Relations internationales: êtes-vous réaliste ?4 min de lecture

  Raymond Aron, apprécié et maintes fois cité par Eric Zemmour, disait « Les relations internationales sont une dialectique guerre et paix ». Occupant une posture pragmatique, ce politologue et sociologue français illustre la pensée réaliste qui sera développée tout au long de cet article. L’Etudiant Libre se penche dès maintenant et pour les quatre prochaines semaines sur les différentes écoles de pensées des relations internationales. L’enjeu est de comprendre leurs postulats pour mieux appréhender les enjeux contemporains. La pensée réaliste prend place aujourd’hui pour laisser entrer les transnationalistes la semaine prochaine. 

  • Le réalisme: Décrire le monde tel qu’il est et non tel qu’il devrait être 

 La pensée réaliste trouve son origine dans les écrits du XVe et du XVIe siècle. Elle convient aux Machiavel en herbe et aux admirateurs de Hobbes, autrement dit aux pragmatiques. S’appuyant sur ces penseurs, la pensée réaliste eut un essor considérable au sortir de la Seconde Guerre mondiale; période où l’idéal de coopération entre les Etats fut remis en cause.

 Le réaliste est un adepte de la  Real politik qui, selon Henry Kissinger, est « la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et l’intérêt international ».  Les grands des siècles passés pensaient déjà ce concept. Thucydides fit de la guerre un instrument de légitimation du gouvernement. Machiavel, lui,  admit que le prince, compte tenu de son statut, ne doit pas hésiter à prendre des mesures contraires à la morale pour se maintenir au pouvoir; la fin justifiant les moyens.  

  Décrire le monde tel qu’il est et non tel qu’il devrait être voilà l’idée des réalistes. Vladimir Poutine et Bachar Al Assad illustrent à certain égard cette philosophie politique puisqu’ils montrent, loin des idéaux, un pragmatisme absolu dans les affaires internationales. Pensent-ils, sans doute, que l’homme est naturellement mauvais et ne peut coopérer sans intérêt en tête ?

  • L’état de nature: socle de la pensée réaliste 

  L’état de nature permet d’appréhender et de comprendre la finalité de la pensée réaliste. Des auteurs sont incontournables: Hobbes, Rousseau et Locke. Les trois admettent le postulat suivant: les hommes se sont réunis en société pour réduire l’incertitude de leur condition. Néanmoins, les trois hommes ont une grille de lecture différente. 

   Hobbes, auteur du XVIIe siècle, pense que  la conflictualité permanente des hommes conduit à l’établissement du pacte social. Le célèbre «l’homme est un loup pour l’homme» témoigne de l’insécurité vécue par les sujets dans un état de nature. Pour survivre, ils sont prêts à donner leurs libertés à un Léviathan en contrepartie d’une sécurité établie.

  Rousseau, philosophe du XVIIIe siècle, pense autrement. L’homme, heureux à l’état de nature, cherche l’intérêt général. Pour cela, il s’établit dans une société qui, selon Rousseau, corrompt l’homme. Ainsi, cette philosophie fait de l’intérêt général une nécessité au détriment de la sécurité.

 Locke, quant à lui, admet que la société doit préserver les droits naturels du sujet. Le principal étant la sauvegarde de la propriété privé permise par la société . 

Le passage de l’état de nature à celui de société induit la constitution d’un Etat et d’acteurs dominants. Ces derniers occupent une place prépondérante et légitime puisqu’ils garantissent la sécurité, les intérêts et les droits naturels de l’ homme.  

  • La perception du conflit chez les réalistes

   Tilly, Elias et Weber ont réfléchi à cette question. Le premier, à qui l’on doit la formule « l’Etat fait la guerre et la guerre fait l’Etat »,  fait de la conflictualité un champ de création et d’innovation. Il prend comme exemple la récolte des impôts pendant les guerres qui permis  l’essor de la centralisation et de la bureaucratie d’Etat .

   Le second admet que la France s’est construite grâce aux attributs de la souveraineté ( curialisation, sécularisation et dépatrimonialisation) c’est à dire grâce à une série de conflits entre les individus dans la quête du pouvoir. 

 Le dernier parle de trois types de domination légitime, celle traditionnelle, celle légale-rationnelle et celle charismatique. Toutes imposent une vision singulière du conflit et du rapport de domination.

   Le conflit, selon les réalistes, est omniprésent si bien que l’Etat, reposant sur la relation entre le gouvernant et le gouverné, demeurera toujours contingent. Les révolutions anciennes et contemporaines témoignent de cette fragilité étatique et du poids considérable de la relation entre gouverné et gouvernant dans la stabilité de l’Etat. 

  • Le réalisme dans les relations inter-étatiques

   Le réaliste attache une importance singulière à la souveraineté et à la sécurité de l’Etat. Celui-ci, grâce aux pouvoirs régaliens qui lui sont conférés, a la capacité d’accroître sa puissance et de limiter celle des autres Etats.

  Hans Morgenthau dans Politics Among nations fait des forces militaires, économiques et diplomatiques des pans de la puissance d’un Etat. Doté de ces compétences, celui-ci peut légitimement occuper une place prépondérante dans les relations internationales et affaiblir  les autres puissances.

  Les réalistes, pragmatiques et holistes, anticipent l’hégémonie des autres Etats. Leur surveillance devient nécessaire pour garantir l’équilibre et la compétition des puissances . 

   Le diplomate Henry Kissinger porte un regard critique sur  l’idéalisme néo-conservateur américain incarné par Bush et son intervention en Irak. Kissinger postule de l’inexistence de la paix. Il y aurait juste une stabilité temporaire permise par l’équilibre des puissances. La paix, fruit d’un long processus diplomatique et stratégique, ne durerait qu’un temps. 

  • L’ordre Westphalien à bout de souffle 

   L’ordre Westphalien date du traité de Westphalie qui mit fin à la guerre de Trente ans en 1648. Obligeant les Etats à coopérer et à se rassembler, il créa les relations internationales. 

   Cet ordre qui a rythmé pendant plus de trois siècles les relations internationales s’essouffle. Déjà, il faut admettre que l’émergence de nouveaux acteurs sur la scène internationale ( Firmes Multi Nationales, mafias, Organisations Non Gouvernementales, lobbies)  fait de l’ombre aux Etats.

   Les néoréalistes l’ont compris. Pour eux, ces nouveaux acteurs occupent un poids important dans la politique internationale. La mondialisation enjolive la déchéance de l’ordre Westphalien puisqu’elle réduit le rôle des Etats.  Le politologue américain Kenneth Waltz biaise cette idée en admettant que les acteurs non-étatiques n’empêchent en rien  les Etats de porter  un écho considérable dans les relations internationales.  Déterministe dans l’âme, Waltz pense que la coopération entre les Etats est un leurre étant donné que la conflictualité est inévitable.

   Le réalisme peut paraitre obsolète à bien des égards. En effet, il serait difficile pour lui de s’adapter aux nombreuses mutations des sociétés et des relations internationales connues depuis la Seconde Guerre mondiale. On peut remettre en cause l’ordre Westphalien avec l’émergence des nouveaux acteurs mais il est impossible de nier que la politique post-Westphalie reste d’actualité sur de nombreux points.

Si vous craignez l’anarchie, si vous faites de l’équilibre des puissances une nécessité et si vous portez un regard critique sur la coopération entre les Etats, ne cherchez pas: vous êtes réaliste ! 

Article écrit par Adélaïde Barba

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