Redécouverte de la Nation6 min de lecture

Éric Zemmour avait établi dans le Destin Français, que la France ne pouvait se constituer
comme nation autrement que par son Histoire. Le souvenir est en effet de ces vertus qui offrent à l’Homme d’avoir un caractère spécifique, un esprit qui lui est propre… une âme. Mais il m’avait semblé que cette idée de la Nation française, haute en spiritualité, manquait cruellement de corps. La définition faite par le philosophe britannique, Roger Scruton, m’a semblé plus complète car elle prend en compte la permanence de la terre. À ses dires, le gouvernement de l’Etat-Nation ne peut se perdurer qu’en se fondant sur deux allégeances : la première est au territoire régi par le droit du
peuple, la seconde est au principe religieux liée à la coutume. Ce sont ces deux appartenances qui fondent la loyauté patriotique du peuple. Ne pas considérer ces facteurs à leur juste importance, penser que la France est une simple construction « sociale » (pour employer les termes à la mode), faire de l’Homme un acteur du tout et pour tout, face à une Nature qui ne serait que passive c’est faire de la Nation française une notion incomplète, sujette aux aléas des guerres menées entre historiens, des
différentes majorités parlementaires et de l’importance que chacun sera prêt à lui accorder.

A ces deux allégeances, j’ajouterai la nécessité d’une démographie interne soutenue. Je n’en traiterai pas ici et je vous renvoie à l’article publié par l’Étudiant Libre et écrit par Matthieu Quadrelli, qui précise suffisamment l’importance dont dispose un taux de natalité adéquat dans la pérennité d’une nation.

Il est bien dommage que ce sentiment national soit à ce point méprisé, car il est le seul qui puisse justifier qu’un individu se sacrifie pour la cause commune. Nos dirigeants ne peuvent légitimement demander de nous un quelconque effort, une action commune de notre part, que parce qu’ils ont été élus par un vote éminemment français. L’Union Européenne ne peut pas se permettre une telle réclamation sur aucun des peuples d’Europe parce qu’elle ne constitue aucunement une nation et n’engendre aucun sentiment patriotique à son égard. Qu’un de ces administrateurs, engagé dans une
quelconque institution communautaire européenne, viendrait à invoquer la civilisation européenne dans l’éventuel espoir de créer une nation européenne capable de justifier le sacrifice, qu’il ne pourrait le faire sans que des contradictions paraissent immédiatement et que sa crédibilité soit immédiatement remise en cause.

L’Union Européenne s’est en effet attachée à détruire l’un et l’autre des piliers fondant un idéal national. Nous avons pour preuve la condamnation de la Hongrie par les instances de l’UE lorsque cette dernière s’inscrit dans sa constitution comme étant « nation chrétienne ». Pour remplacer la foi chrétienne et l’esprit moral et coutumier qui en découlait, on s’est acharné à ériger en culte un matérialisme morose accompagné d’un multiculturalisme forcené. Autre élément qui nous permet de dire que l’Union Européenne ne constituera jamais un élément fédérateur : elle se refuse à prendre
sérieusement la notion de frontière qui est pourtant la condition nécessaire à l’existence d’une nation durable capable de justifier que l’on se dévoue pour la cause commune.

Supprimez la frontière et les gens commenceront à s’identifier par tribu, famille, religion ou race et non plus en termes de territoire et de droit. Le territoire deviendra une notion diluée qui n’a plus de sens car les peuples ne s’y reconnaissent plus. La nationalité est associée à la terre, et plus précisément à la possession et l’occupation de celle-ci. L’homme nomade n’a pas de « patrie » au sens étymologique du terme ; la terre de ses pères n’est plus sienne car il ne l’occupe plus et la laisse à l’abandon des gens de passage ; elle n’est plus sienne car il ne l’entretient plus et l’offre au délabrement. Quel gouvernement aura alors la légitimité pour réclamer que l’on se batte pour cette terre, dès lors qu’elle n’est plus définie ? Quel gouvernement osera quémander que l’on s’occupe du bien commun, dès lors que le bien et le commun n’existent plus l’un et l’autre ? La permanence de la terre est sine qua none à une nation solide.

Continuons d’avoir à l’esprit que la Nation en Europe, en particulier la nation française, a pu se développer en s’appuyant sur une base chrétienne, un principe religieux. Elle l’a fait tout en s’autonomisant progressivement des institutions religieuses représentantes de la foi sans pour autant se séparer de cette foi, suivant la fameuse maxime « Rendez à César ce qui est à César ; et à Dieu ce qui « est à Dieu » (Luc 20 : 25). Considérant ce principe biblique et l’Histoire des peuples européens, il est même permis d’affirmer que la séparation entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel est un concept entièrement né de la théologie chrétienne, du travail de grands esprits comme Sait Thomas d’Aquin, Saint Augustin et bien d’autre. Serait-il alors possible que la Chrétienté soit mère de la Nation ? C’est du moins ce qui ressort de l’Histoire et renforce de toute manière cette idée que les nations européennes, la France en tête, se sont développées sur les piliers de la foi chrétienne accompagnée de la coutume et sur le territoire régis par le droit temporel (et non spirituel). Sans qu’il ne soit question de dériver vers la théocratie, le principe religieux qu’adopte une nation lui donne conscience de ce qu’elle est.

