Relations internationales: êtes-vous un institutionnaliste-libéral ?3 min de lecture

  Les semaines précédentes, l’Etudiant Libre est revenu sur les courants réalistes et transnationalistes. Il est temps de mettre en lumière l’institutionnalisme libéral qui peut intéresser plus d’un; le libéralisme nourrissant quotidiennement les débats contemporains. Ce groupe des relations internationales met l’accent sur la distribution de la puissance, sur les institutions et sur la coopération qui serait un gage de stabilité.

Les groupes sociaux, socles de l’intérêt national 

 Plusieurs théoriciens font de l’intérêt national une notion essentiellement subjective. Les individus, ayant  chacun des préférences, défendent uniquement les intérêts qui leur sont propres. Autrement dit, chacun conceptualise l’intérêt national. L’affaire se corse puisque les intérêts nationaux divergent selon les Etats. Les humains n’ayant pas tous les mêmes codes, les mêmes cultures, les mêmes attentes abordent la question nationale différemment. Cette pluralité d’intérêts nationaux réduit inéluctablement l’Etat en un relai, un intermédiaire. Les intérêts nationaux ne seraient le fruit que des individus et non de l’Etat.  De facto, l’intérêt national relèverait du domaine du privé puisqu’il aurait pour origine l’intérêt subjectif de chacun. 

  Cette variété d’attentes et d’intérêts incite les individus à coopérer pour garantir la stabilité. Proche de la conception humaine hobbessienne, les institutionnalites affirment que la relation entre les individus dépend d’ un calcul des coûts et des avantages. Loin d’être néfaste, ce processus relationnel et calculateur devient le pivot de la société, simplement parce que la coopération, gage de paix, est moins couteuse que le conflit. 

   Cependant, cet état d’esprit peut être facilement critiquable. En effet, la paix ne peut pas être perpétuelle compte tenu de la volatilité des intérêts nationaux. Ces derniers, dépendant des individus, fluctuent et font vaciller l’idée d’une politique claire et perdurable. Autrement dit, la contingence de l’intérêt national aurait raison sur la paix. 

La théorie des régimes, pilier de la pensée institutionnaliste

  La théorie des régimes est le fer de lance de ce courant des relations internationales. Selon Stephen Krasner, le régime est un ensemble explicite ou implicite de principes et de normes, de règles, de procédures, de prises de décision autour desquels les anticipations des acteurs convergent dans les domaines des relations internationales. En d’autres termes, les institutions ou les régimes internationaux affectent le comportement des États ou d’autres acteurs internationaux. John Ruggie parle même d’anticipation des Etats dans le processus décisionnel. La crise de Cuba en est l’exemple parfait. 

  Le fameux Joseph Nye conceptualise trois régimes: le commercial, le monétaire et le pétrolier. Ceux-ci ficèleraient les relations internationales et la coopération entre les Etats. On peut évoquer ainsi le terme de convergence internationale au nom des intérêts nationaux économiques. 

 Pour que le régime fonctionne il doit être soumis à une base institutionnelle claire, à une loi commune, à un cadre spécifique, à des normes et surtout à un contrôle assidue. Le régime doit s’attacher à cela pour mener à bien sa finalité première à savoir tempérer l’anarchie. La hiérarchie de position, la multiplication des régimes, la socialisation par les normes, la coopération et la  compétition en sont les outils principaux. 

   La théorie des régimes accorde une importance particulière à la structure qui ne peut tenir que par la présence d’un hegemon capable d’engendrer des coûts importants et de diriger la coopération. L’image de l’Athènes décrite par Thucydides dans ses Guerres du Péloponnèse témoigne du rôle crucial d’un hegemon dans le jeu politique. 

   Mais au juste, assiste t-on aujourd’hui a une convergence internationale ponctuée par une globalisation financière et une forte intégrité régionale ? La question européenne peut lever le voile … 

 L’intégration européenne: un cas d’école ? 

  L’Union Européenne est sur toutes les lèvres depuis plusieurs décennies. Que l’on soit partisan ou non, il est nécessaire de comprendre les rouages de cette machine notamment sur sa nature qui peut être soit intergouvernementale ou supranationale. 

  On sait qu’elle se base sur un ensemble hétérogène d’Etats qu’elle intègre en son sein à travers son Conseil, sa Commission et son Parlement. Concrètement, l’UE donne une importance particulière aux décisions inter-gouvernementales qui sont le fruit de discussions et d’échanges entre les différents Etats de la communauté. 

Selon le politologue Miltrany, l’Union Européenne opère une démarche pragmatique de solidarité mécanique entre Etats qui engendre inéluctablement des coûts. Ainsi, les Etats se réunissent pour garantir la stabilité de l’Europe mais en paient le prix par une soumission aux contraintes. Les directives européennes et les fameuses « lois de Bruxelles » qui mettent à feu et à sang le débat public en témoignent. 

  Le transactionniste Karl Deutsch croit en l’Union Européenne. Selon lui, la communauté de sécurité garantit par la machine de Jean Monnet rend la guerre peut probable. Dès lors, tout devient limpide: la jeune génération post-Seconde Guerre mondiale assimile l’Union Européenne à la paix et à la prospérité grâce à cet idéal de coopération. 

   Ainsi, les institutionnalistes ont une définition positive, et non-idéaliste, de la paix ( convergence des anticipations) et admettent la subjectivité de l’intérêt national. Néanmoins, ce courant vide l’Etat de sa substance en le réduisant à une simple courroie de transmission des préférences des groupes sociaux. L’omnipotence de la coopération entre individus au dépend de l’action étatique telle est la conjoncture de notre temps.

Article écrit par Adélaïde Barba

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