Peuple, élites, les deux mamelles de la France3 min de lecture

Un billet sur le peuple contre les élites, un de plus, me direz vous ! L’on est en droit de juger que l’analyse faite il y a maintenant vingt-cinq ans par l’américain Christopher Lasch dans son ouvrage La révolte des élites et la trahison de la démocratie est aujourd’hui à la fois élevée et rabaissée par son processus visible de ‘mainstreamisation’. Celle-ci peut nous sembler particulièrement apparente lorsque le président de la République lui-même se permet d’insinuer l’existence d’une sécession des élites dans une tentative aussi désespérée qu’inefficace de nier la plus élémentaire des sociologies, c’est à dire qu’il est le président des plus riches, ce qui soit dit en passant, n’est pas un délit.

Mais ce serait passer à côté du fait que le différend politique entre nos peuples occidentaux et leurs élites n’est en réalité qu’une conséquence secondaire de quelque chose de bien plus profond. Le mal est aux sources. Élites, peuples, tètent de deux mamelles intellectuelles différentes. 

La distinction fondamentale se situe au stade du débat philosophique entre l’abstrait et le concret, l’idéal et le réel, les idées et les sens. Dans la philosophie des élites, la source légitime du savoir est l’abstraction, l’intellect. Ainsi, un rapport « d’experts », d’universitaires ou une belle idée sera souvent perçue comme légitime. Le politiquement correct et la mentalité totalitaire, compris comme un système théorique qui privilégie l’idéal au point de devoir inévitablement un jour ‘supprimer’ le réel, est donc une pathologie typiquement élitaire.

Cette vision du savoir est à la fois la cause et la conséquence de la malléabilité inhérente aux grandes métropoles, où tout est numérisé, digital, fluctuant, modelable à souhait. Le constructivisme, ou la croyance que tout peut être construit, déconstruit, reconstruit, est également une pathologie typiquement élitaire dans la mesure où celle-ci flatte l’égo de l’élite. En effet, si le monde n’est qu’une pâte à modeler, cela donne encore plus de pouvoir à celui qui l’a déjà entre ses mains et qui pourra donc façonner la société à son image.

À l’inverse, le peuple a tendance à préférer les choses concrètes, et le savoir qui provient de ses cinq sens. Le peuple, lui, arrive même parfois à voir ce qu’il voit, pour paraphraser Péguy. Là où l’expert va rationaliser et relativiser le fameux « sentiment d’insécurité », le peuple va constater l’augmentation du nombre d’immigrés dans son quartier avant d’en déduire – à tort ou à raison – une réalité nationale. 

Le monde dans lequel vit le peuple est lui aussi le reflet et la cause de ses idées. Quand la météo, cette force en dehors du contrôle humain, décide à sa place de la qualité de ses récoltes, il est constamment rappelé à ses limites. Le peuple est donc naturellement plus conservateur, ce qui colle parfaitement avec la définition en tant que disposition psychologique qu’en avait faite Michael Oakeshott. Pour ce dernier, est conservateur celui qui préfère « le familier à l’inconnu, le réel au possible, le proche au lointain, le convenable au parfait ».

Cette disparité dans la légitimité des différentes sources d’information posée, bien des évolutions du monde moderne s’éclaircissent et apparaissent comme un lent transfert de pouvoir du peuple vers les élites. Les théories les plus en vogue dans les relais culturels sont (dé)constructivistes. La figure de l’expert dont parlait tant Lasch a remplacé le bon sens paysan, indiquant jusqu’à comment élever la chair de sa chair. Les lois, principes universels, abstraits et rigides remplacent les us et coutumes particuliers. On est passé de « l’individu est sot, mais l’espèce est sage », comme le rappelait Edmund Burke, à l’inverse. 

L’idée n’est pas d’éradiquer l’élite pour le peuple, l’abstrait pour le concret, la théorie pour la pratique, mais bien de revenir à un équilibre, à un dialogue constant entre ces deux pôles, puisant de leurs richesses propres. Et ce n’est qu’en comprenant que ce fossé remonte à des types de savoir différents que nous pourrons, peut-être, nous savoir prêts à les réunir, théorie et pratique, élite et peuple.

Article écrit par Pierre Valentin

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