Cette séparation entre spirituel et temporel n’a pas attendu l’invention de la laïcité pour exister. Elle s’est faite au fil du temps, et la plupart des pays européens en sont restés à cette évolution naturelle ; chacun des pouvoirs marchant côte à côte sans que l’un n’empiète sur l’autre. Ce mode d’esprit fut notamment formalisé avec les Traités de Westphalie (24 octobre 1648), mais il précédait largement toute formalisation juridique et c’est ici qu’intervient la spécificité française. Le Royaume de France, par l’avènement de son Eglise gallicane sous Philippe Le Bel et par le travail de ses successeurs, a été pionnière dans cette autonomisation du temporel par rapport au spirituel.

Cependant, ce qui était autrefois une autonomisation a tourné progressivement à la répression.
Répression des institutions religieuses tout d’abord sous la Révolution Française, puis de la foi elle-même également sous la Révolution dans une certaine mesure (je pense ici aux Guerres de Vendée et à la Chouannerie), mais principalement en 1905 avec sa fameuse loi de séparation de l’Église et de l’Etat, qui constituait alors en réalité un acte de guerre envers les catholiques. L’agression des prêtres ne suffisant pas, il a semblé aux républicains de l’époque que le matraquage de la pratique chrétienne constituait une nécessité. Ils œuvrèrent donc à la démolition progressive d’une nation qu’ils pensaient
défendre en s’attaquant à la croyance chrétienne. Après avoir réprimé les coutumes par son jacobinisme révolutionnaire et centralisateur, la religion par son laïcisme agressif et les frontières par une volonté multiculturaliste fanatique, cette République française s’est attachée à démanteler pierre par pierre ce qui fondait notre nation. Elle s’est proclamée religion laïque, gardienne de la morale des peuples. Toute stupide de révolution, toute hébétée de philosophisme, mélange de niaiseries et
d’orgueil, la République s’est crue forte parce qu’elle persécutait des gens de bien. Mais elle ne sera jamais qu’un fruit de l’Homme avide ; dénuée de toute transcendance, elle ne s’élèvera jamais aussi haut dans nos consciences que s’est élevé le Christianisme.

Émettons un dernier mot de conclusion en évoquant le nationalisme. Ce dernier présente un lourd défaut qui ne permet pas à la Nation de se développer sereinement en ce qu’il tente idéologiquement d’ériger le gouvernement au-dessus des loyautés coutumières et de voisinage pour le faire passer pour une valeur quasi-religieuse basée uniquement sur la doctrine de l’engagement total envers ce gouvernement. Or, une nation ne fonctionne pas par idéologie ou par doctrine. Elle fonctionne en tant
que résultat naturel de l’établissement d’individus sur une terre. Elle se crée naturellement lorsque les gens trouvent entre eux des moyens communs de coopérer, de parler, de célébrer, de prier, sans qu’il ne soit besoin d’expliciter formellement ces comportements.

La Nation est un fruit porté par le temps. Elle n’est pas de ces choses qui s’obtiennent uniquement par le droit et par l’idéologie ; mais avant tout par la nature de l’Homme et la Force des Choses qui pousse à la réunion avec nos semblables. Des coutumes se créent, des croyances communes s’installent puis le droit apparait, le tout sur un territoire précis dont les frontières sont, au mieux, étendues, au pire, précieusement conservées. Nous avons besoin des Nations car elles sont les seules capables d’offrir une légitimité au pouvoir ; et lorsqu’elles s’effondreront, les gouvernements les suivront dans l’abîme.

– Hubert Bretéché

1 « Cette nation [la France], qui n’est ni une race, ni une ethnie, ni même un géographie, est une construction
toute artificielle, toute politique, qui doit tout aux hommes et rien aux éléments. »
2 The Need for Nations (lecture delivered in Hungary)

Article écrit par Auteur Ponctuel

L'article vous a plu ? Partagez-le ! L'Étudiant Libre vit de vos partages.

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur telegram
Telegram
Partager sur reddit
Reddit

Dans la même catégorie:

Du même auteur:

Rejoignez-nous!

Restez informés de notre actualité.

Lassé des newsletter? Optez pour nos notifications!

Partager sur twitter
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Twitter?

Partager sur facebook
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Facebook?

Entrez votre mail

et recevez le dernier numéro de l’Etudiant Libre par email !

L'Étudiant Libre

Bienvenue sur L'Étudiant libre cher lecteur, c'est votre première visite ici? Lisez notre présentation!

Pourquoi?

Pour partager aux jeunes Français un message incitant à l’engagement et au Bien Commun.

Par qui?

Par des étudiants. Tout le monde peut travailler avec l’Étudiant Libre, il suffit de nous contacter. Vous voulez distribuer ? Vous voulez rédiger des articles ? Écrivez-nous.

Pour qui?

Pour la jeunesse qui ne demande qu’une étincelle pour s’embraser, s’exprimer et s’assumer.

Abonnez-vous

Retrouvez au creux de votre main l’information indépendante! Abonnez-vous pour seulement 3 euros par mois et accédez à toutes nos publications.