une croix, une musulmane qui porte un simple voile ou un juif coiffé d’une kippa n’ont pas de commune mesure avec un homme couvert de chapelets, une burqa intégrale ou encore une djellabah.

L’application de ces trois principes permettraient un premier pas dans l’unification nationale qui nous manque tant. Vivre ensemble n’est possible qu’à condition que chacun mette de côté ce qui est et a été la source du plus grand nombre de conflits dans l’Histoire de l’humanité : la religion.

Il faut néanmoins évoquer un bémol à ce beau programme. Ce dernier pourrait être appliqué tel quel. Mais un élément ne doit pas être oublié : notre Histoire, notre culture. Le général de Gaulle disait à propos des français : « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ». Nous ne pouvons ignorer cet héritage, et que le devoir de notre État et de nos concitoyens est de le faire vivre. Après tout, un musulman natif de Casablanca, d’Abidjan ou de Tamanrasset n’est-il pas, s’il est français, tout autant qu’un auvergnat ou qu’un poitevin, héritier des clochers de France, des Bibles enluminées, de la tapisserie de l’Apocalypse, de Notre-Dame de Paris ou encore du Mont Saint Michel ? Il se doit de protéger cet héritage. L’État doit donc soutenir, pour des raison culturelles, et accessoirement juridiques, le patrimoine chrétien qui est le sien.

Et en souvenir de cette histoire, nous ne pouvons empêcher soutanes et coiffes de nonnes comme les djellabahs et les burqas. Simplement, ceux qui les portent doivent se comporter de manière responsable. Il va de soi qu’ils ont le devoir de s’habiller plus sobrement s’ils vont voter, ou s’ils sont convoqués au commissariat.

Bref, la vraie laïcité, teintée de respect de notre culture, est la clef du vrai modèle de vivre ensemble. C’est la solution de bien des problèmes pour notre pays ! Alors, espérons que nos dirigeants en retrouvent la vraie définition, et vive la France !

 

Martin Pillebout

Article écrit par Auteur Ponctuel

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