Pierre de Villiers, le mirage 2022 – Tribune4 min de lecture

 

“Un homme providentiel”, doté “d’une autorité naturelle”, “d’un élan rassembleur” et “d’une expérience forte” tenant “un discours sincère et courageux” représentant “une espérance pour le rétablissement de la France” : voilà un portrait qui frise le panégyrique. Quel dieu est donc descendu de l’Olympe pour mériter pareils éloges dans un article récent de l’Etudiant Libre ? Il s’agit en réalité du dernier mirage de la droite française : le général Pierre de Villiers. 

Bien qu’il ait confirmé qu’il ne se présenterait pas, et c’est tout à son honneur, certains croient encore en lui pour 2022. Mais en réalité, Pierre de Villiers n’aurait pu être un candidat acceptable qu’aux élections de 1974. Le général a cinquante ans de retard : c’est un homme d’un autre temps. Non pas à cause de son âge, mais bien à cause de sa perception des problèmes actuels : Pierre de Villiers dispose d’une grille de lecture obsolète. Celui qui prône pourtant “ une réconciliation des générations” propose des solutions anachroniques et dépassées qui datent de sa génération. Les Romantiques du XIXème siècle l’auraient qualifié de “genoux”; on pourrait avoir l’audace de l’affubler du sobriquet de “boomer de droite”  dont la doctrine pourrait se résumer à de “la fermeté mais pas trop.”

 

Il sait repérer les symptômes mais prescrit une mauvaise ordonnance. Le général veut soigner un cancer avec un Doliprane 500.

 

Cet anachronisme se traduit dans les réponses qu’il tente d’apporter aux menaces de l’immigration et de l’islamisation. “Il faut revenir, déclare-t-il sur RCF, à une société qui arrive à vivre ensemble sur un creuset national, sur une communauté de valeurs. Cette définition déracinée (“creuset national”) et purement intellectuelle (une communauté de valeurs) de la société française s’inscrit dans l’héritage des Lumières et du contractualisme social. Mais une société ne se fonde pas sur des valeurs communes mais sur une identité commune, une culture partagée et un héritage transmis. Une société s’enracine dans un passé et dans une terre et en cela, elle participe de la patrie. Laissons donc Charette répondre à Pierre de Villiers : “Pour eux la patrie semble n’être qu’une idée, pour nous elle est une terre. Ils l’ont dans le cerveau, nous nous l’avons sous les pieds, c’est plus solide.” En croyant encore à un possible vivre ensemble et à une utopique “intégration des populations” immigrées, le général de Villiers ne fait que reprendre le discours que la République universaliste, jacobine et cosmopolite tient depuis 50 ans. Le plus souvent, cette coqueluche de la droite modérée perçoit très bien les dangers qui menacent notre civilisation : défiance envers les élites, fractures sociales, ruptures de la transmission, déracinement des identités, mondialisation, immigration et islamisation. Il sait repérer les symptômes mais, et là est tout le paradoxe, pose un diagnostic erroné et surtout prescrit une mauvaise ordonnance. Le général veut soigner un cancer avec un Doliprane 500.

On le voit tant cultiver le compromis qu’il est légitime de craindre que le général de Villiers puisse tomber dans la compromission. 

“En fait, l’équilibre est un effort et un courage de tous les instants” telle est la citation complète d’Albert Camus. En la coupant pour faire le titre de son livre : L’équilibre est un courage, Pierre de Villiers lui donne un sens particulier et révèle son trait de caractère principal : le consensualisme. Cette volonté de plaire à tous, de rassembler tous les Français, de faire l’unanimité à n’importe quel prix, de proposer un discours modérément ferme me fait irrésistiblement penser aux positions toujours écartelées d’Emmanuel Macron durant son mandat. Le passage du général dans la finance américaine, il est en effet consultant le Boston Consulting Group, ne peut que renforcer cette association entre le président et son ancien chef d’état major. Nous n’avons pas besoin d’un équilibriste, d’un funambuliste rhumatisant mais d’un dompteur de fauves prêt à se jeter dans l’arène qu’est devenue la France. Si l’équilibre est un courage, il n’est pas celui qui est adapté à la situation actuelle qui exige des choix radicaux qui ne peuvent pas faire consensus. Pierre de Villiers refuse cette voie difficile comme en témoigne sa déclaration : “ aucun affrontement ne sera le creuset de quoique ce soit.” Loin de moi d’appeler de mes vœux un affrontement, seuls les insensés le font, mais il me semble tout aussi insensé de refuser catégoriquement tout affrontement. On le voit tant cultiver le compromis qu’il est légitime de craindre que le général de Villiers puisse tomber dans la compromission. L’histoire nous l’a appris : ceux qui préfèrent le déshonneur à la guerre ont d’abord eu le déshonneur puis la guerre.  J’aimerais pouvoir dire de lui ce que Jacques Bainville disait du traité de Versailles : “trop mou dans ce qu’il a de dur, trop dur dans ce qu’il a de mou”, mais Pierre de Villiers est seulement trop mou dans ce qu’il a de dur. 

Toutefois pouvons-nous, nous la jeunesse de France, espérer un homme politique idéal ? Il est facile et reposant d’attendre l’homme qui changera notre destin et sauvera la patrie. Facile, et tellement français, de croire qu’un homme, un militaire de préférence, pourra faire le travail qui nous incombe. Facile de même de dire “attendre que ça pète” pour ne pas s’engager ni militer. L’attente passive de l’homme providentiel ou a contrario de la guerre civile sont deux camouflets à notre paresse, à notre lâcheté et à notre inaction. Cessons de croire en l’arrivée du grand homme ou en celle du grand soir et luttons pour les victoires de chaque jour.

Soyons donc ces jeunes fous, arrêtons de nous plaindre et commençons à créer et à combattre.

Georges Bernanos affirmait qu’ « il faut beaucoup de prodigues pour faire un peuple généreux, beaucoup d’indisciplinés pour faire un peuple libre et beaucoup de jeunes fous pour faire un peuple héroïque.” Soyons donc ces jeunes fous, arrêtons de nous plaindre et commençons à créer et à combattre.  Et quand la jeunesse que nous sommes aura renoué avec la radicalité, l’action et l’esprit d’aventure, alors, peut-être, les chefs que notre destin exige surgiront de nos rangs. 

 

Quasimodo

Article écrit par Auteur Ponctuel

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